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Récit

Je vous écris à nouveau de ma cage

Température: à quoi bon, c’est la même qu’hier et probablement la même que demain

Hier, je crois hier soir, j’ai regardé le plafond. Ça a été bien long. Mes geôliers ne m’ont toujours rien dit, aucune raison justifiant cette captivité. Ils m’apportent à boire et à manger, puis repartent.

La pièce est essentiellement vide, mais elle contient quelques objets incohérents. Il y a là une petite table mais pas de chaise. Sur la table, on trouve une lampe de lecture, mais le câble électrique a été sectionné. Un bon jour, j’ai voulu brancher la partie du câble allant dans la prise. J’ai brièvement ressenti l’envie d’essayer de m’électrocuter avec le câble, pour faire finir tout ça. Mais avant que je ne m’y résigne, ils sont venus, ont pris le câble allant dans le mur, ont laissé la lampe là avec le bout de câble inutilisable et sont repartis, sans rien dire.

Il y avait un cube rubique sur la table. J’ai commencé à jouer avec. J’ai fini par réussir à le résoudre. Ils sont venus, ont pris le cube et sont repartis. Je ne comprends pas pourquoi.

Il y avait un casse-tête sur la table. Si j’essaie de l’assembler, la table se met à vibrer et le casse-tête se défait complètement. J’ai tenté de l’assembler par terre. Ils sont venus, ont pris les morceaux, sont repartis. Mais pourquoi?

Il y a une Bible dans un tiroir, mais chaque page, chaque ligne, a été couverte d’encre noire. C’est un peu comme le liquide correcteur mais noir. On peut le gratter avec les ongles ou avec une pièce de monnaie. J’ai essayé de gratter une page; ils sont venus, ont pris la Bible et m’en ont rapporté une autre, toute noire. Mais pourquoi?

Il y a un lit sans couverture, une porte sans poignée, une fenêtre bouchée par un panneau de bois et protégée par un grillage, des stylos qui n’écrivent plus et une barre de fer fixée au mur.

Le silence commence à peser et des images tactiles de plus en plus fortes émergent dans mon esprit. Seul dans une pièce silencieuse, tous les bruits semblent amplifiés. Je crois qu’il en va de même avec les sensations tactiles. De plus en plus souvent, je dois agripper ce poteau de fer qu’il y a là dans la pièce, pour cesser d’imaginer la chaleur d’une autre main dans la mienne. Je voudrais cesser de penser à elle parce que ça me rend trop triste, mais ça ne fonctionne pas, ça ne fonctionne plus. J’ai lu à propos d’une méthode pour ça, consistant essentiellement à se concentrer sur le moment présent et à réajuster son troisième œil, je ne sais plus, je ne me souviens plus de tout. Peut-être la méthode ne fonctionne pas dans une pièce fermée? Peut-être cela nécessite le soleil? Ou la lune? Je ne sais pas, je ne sais plus. Parfois, pendant de brefs moments de lucidité de plus en plus épars, j’en viens brièvement à penser que le moment présent vide ne permet pas de supplanter le fantasme progressivement hallucinatoire. Bientôt, je vais pouvoir la toucher, la voir, l’entendre, et ce sera le début de la fin. Peut-être est-ce elle qui a su que je pensais à elle et a décidé de me faire enfermer ici, je ne sais pas comment ni pourquoi. Je ne sais plus.

Mon stylo va me lâcher. C’est le seul qui fonctionne; je les ai tous essayés. Après, j’imagine que je ne pourrai même plus écrire. Je m’attendais à ce qu’ils prennent le cahier pour l’étudier, et m’en amènent un autre, ou pas. Mais non, rien. Ils l’ont laissé là. Ça n’a pas de sens, ça n’a pas de logique! C’est vraiment frustrant toute cette histoire!

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