Le réfrigérateur qui a chaud

Vendredi matin, 5 juillet 2019, une surprise m’attendait. Lorsque je mangeai mes céréales du matin, eh bien le lait était tiède. Agacé, je me dis que mon réfrigérateur n’a pas suffi à la tâche vu la grosse chaleur qui régnait. J’ai certes fait fonctionner l’air climatisé durant la nuit, mais pas durant la journée pendant laquelle j’étais parti travailler. Alors j’augmentai la température du réfrigérateur en espérant que cela suffise. Mon jus aussi était tiède si bien que je me posai de plus en plus de questions. Je n’avais pas le temps d’investiguer plus, désireux de partir travailler, alors je laissai ça entre les mains du destin.

Avant de partir par contre, je vérifiai que mes glaçons étaient toujours là dans le congélateur. Oui, tout a l’air OK, ça n’a pas commencé à tout dégeler. Il y avait là, en plus des glaçons, de la viande, de la sauce à spaghetti, de la crème glacée et des frites congelées. Si tout ça dégèle, ça va être une catastrophe.

Vendredi soir, je constatai avec inquiétude que les choses n’avaient pas évolué. Je me demandai même si ce n’était pas encore pire. La cannette de boisson gazeuse que je pris dans le réfrigérateur était tiède, mais avec un peu de glace, cela fit la job. Comme les choses ne s’amélioraient pas du tout, utilisant mes réflexes d’informations, je tentai un redémarrage de l’appareil. D’abord, je l’éteignis. Ce fut pour constater qu’il continuait à fonctionner, même en mode éteint.

Il y a au moins deux moteurs là-dedans. D’abord, il y a le compresseur qui génère du froid en comprimant un gaz réfrigérant et en le faisant ensuite circuler dans un serpentin. Ce moteur-là semblait bien s’arrêter. Il y a un deuxième moteur, alimentant probablement un ventilateur faisant circuler de l’air, possiblement entre le congélateur et le réfrigérateur. C’est ce moteur-là qui continuait à tourner, sans arrêt. Je laissai le réfrigérateur éteint tout le souper, sans jamais que le moteur ne s’arrête.

Après ça, j’y allai plus radical: couper le disjoncteur. Le réfrigérateur s’éteignit complètement. Je le laissai se reposer une dizaine de secondes puis remis le courant. Le ventilateur se remit en marche; il ne s’arrêterait donc jamais. Non désireux de poursuivre cette expérience hasardeuse jusqu’à ce que tout dégèle dans mon congélateur, je rallumai l’appareil. Ce redémarrage n’eut aucun effet. Le froid ne revenait pas dans le réfrigérateur, mais le congélateur continuait à fonctionner. Exaspéré, je ne savais juste plus quoi faire avec ça! Tout ce que je pouvais faire, c’est espérer que ça se replace, l’air climatisé aidant. On va le faire fonctionner non stop, pensai-je, jusqu’à la fin de la canicule, pour réduire au minimum l’humidité et surtout la condensation qui pourrait se créer autour des tuyaux du réfrigérateur et en perturber le fonctionnement. Mais je ne m’attendais pas à un miracle. L’été dernier, il a fait chaud et ce réfrigérateur n’a jamais déconné à ce point-là. Il a fonctionné non stop pendant 3 jours un moment donné puis ça s’est replacé. Mais jamais il n’a cessé de produire du froid. Là, c’était toute autre chose. Les deux bières que je pris en soirée me le montrèrent cruellement. Après avoir bu ça, je n’avais juste plus envie de boire de bière…

Le lendemain matin, c’était aussi l’horreur que la veille. Je n’osai pas me prendre du lait, qui était encore tiède. Je mangeai un bagel avec un verre de jus tiède. Ça va tout péter, pensai-je, il va bel et bien falloir tout jeter, ou bien tout transporter ça chez mes parents, à Chambly. La perspective de devoir tout trimballer mon stock gelé en autobus et en métro, jusqu’à Chambly, puis ensuite le ramener chez moi la crise terminée (parce qu’il va bien falloir trouver une solution un moment donné!), me plongea dans le désespoir le plus profond. Me résoudre à tout jeter, c’était pire. Où allais-je mettre ça en attendant la collecte pour le compost, le jeudi suivant? Je venais certes de tomber en vacances, mais à cause de ça, et d’autres petits problèmes, bénins à côté de ce nouveau-là, c’était comme si ça ne changeait rien!

Peut-être si je l’éteins plus longtemps, pensai-je. Je me doutais que ça avait peu de chance de faire la moindre différence, mais essayer quelque chose, aussi niaiseux soit-il, m’aidait à tenir, à ne pas devenir complètement fou. Alors je le fis: j’arrêtai le réfrigérateur une seconde fois et coupai le courant pendant que je déjeunais. Une petite voix intérieure me répéta maintes et maintes fois que je prenais un risque à faire ça: peut-être il ne repartirait plus du tout, après! Après avoir déjeuné, je remis le courant. Je fis un peu de méditation et quinze minutes plus tard, le ventilateur fonctionnait toujours; rien n’avait changé. Alors je laissai ça arrêté, avec le courant, et partis pour le gym. Je laissai l’air climatisé en marche. C’est la première fois, je crois, que je partais et laissais ça fonctionner. Au moins, moins de chaleur, ça réduirait les dégâts, pensai-je.

Avant de partir pour le gym, je songeai aussi mettre des ice packs (mes quatre étaient à présent gelés) aux endroits stratégiques: près du pot de lait, sous mes poches de lait, sur le contenant avec les œufs et à côté de mes blocs de fromage. Peut-être allais-je pouvoir sauver de quoi ainsi?

Mais je savais que ces ice packs auraient une efficacité limitée. Il allait m’en falloir d’autres, au moins quatre autres, sinon plus. Je songeai aller m’en chercher au retour du gym, peut-être pourrais-je trouver ça au Dollarama. Ça n’a pas besoin d’être de la haute qualité, du moment que ça tienne une couple de gels et de dégels. La perspective de devoir chercher ça dans le Dollarama, demander et me faire dire qu’ils n’en avaient pas, devoir marcher jusqu’au Rona sur Sainte-Catherine pour essayer là-bas, voire chez Canadian Tire, ne m’enchantait vraiment pas du tout. Mais là attends, j’en ai des ice packs! Toutes les bouteilles que j’ai, on remplit ça d’eau et on fait geler ça! Au moins, le congélateur fonctionne encore, sinon pensai-je il me faudra trouver une source de glace sèche pour essayer de faire tenir ça.

De retour du gym, je constatai avec désespoir que rien n’avait changé. Le réfrigérateur ne se taisait pas. Je le rallumai donc et espérai que là peut-être… Eh bien non, après plus d’une heure, il n’y avait toujours pas de froid. Les ice packs commençaient à dégeler, c’était parti pour être une horrible crise. Alors je me remplis des bouteilles et mis ça au congélateur.

J’ai aussi constaté la présence de givre dans le congélateur. Peut-être il y a tellement de stock là-dedans que l’air ne circule plus si bien que le système de dégivrage n’est plus efficace. C’est devenu un foutoir depuis que j’ai rajouté quelques plats de margarine avec des morceaux de poisson et une boîte de Drumstick. Possible qu’il faille que le haut soit dégagé. Alors j’essayai de redisposer les choses, pestai, ne réussis pas, pestai encore et finis par parvenir à libérer le haut.

En fin d’après-midi, quelques bouteilles étaient prêtes à servir de ice packs de fortune. Je mis une vieille bouteille de Sunlight entre mon pot de lait et mon pot de jus. Une autre bouteille, de whisky ou je ne sais plus, alla sur mes blocs de fromage, une autre proche des œufs. Il y avait une vieille bouteille de vodka qui était toujours au congélateur, l’eau n’ayant pas encore toute gelé dedans.

Il y eut des tentatives de shooter de l’air comprimé dans les trous de ventilation en arrière du réfrigérateur. J’ai fait ça après avoir enlevé mes bières de là-dedans. À quoi bon laisser ça là puisqu’il n’arrive plus à les garder froides? Autant consacrer le peu d’énergie qu’il reste là-dedans à sauver ce que je peux!

Trous dans lesquels je tentai de shooter de l’air comprimé, encore et toujours en vain.

Par chance, je finis par trouver mieux à faire que pester, espérer en vain, tourner en rond, faire les cent pas et tout. D’abord, je vérifiai si je ne pourrais pas réussir à atteindre un Brault et Martineau à Montréal. Il y en aurait un sur Saint-Lénoard, ça prendrait quelque chose comme 40 minutes en métro et en autobus, moins long qu’aller à Chambly puis aux Promenades. Je pourrais essayer d’y aller le lendemain si la crise persiste, pensai-je. Cette idée trouvée, je tentai enfin d’écrire sur le groupe Facebook des copropriétaires de mon projet de condo, voir si quelqu’un ne pourrait pas me conseiller un réparateur. J’en obtins un, et me dis que j’allais le contacter, mais faudrait encore attendre à lundi. Alors il me faudrait passer le reste de la fin de semaine à déplacer des bouteilles d’eau entre le congélateur et le réfrigérateur.

Samedi soir, j’allai au Village au Pied du Courant pour assister aux feux d’artifice. J’arrivai là à 20h45, et les feux étaient à 22h, alors j’eus le temps de cogiter un peu. Jusqu’à date, ai-je constaté, j’avais concentré mes efforts vains sur le réfrigérateur, mais je n’avais accordé que peu d’attention au congélateur. C’est là qu’il faudrait peut-être trouver des trous de ventilation et envoyer de l’air comprimé. Oui, on va essayer ça.

Logiquement, il doit y avoir un seul compresseur là-dedans, avec un seul serpentin. Le compresseur doit générer assez de froid pour le congélateur. C’est possible qu’un autre système transporte l’air froid du congélateur vers le réfrigérateur, de façon régulée sinon tout gèlerait dans le réfrigérateur. Ça pourrait arriver, ce problème inverse, ai-je pensé peu avant d’écrire cet article, et ça me plongerait dans la perplexité et l’impuissance la plus totale!

De retour du Village, je voulus tenter ma solution. D’abord, je mis les œufs et la margarine dans mon tiroir à viande. Ce serait plus facile de garder froid un petit compartiment que tout l’intérieur du réfrigérateur. Je mis le fromage dans un sac-glacière avec un ice pack. Ainsi, presque tout était dans un tiroir ou dans un sac, plus facile à garder froid.

Lorsque j’ouvris le congélateur pour vérifier la bouteille de vodka, je constatai avec surprise qu’elle était cassée. Je ne l’ai pourtant pas remplie à ras-bord, mais j’ai soit mis trop d’eau, soit le verre était trop mince pour résister au changement de température. Il y avait plusieurs morceaux dont un petit éclat qui me rentra dans le doigt. J’ai ramassé le plus gros et mis ça dans mon lavabo pour que ça dégèle, avant que je ne puisse tout jeter ça le lendemain. C’était vraiment l’horreur; on aurait dit qu’il restait tout le temps des morceaux de cette bouteille-là dans le congélateur!

Une belle bouteille de vodka gardée en souvenir, sacrifiée pour essayer de sauver quelques trucs dans un réfrigérateur apparemment mourant

Au moment d’essayer avec l’air comprimé, je constatai qu’il y avait une énorme quantité de givre sur la face arrière du congélateur. J’avais constaté la présence de givre depuis le début de la crise, mais là, c’était fou. J’essayai d’en enlever, en frottant avec un chiffon humide, mais c’était sans fin. J’eus un peu plus de succès avec une débarbouillette trempée dans l’eau chaude. C’était horrible à faire, car j’étais à bout de bras, ne sachant pas trop comment retirer le tiroir du congélateur pour pouvoir avoir plus de jeu.

Trous d’aération dans le congélateur, dans lesquels j’essayai de shooter de l’air comprimé en vain.
D’autres orifices, et un panneau arrière qui était plein de givre. Il en reste encore, mais c’est moins pire.

Il faudrait, pensai-je, éteindre tout ça et laisser le congélateur ouvert plusieurs heures pour que tout dégèle, mais je ne pouvais pas faire ainsi sans risquer de faire dégeler tout mon stock, à moins de trouver un autre congélateur où mettre ça temporairement. Alors je dus me contenter de ce que je pus enlever à la débarbouillette d’eau chaude.

La chose faite, en tout jusqu’à ce que je sois vraiment à bout, j’ai refermé le tiroir et rallumé le réfrigérateur, qui semblait faire exactement la même chose qu’avant. Mais le son, pensai-je, est un peu différent, moins suspect.

Ce matin, quand je me suis réveillé, j’ai constaté que le réfrigérateur s’était enfin arrêté! J’ai ouvert ça pour vérifier mes bouteilles. L’eau était froide mais pas gelée. Le lait et le jus aussi étaient plus froids. Tout semblait revenu à la normale! J’ai sorti la bouteille de Sunlight, mise au congélateur avant de me coucher et l’ai remise à côté du lait et du jus, au cas où.

J’ai vérifié avant de déjeuner que le lait était encore correct; ça avait l’air OK, pas de goût bizarre! Après avoir déjeuné, je me suis occupé de ma bouteille cassée. C’était tellement l’horreur que j’ai mis des gants pour en jeter les morceaux. Il restait dans le lavabo un long morceau de glace qui est sorti de la bouteille.

Morceau de glace qui vient de la bouteille cassée.

Une vieille gourde qui est restée avec une odeur permanente à l’intérieur a failli casser elle aussi. Je n’avais pas mis de l’eau à ras-bord et pourtant, la glace formait un rond imprimé par le bouchon de la bouteille. Un peu plus et ça fêlait de partout.

De la glace dans une vieille gourde qui a pris plus d’expansion que je pensais. Ça aurait pu tout craquer comme la bouteille en vitre.

J’étais soulagé, quasiment extatique. Oui, cette crise était passée! Mais je devais garder à l’esprit qu’il faudrait plusieurs jours pour m’assurer que la situation était à la normale. Il demeurait en effet possible que du givre se forme à nouveau et vienne bloquer les orifices. Mais au moins, je disposais d’un moyen de faire tenir tout ça jusqu’à ce que j’aie une solution plus permanente, à savoir une réparation ou un nouveau réfrigérateur.

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