Les tourments de l’Alma Mater

Jeudi dernier, 27 octobre 2016, j’avais une soirée de diplômes à l’Université de Montréal. Pour le 50e anniversaire du Département d’Informatique et de Recherche Opérationnelle, il y avait là un buffet chaud, des visites des laboratoires, l’assemblée générale des diplômés et une conférence donnée par Samy Bengio sur les réseaux de neurones. Cela m’intéressait d’y aller, mais pas sûr que j’aurais dit oui si j’avais su…

Alors, je suis parti de chez moi après une journée de travail qui s’est sommes toutes bien passée. Il était un peu trop tard pour les visites de labos, mais il aurait fallu que je parte trop tôt pour ça et travaille des heures de plus la veille ou le lendemain. Première étape: me rendre à la station de métro Joliette. J’ai pensé que le plus efficace serait de prendre la 67 qui fait un arrêt devant la station Saint-Michel, de laquelle je pourrais ensuite partir pour atteindre la station Université de Montréal par la ligne bleue. Eh bien, ce soir-là, c’était la seule option valable, la ligne verte étant hors service jusqu’à 18h. J’étais dans l’autobus 67 quand je l’ai su, quel soulagement! Avoir choisi le métro, j’aurais été bon pour une autre bonne copieuse dose de frustration dont je n’avais nul besoin.

Alors rendu à la station Saint-Michel, j’ai eu de la misère à trouver les tourniquets. J’essayais de me rendre, mais il y avait tout le temps du monde qui passaient, passaient, passaient, ça m’a pris presque deux minutes pour enfin repérer des marches qu’il m’a fallu descendre pour enfin atteindre les tourniquets. Après, ça s’est bien passé jusqu’à la station Université de Montréal.

Là, surprise, pas moyen de trouver l’escalier qui menait à la porte permettant d’accéder par l’extérieur au bâtiment où se trouvait la rampe mobile. Peut-être, pensai-je, suis-je sorti par un autre côté? Non non, ai-je constaté, l’accès devrait être là, mais il était bloqué!

Il n’y avait tout simplement rien à faire, aucune bonne solution. Plusieurs personnes me demandèrent où j’allais, je leur répondais, elles ne comprenaient pas ou ne savaient pas c’était où. On m’a dit de tourner à gauche, mais ça m’éloignait de mon but. On m’a dit qu’il allait me falloir prendre une navette pour atteindre le pavillon, mais je savais que j’allais devoir passer 20 minutes à trouver l’arrêt, 20 minutes à l’attendre et ainsi de suite. Et jamais je n’ai eu à prendre un autobus entre le métro et l’université! J’y suis pourtant allé pendant plus de huit ans, la distance entre les deux points n’a pas changé depuis!

Je suis sorti par la porte encore utilisable, j’ai marché dans le but de contourner le bâtiment et peut-être arriver derrière, je trouverais un moyen d’atteindre mon but. Non, juste de l’obscurité et de la pluie, oui beaucoup de pluie. Je me suis fait tremper mes souliers bien comme il faut, assez que le lendemain soir, j’en ai par précaution frotté le cuir à l’huile de vison. J’avais par chance un parapluie avec moi, sinon je serais ressorti de cette mésaventure trempé comme un canard!

Découragé, je ne savais juste plus quoi faire. Il n’y avait personne que je pouvais appeler pour de l’aide, fallait que je trouve un moyen ou que je rebrousse chemin, rentrant chez moi au bout du rouleau, découragé. Outre appeler un taxi et espérer que je pourrais donner ma position avec assez de précision pour que le chauffeur me trouve, il me restait deux possibilités: le pavillon J-A Desèves, accessible depuis Édouard-Montpetit et le 3200 Jean-Brillant.

Je pourrais, pensai-je, rentrer du côté Édouard et ressortir de l’autre. Mais je n’étais pas sûr si ça allait encore fonctionner. Quel étage faut-il atteindre pour ressortir de J.A.-Desève du côté de l’université? Le troisième? Plus sûr.

L’autre possibilité: le 3200 Jean-Brillant. Il y avait là un tunnel permettant d’accéder au pavillon principal. Mais le tunnel est difficile à trouver. Il n’est accessible que depuis un couloir au deuxième étage. Mais j’ai utilisé le tunnel plusieurs fois, plus souvent que le passage par J.A.-Desève, quand j’avais un cours d’introduction à la linguistique au 3200.

C’est cela que je décidai de tenter. Alors je rentrai dans la station de métro, repartis pour la ligne bleue direction Snowdon et m’arrêtai à Cote-des-Neiges. Là, je descendis, trouvai la sortie et entrepris de localiser la rue Jean-Brillant. Je la trouvai, marchai mais me fis encore bloquer par un ruban: des travaux, le trottoir était encore barré. Quelqu’un m’offrit de l’aide, ne savait pas c’était où, me fit répéter, ne savait pas. Selon elle, j’étais dans la mauvaise direction, mais au moment où je rebroussais chemin, elle m’interpella et me dit que le pavillon était plus loin. Mais c’était le pavillon d’optométrie, pas le 3200! BON SANG! Je ne vais jamais pouvoir en finir avec ça, songeai-je, de plus en plus furieux et découragé.

J’ai fini par reprendre la route, direction opposée, après avoir vérifié sur Google Maps que c’était bien ça, j’ai pu me rendre proche, mais c’était encore bloqué, j’ai dû passer par l’autre côté de la rue, quelqu’un m’a aidé un peu et cette fois on a pu trouver. Rendu là, il a fallu monter au deuxième étage. La personne qui m’a aidé a fait un bout avec moi et ça a été une bonne chose.Je n’arrivais pas à retrouver l’escalier menant au deuxième. La personne a demandé à un employé qui ne savait même pas! Mais elle a pu trouver l’escalier, puis la cafétéria, les deux éléments nécessaires pour accéder à ce qui commence à ressembler à un passage secret, au point où on en est!

On a pu retrouver la cafétéria d’où partait le couloir menant dans le pavillon Lionel-Groulx, où il y avait l’escalier ramenant au premier, du côté Lionel-Groulx. C’est là qu’on peut accéder au tunnel qui mène au pavillon principal, appelé de nos jours Roger Gaudry!

De là, j’ai pu passer à travers le pavillon André-Aisenstadt par un chemin que je connaissais bien, pour ensuite atteindre Jean-Coutu, où avait lieu l’événement! Mais il était passé 19h quand j’arrivai enfin là. Il ne restait presque plus de nourriture. J’ai eu un peu de légumes, des cannelloni, du vin et une pointe de tarte au chocolat, c’est pas mal tout. Pas de viande. Je n’ai pas rencontré de gens que je connaissais, à part Guy Lapalme, mon ancien superviseur de stage en 2001. C’était pas mal décevant.

Par chance, la conférence de Samy Bengio en valut la peine. Je ne dirais pas que ça a valu tout le trouble que je me suis donné pour aller là, mais ça a compensé partiellement. J’ai revu un ancien collègue de travail et rencontré quelques personnes, aussi. La conférence portait sur les réseaux de neurones utilisés pour la génération de descriptions à partir d’images. Tandis que Samy présentait des exemples avec des photos statiques, j’imaginais avec délectation des extensions potentielles. Avec ça, on s’en va vers le bidule dont j’ai besoin, le localisateur d’articles, qui pourrait identifier des produits dans une allée d’épicerie, des portes ou des couloirs dans un bâtiment, des bâtiments dans une rue, etc. Si seulement j’avais eu ce genre d’idées voilà dix ans, ma thèse de doctorat aurait été toute autre…

Le retour chez moi me décourageait quelque peu. Seul, j’allais devoir refaire le trajet en sens inverse: le pavillon principal, le tunnel, le 3200, la marche vers Côte-des-Neiges, beurk! Par chance, mon ancien collègue et patron Nicolas et une ancienne connaissance Luc m’offrirent d’aller au métro avec eux. Nous sommes passés par un escalier que je ne connaissais pas qui permit d’aboutir du pavillon au métro. Ce fut un peu tortueux et difficile parce qu’il faisait noir, mais mieux que tout le labyrinthe que j’aurais eu à me taper seul. C’est ainsi que s’est terminée cette soirée.

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