Résolution

« Ah non! Non! NON! NOOONNN!! » grognai-je, hors de moi, m’efforçant de ne pas exploser et hurler de rage. Je venais de bousiller le costume, déchirant la doublure. Je travaillais là-dessus depuis plusieurs heures, à essayer de confectionner cet habit de gnome commandé pour une fête d’enfant. Le client devait faire son premier essayage le lendemain après-midi et le costume n’était toujours pas prêt. Ah merde! Merde! Pas moyen de trouver d’autre tissu de la même couleur et texture que la doublure. Pourquoi n’en avais-je pas davantage? Je ne comprenais pas! D’habitude, je m’assure toujours de posséder un surplus de tissu au cas où. Pourquoi, cette fois, il en manquait, et au dernier moment?

Tandis que mon cerveau tournait à toute vapeur, tentant de résoudre ce nouveau problème, à mon avis celui de trop, Irma, ma maudite chienne, se remit à japper, japper, japper, japper. Depuis que je l’ai, environ deux semaines, elle ne cesse d’aboyer, jour et nuit! J’ai essayé en vain de comprendre pourquoi, lui ai ordonné de cesser de japper, mais rien à faire, elle recommence toujours. Un jour, je lui ai criée dessus et j’ai eu la paix pour quarante-cinq minutes au lieu d’une demi-heure. Cela m’a valu une visite de la voisine Anna qui est venue me demander de faire moins de bruit. Elle a un chien, pourtant, je lui ai demandée si elle aurait une idée de quoi faire pour Irma, et elle m’a juste répondu de prendre patience ou l’envoyer dans un refuge pour animaux!

Je crois que la prochaine fois, ce sera la police qui viendra, et qui sait s’ils ne vont pas décider de m’emmener au poste. C’est arrivé à mon oncle. Il avait pété les plombs et en était venu à marteler une commode à coups de bâton de base-ball. Ils l’ont emmené et il n’est toujours pas ressorti, depuis trois mois. Ils l’ont transféré dans un asile de fous où il se fait bourrer de pilules.

C’est là, ce soir-là, que je me suis rappelé des paroles de mon grand-père Ramon: « Les chiens, là, ça écoute pas c’qu’on dit. La seule façon de leur faire comprendre de quoi, c’est avec une pelle! Tu jappes: un coup de pelle! Tu jappes encore: un autre coup de pelle. C’est bien important de lui donner des coups de pelle à chaque fois qu’il jappe. Un moment donné, tu vas voir, y va arrêter. » Là, j’étais hors de moi et je la sortis, la pelle. Une grosse pelle en métal pour le jardinage, bien solide! Ramon disait que les pelles en plastique, ça ne fonctionne pas: l’animal n’a pas assez peur. Il ne faut pas seulement que ça fasse mal; l’instant de terreur entre le moment où la pelle est soulevée dans les airs et s’abat sur toi, ça compte aussi. Quand une créature est soumise à la terreur, chaque instant devient plus présent, se grave dans sa mémoire. Une seconde de pure terreur peut représenter, en mémoire, plusieurs secondes d’état normal!

Je me dirigeai vers l’animal qui sembla sentir que quelque chose de vraiment mauvais s’en venait et fit quelques pas en arrière. « T’arrêtes de japper ma maudite! » lui ordonnai-je en esquissant un geste menaçant avec la pelle. Irma poussa un gémissement plaintif, comme pour me demander pardon, et alla se terrer entre le divan et le mur. Peut-être va-t-elle comprendre, me dis-je, abandonnant l’idée de lui faire mal avec la pelle. Mais je gardai ça proche, au cas où. « Tu jappes encore, une seule fois, avertis-je, et je vais t’en sacrer des bons! »

De retour à mon costume, j’essayai de rafistoler la déchirure avec du fil très mince presque de la même couleur que la doublure. Ma machine à coudre se grippa pour je ne sais pas quelle raison, me faisant pousser d’affreux jurons qui auraient fait beaucoup de peine à ma mère. L’aiguille se bloqua, le moteur força, et puis je finis par me blesser au doigt en essayant de réparer ça. « Salopperie! » pestai-je, les oreilles en feu, sur le point de tout casser.

Et puis Irma reprit son incessante complainte! WAF! WAF! WAF! WAF! WAF! WAWAF! WAF! Elle était devant la porte-moustiquaire, tentant peut-être d’attraper ou faire peur à une mouche! Et puis elle se mit à jouer des griffes dans la moustiquaire, y pratiquant plusieurs déchirures. Ah non, pas encore! C’était la troisième fois qu’elle me bousillait la moustiquaire!

À bout de nerfs, je me suis saisi de la pelle et l’ai abattue sur le corps d’Irma, une fois, deux, puis trois. À chaque fois, Irma poussait un jappement et puis reprenait sa crise au point où elle en était. « FERME-LA! » en vins-je à tonitruer, avant de marteler Irma avec la pelle à répétition. Rendu au septième coup, l’animal ne bougeait plus, se contentant de japper, japper, japper, japper. C’est là que quelque chose se brisa en moi. Fou furieux, j’ai fessé avec la pelle jusqu’à ce que Irma ne jappe plus. Mais après, elle ne bougeait plus et je ne sentais plus son cœur. Il ne fallut pas longtemps pour comprendre que j’avais commis une grosse gaffe, celle de ma vie. Je venais de tuer ma chienne. C’était moi qui avais fait ça, et rien ne me disait que je ne le referais pas, plus tard, sur un autre animal ou un être humain.

Maintenant que mon costume de gnome, ma machine à coudre et ma chienne étaient foutus, je ne voyais pas ce que je pouvais faire d’autre qu’aller me coucher. Mais je pus trouver le sommeil, hanté par les jappements d’Irma, ne pouvant cesser de voir, revoir et revoir la scène en moi. J’avais tué ma chienne. Je l’avais tuée à coups de pelle. À coups de pelle. Ma chienne était morte, tuée, à coups de pelle. J’avais tué ma chienne à coups de pelle!

Ok, ok, ok, faut que j’arrête de penser à cette chienne. Le costume, le costume de gnome, peut-on le réparer. Pourrais-je terminer la couture à la main? Oui, peut-être. Il me reste assez du fil pour réparer la doublure. Ça suffira pour l’essayage, après j’aurai une semaine pour trouver du tissu et refaire ça comme il faut. Il faudra redoubler d’effort pour avoir le temps de réparer ça et terminer la finition, peut-être passer une nuit ou deux dessus, mais ça peut encore se faire. Je ne vais pas perdre ce client, et tous les autres à qui il rapportera mon échec si je ne réussis pas.

Oui mais j’ai tué ma chienne. J’ai tué! Je l’ai tué, à coups de pelle. Pelle. Je mériterais qu’on m’en donne, des coups de pelle. J’ai tellement de fois craint que mon grand-père en vienne à ça. Chaque fois que je passais du temps chez lui, il était très strict et autoritaire avec moi. Si je lui désobéissais, il n’hésitait pas à m’empoigner violemment. Il m’a crié dessus et donné un nombre incalculable de fessées. Il me répétait aussi de ne pas parler de ce qu’il me faisait à ma mère, sinon il serait peut-être obligé de la tuer et de me tuer! Un jour, il m’a soulevé de terre et serré le cou, très fort, assez que j’avais du mal à parler. Je crois que si je l’avais suffisamment provoqué, la pelle, il me l’aurait balancée sur la tête à répétition. J’y ai pensé maintes et maintes fois, qu’il ferait ça, et je dois avouer que sa mort, l’année dernière, a été un soulagement pour moi. Je ne l’ai dit à personne, craignant qu’on me juge à cause de ça, mais c’est pourtant la stricte vérité. Tu l’aurais tué, un moment donné, me hurla une voix intérieure, inspirée de celle de Ramon. À coups de pelle! Non! m’objecta. Oui, tu l’aurais fait. Peut-être bien, me rendis-je compte, troublé, angoissé. Ce serait aussi facile de faire du mal à un être humain avec cette maudite pelle qu’à ma chienne.

En sueur, au bord de piquer une incontrôlable crise de panique, je dus retirer mes couvertures. Peut-être la chienne allait reprendre vie. C’était mon seul espoir. Je retournai dans le salon, la pris, la tâtai, la priai, implorai l’aide de Dieu. Peut-être son cœur s’était remis à battre. Non, rien, toujours aucun signe de vie. Je vais probablement faire de la prison, à cause de ça. J’avais entendu à la télé voilà quelques mois que tuer un animal pour rien était un acte criminel passible d’amendes et d’une peine d’emprisonnement. Je ne pouvais dire ce qui était le plus difficile entre savoir que j’avais tué et pouvais le refaire, être certain de devoir passer des mois, voire des années, derrière les barreaux ou savoir que tous ceux que je connais resteraient libres et pourraient à loisir parler dans mon dos. Ma mère dira à ses amies: « Ah si sa femme l’avait pas laissée, ça irait mieux pour lui, ça aurait pas fini comme ça. » Mon frère dira que j’aurais dû abandonner ce travail de tailleur qui me stressait trop pour reprendre les études et m’investir dans un autre domaine où il y avait plus de débouchés. En effet, peu de gens avaient les moyens et le besoin de se faire confectionner un habit ou un costume sur mesure de nos jours. Mais je rappelais avec rage ces années d’études, qui avaient été les plus pénibles de ma vie. Les travaux n’avaient aucun bon sens, les autres étudiants n’étaient d’aucune aide, peut-être parce que je n’ai jamais accepté de prendre une bière avec eux, trop préoccupé par mon nombril et mes études. Sais pas, et je ne veux plus savoir, j’en ai plus qu’assez que ça dépende et que ce ne soit jamais ça, jamais correct, toujours le contraire.

Laissant là Irma à son triste sort, je retournai à mon lit de torture et tentai de me concentrer sur un souvenir heureux. Il me fallut un moment pour en trouver un. On aurait dit que tous les bons moments vécus ces dernières années ne comptaient plus, à cause de ce que je venais de faire. Si je pensais à ma femme, la rupture refaisait immédiatement surface, le jour où elle m’a reproché de passer trop de temps sur mes costumes, m’a donné le choix entre mes clients et elle. « T’aurais pu régler ça à coups de pelle! » tonitrua la voix de Ramon qui avait décidé de s’acharner sur moi depuis que j’avais tué Irma. Si je pensais à mes parents, mon frère, mes sœurs, l’idée qu’ils ne veulent plus me reparler et me revoir à cause du meurtre d’Irma s’imposait à moi.

Non la seule chose qui me fit sourire un peu, c’est le souvenir de ma nièce agaçant son petit chat jusqu’à le rendre malin. Malheureusement pour elle, elle y est allée trop rude avec le félin et l’animal possédait encore ses griffes. Ma nièce s’est ainsi fait défigurer. Est-ce vraiment les miaulements du chat qui se débattait énergiquement ou le fait que ma nièce se soit fait bousiller la figure que je trouve si drôle? Les miaulements, répondis-je, c’était trop drôle voir ce chat crier si fort et se débattre si énergiquement tandis que Giny ne faisait que lui toucher le ventre à répétition. « Non! » hurla Ramon. « T’es content que Giny se soit fait défigurer, parce qu’elle est plus belle que toi et ça a remédié à la situation! J’devrais t’défigurer à coups d’pelle pour avoir pensé ça! » À l’idée que ça puisse être vrai, je fondis en larmes. Je suis un monstre, pensai-je, je souhaite le malheur et la mort à tous, je suis devenu meurtrier ce soir, et voilà pourquoi je suis puni et privé de bonheur.

Peut-être si je réussis à finir ce costume, ça va me sauver. Oui, le costume de gnome, si je peux le réparer, ça va aussi réparer mon esprit fêlé. Ça me semblait, à 3h du matin, le seul espoir qu’il me restait. Je me levai donc, retournai dans mon atelier, allumai le plafonnier et entrepris de coudre à la main le fil pour soutenir la doublure déchirée. Je finis par réussir, mais j’avais super chaud, même la porte-moustiquaire grande ouverte. Je réussis, après deux heures de travail, à préparer le costume pour le premier essayage, mais je me sentais toujours très mal. Le travail ne m’avait pas libéré l’esprit. Il me semblait entendre des jappements et je revoyais sans cesse la scène. J’ai tué ma chienne. Je l’ai tuée, à coups de pelle.

Il n’y aura aucune échappatoire pour moi. Un jour, ça se saura et la police viendra. La police viendra et m’emmènera. J’irai en prison et quand je sortirai de là, j’aurai perdu tous mes clients et ne pourrai plus travailler comme tailleur. Tous mes clients, tous, ils iront ailleurs. Je ne pourrai plus travailler. La police viendra, ils m’emmèneront, m’emmèneront en prison, pourrai plus travailler. Je ne pourrai plus travailler à cause de la sacrée police! Que vais-je faire, ensuite? Il m’a fallu deux ans et demi avant qu’un premier client me contacte. Il me faudra me taper à nouveau cette angoissante attente, à cause de cette maudite pelle, parce que j’ai tué ma chienne. Non, ce serait à cause de la police qui viendra me chercher!

Le désespoir se mua progressivement en fureur. Un moment donné, n’y tenant plus, je repris ma pelle et tapai avec sur mon lit! Puis je la jetai par terre avant de fondre en larmes. J’en étais rendu exactement au même point que mon oncle, fou furax à fesser sur des meubles. La prochaine étape à franchir, ce sera me mettre à crier à pleins poumons en martelant une commode ou une table avec un bâton ou la pelle. La police viendra pour ça et trouvera Irma. Tout sera fini pour moi.

Eh bien, je vais faire en sorte que ce soit fini pour moi avant qu’ils viennent. Pris dans un abîme de désespoir, les larmes aux yeux, à demi conscient de ce que je faisais, je me saisis d’un vieux cordon d’alimentation qui servait pour un ordinateur défunt depuis trois ans, je pris une pince et sectionnai le câble. Ensuite, j’entrepris de dénuder les fils électriques. Voilà, c’était fait, c’était prêt, il ne restait plus qu’à me mettre ça dans la bouche et brancher ça dans le 220V. Ce serait fini dans pas long.

Non, si je fais ça là, personne ne comprendra ce qui s’est passé. On se contentera de radoter que c’est parce que ma femme m’a laissé, parce que je n’ai pas choisi la bonne profession, parce que je suis mentalement instable, etc. Non, il faut faire comprendre à tous que la société est mal foutue. L’Espagne doit changer, ne plus faire de ses citoyens des esclaves du travail et les sucer jusqu’à la moelle. Il doit pouvoir y avoir moyen de mieux apprécier la vie, pas seulement l’endurer jusqu’à la folie. Probablement que plusieurs autres pays devront suivre le même chemin, sinon le monde sombrera dans le chaos le plus total. Tout le monde capotera et criera à pleins poumons et en viendra probablement à fesser partout. Avec des pelles. À cette idée, je ne peux m’empêcher de sourire. Décidément, seul le mal me fait rire. Il est temps d’en finir avec tout ça.

Il faudrait que j’explique tout ça, pensai-je, que j’enregistre une vidéo expliquant tout ça. Mais il faudrait idéalement que la vidéo présente l’instant fatidique où je me mets le satané câble électrique dans la bouche et branche le tout, pour que le message soit clair comme du cristal. Si ce n’est pas enregistré, s’il n’y a pas de témoin, ce sacrifice sera vain, ce ne sera qu’un stérile suicide de plus, ce ne sera dans un an qu’une statistique. Mes proches la pleureront probablement, cette mort inutile et vaine, mais ce sera en vain, toujours en vain. Ramon avait raison: il aurait mieux valu me tuer à coups de pelle! Me tuer à la naissance.

Non, je ne peux pas faire ça. Il faut que je laisse un message clair, et ce n’est pas la bonne façon. Je rangeai donc le câble, mais le gardai proche, prêt, si je change d’idée. Non, mon plan est très très simple. La police viendra un jour, bientôt. Je serai là, mais je ne vais jamais venir avec eux. Je me battrai jusqu’à mort et ils seront obligés de me tuer. Peut-être, oui peut-être, me laisseront-ils en paix plutôt que me tuer. C’est mon dernier, mon seul espoir.

Sinon, je pense que je pourrai réussir mon coup si je plonge ma main dans ma poche et n’ouvre plus le poing après l’en être sortie. Ils me demanderont à répétition de lâcher ce que j’ai dans la main, comme c’est arrivé dans quelques films que j’ai vus. « Non! » répondrai-je. « Tant que j’ai ça, vous approcherez pas! » Je pourrais aussi les menacer: « Obligez-moi pas à vous l’lancer en pleine face! » Un moment donné, ils devront tirer. Je garderai mon poing près de mon cœur. En imaginant la mine perplexe du policier qui trouvera une main vide quand mon poing s’ouvrira après ma mort, l’enquête interne qu’il devra subir, les remords auxquels il sera aux prises, la réaction de ses collègues, je souris enfin. Oui, ce sera ça ma vengeance. Lui aussi perdra son emploi, lui aussi verra ce que c’est ne pas pouvoir travailler et gagner sa vie, être obligé de se taper de nouvelles études en sachant que c’est pour rien!

Mais ça va prendre des jours avant que quelqu’un se rende compte que la chienne est morte et que la police vienne. Je ne vais pas tenir si longtemps, je vais devenir fou avant, ou perdrai le courage nécessaire pour accomplir ce qui doit être fait. J’ai songé les appeler, mais je n’y arrive pas, c’est trop dur. Alors, j’ai pris une corde, j’ai pris la chienne, je suis sorti sur mon balcon et j’ai suspendu l’animal à la corde à linge pour ensuite l’envoyer au centre de la cour. Tôt ou tard, quelqu’un verra, et il appellera la saloperie de police. En attendant, je vais me coucher sur le dos, prendre de profondes respirations et essayer de me reposer, reprendre des forces pour ne pas flancher et faire ce que j’ai prévu de faire. Je veux que ma résolution tienne, je veux que quelqu’un paie pour toute cette merde, mais la fatigue qui me tenaille et m’assaille risque de la faire flancher.


Ça y est! J’ai dormi un peu après avoir écrit. Je me sens un peu mieux que tantôt, presqu’en forme. Je devrais pouvoir le faire. Là ça sonne à la porte. Ils sont là, ils viennent pour moi. J’espère pouvoir tenir le coup et me rendre au bout, réaliser mon plan. Ma résolution est prise, en tout cas, et depuis que c’est fait, je me sens mieux. Mieux que jamais!

Spéculations sur les potions

Plusieurs récits fantastiques s’accordent tant sur la possibilité de concocter des breuvages produisant des effets surnaturels qu’il est tentant de croire que de telles potions pourraient potentiellement exister pour vrai, si les bons ingrédients et procédés étaient un jour réunis au même endroit et entre des mains suffisamment expertes.

Dans tous les cas, la création d’une potion consiste à combiner des ingrédients à l’aide d’un substrat permettant de les dissoudre pour en extraire leur potentiel effectif. Certains ingrédients possèdent des propriétés permettant d’exercer un effet particulier, naturel ou surnaturel. D’autres ingrédients permettent de réguler ou réduire l’action des éléments actifs de la potion, la rendant plus stable ou en éliminant des effets secondaires. D’autres ingrédients encore pourraient permettre de donner un meilleur goût au breuvage.

Les ingrédients

Les ingrédients les plus communs sont de nature végétale: plantes, herbes, voire écorces d’arbres. Plusieurs infusions et décoctions à base de plantes existent déjà; ce seraient des potions à effet réduit, ne nécessitant aucun procédé magique pour la préparation.

Il est aussi envisageable que des parties d’êtres organiques, incluant du sang, des fluides corporels, des poils, des écailles, des griffes, etc., puissent servir. Dans certains cas, l’ingrédient ne va pas se dissoudre dans la potion mais simplement infuser ses propriétés pendant le processus d’incorporation. Quoiqu’on peut imaginer un moyen inusité permettant d’incorporer à peu près n’importe quoi dans une solution, on verra plus loin.

Il est à envisager que des ingrédients minéraux puissent être utilisés aussi, mais leur préparation sera plus difficile. Par exemple, il faudra parfois pulvériser du fer, de l’or ou du diamant pour l’incorporer à une potion en cours de fabrication. Les ingrédients minéraux ont davantage de possibilités d’être toxiques pour l’être humain que les ingrédients végétaux, alors il faudra les réguler ou les contre-balancer avec autres choses pour en isoler l’effet désiré.

Certains ingrédients nécessaires pour certaines potions ne sont pas disponibles dans le plan terrestre ou ne le sont plus. Par exemple, on pourrait un jour retrouver une recette de potion nécessitant des défenses de mammouth ou des écailles de dragon. Il est possible qu’on découvre des procédés permettant de voyager vers d’autres univers parallèles où on pourrait aller chercher tout ça, ou bien il se peut qu’on puisse substituer ces ingrédients introuvables par des composés synthétiques.

Enfin, certains ingrédients pourraient être purement synthétiques. La chimie permet déjà de combiner des molécules pour en former de nouvelles. Mais si on admet l’existence de plus de trois dimensions, ne pourrait-on imaginer que les molécules telles que nous les connaissons sont simplement la manifestation sur trois dimensions de structures multi-dimensionnelles. On pourrait alors penser que, peut-être, des réactions pourraient éventuellement survenir dans d’autres potentielles dimensions que les trois qu’on connaît déjà, permettant d’obtenir des combinaisons que la chimie n’autorise pas. C’est cela que je ne peux résister à appeler des réactions alchimiques. La réaction chimique conventionnelle affecte les réactifs de façon directe tandis que la réaction alchimique affecte les trois dimensions habituelles de façon indirecte, parce que les réactifs sont juste des manifestations d’objets multi-dimensionnels qui réagissent entre eux dans d’autres dimensions qu’on ne connaît pas, qu’on ne peut pas observer avec nos sens.

La fabrication

La façon la plus simple et élémentaire de fabriquer une potion serait d’incorporer les ingrédients, un par un, dans un liquide, plus souvent de l’eau qu’autre chose, parce que c’est facile à trouver et ce n’est pas toxique pour l’être humain. Souvent, il sera nécessaire de chauffer l’eau pour augmenter la solubilité du liquide, ce qui permet d’incorporer davantage d’ingrédients. Mais d’autres liquides pourraient tout aussi bien servir, par exemple du lait, voire même du sang! AOUCH! Je ne dis pas que je voudrais préparer une décoction en faisant bouillir du sang d’animal, mais ça me semble parfaitement imaginable sur un plan purement théorique.

Outre l’incorporation par dissolution, l’infusion est une façon toute aussi valable d’extraire des propriétés d’ingrédients. Dans bien des cas, l’ingrédient subsistera dans la solution et devra en être extrait par filtration pour aboutir à un liquide uniforme qui pourra être bu. L’infusion existe déjà, à l’origine de plusieurs boissons dont le thé et le café.

Alors pourquoi n’existe-t-il pas de vraies potions, alors? Les ingrédients qui sont utilisés dans les solutions, infusions et décoctions ne sont pas les bons? Pourrait-on incorporer des ingrédients solides à la potion en les chauffant suffisamment pour les liquéfier? Pas certain, car la température parfois nécessaire suffirait à vaporiser l’eau servant de base à la potion. Mettre davantage d’eau pour qu’elle ne se vaporise pas va diluer l’ingrédient. Peut-être pourrait-on récupérer la vapeur par distillation et la forcer à se condenser. Mais tout me laisse croire que les propriétés intéressantes des ingrédients ainsi traités seront détruites par l’intense chaleur.

Alors, si on a tous ces ingrédients, tous ces procédés, que manquerait-il pour qu’on puisse créer des potions donnant des effets vraiment spectaculaires? Eh bien, je crois que ce qui s’est perdu avec le temps, c’est la capacité à induire des réactions alchimiques. Les magiciens qui pouvaient le faire ont été brûlés pendant l’inquisition ou se sont cachés quelque part où ne pourra jamais les trouver. La réaction alchimique permettrait d’incorporer des ingrédients qui ne peuvent l’être autrement, par exemple les poils, griffes ou écailles d’animaux.

Certaines réactions risquent de rendre le liquide instable, ce qui nécessiterait l’incorporation d’autres éléments pour réguler ou stabiliser. Une potion instable, dans le meilleur cas, va devenir inutilisable après quelques temps. Dans d’autres cas, cela pourrait libérer des vapeurs toxiques. Dans le pire cas, on peut imaginer que ça va exploser de façon aussi dangereuse que spectaculaire. Dans les cas les plus courants, celui qui fabriquera la potion aura assez de temps pour incorporer les agents stabilisants avant qu’il ne soit trop tard. Il est à envisager que chauffer le breuvage en cours d’élaboration va aider à réduire l’instabilité. Dans certains cas, un flot constant d’énergie magique, aussi appelé mana, serait nécessaire. Il peut être fourni par un artefact ou bien par un magicien habile qui va incanter pendant la fabrication de la potion. Dans le cas de breuvages très avancées, pourquoi ne serait-il pas nécessaire de demander de l’aide à une créature extra-planaire invoquée pour l’occasion? Par exemple, il sera peut-être nécessaire de chauffer la préparation à l’aide du feu magique produit par un élémental.

Et si on n’a plus de magiciens?

Alors est-ce possible ou non d’élaborer des vraies potions, pas juste des décoctions produisant des effets partiels et variables? Je dirais que c’est peu probable mais possible. Plusieurs récits s’accordent sur le fait que la magie perturbe la technologie. Plus probablement, un flot suffisamment important d’énergie magique affecterait les champs magnétiques et, par le fait même, l’électricité, à la base de toute notre technologie moderne. De la même façon que l’électricité et le magnétisme sont fortement liés, ne pourrait-il pas exister un lien bidirectionnel entre l’énergie magique et le magnétisme ou l’électricité? Dans ce cas, si la magie est capable d’influencer la technologie, l’inverse serait imaginable! Alors avec la bonne technologie, on pourrait produire un véritable champ d’énergie magique.

L’élaboration d’une théorie correcte régissant les réactions alchimiques sera ensuite nécessaire. Sans rien de physique à observer, ce sera difficile, voire impossible. Mais si on pouvait retrouver des potions qui ont existé autrefois ou, mieux encore, obtenir l’aide d’un magicien capable de créer des potions, alors peut-être pourrait-on établir des théories.

Il faudra aussi trouver pourquoi certaines personnes peuvent interagir avec l’énergie magique et d’autres pas. La raison la plus probable, c’est un marqueur génétique qui permet de servir de récepteur à l’énergie. Ce marqueur est enfoui quelque part dans notre patrimoine génétique, il faudrait simplement trouver comment l’activer. Mais les conséquences d’une telle activation seraient aussi imprévisibles que diverses et dangereuses.

Mais je suis triste de devoir terminer en écrivant qu’il existe une faille fondamentale à tout ça. Si on suppose que la magie existe, alors comment est né le premier magicien? Comment a-t-il procédé pour déterminer quelles incantations utiliser, quels ingrédients combiner, sans aucune connaissance scientifique? Peut-être a-t-il bénéficié de l’aide d’une entité extra-planaire ou extra-terrestre, mais alors pourquoi cette même entité ne nous a-t-elle pas apprise, à toute l’humanité, comment traiter des problèmes bien plus fondamentaux que savoir lancer des sorts ou créer des potions? Même si, sur le plan théorie, on peut imaginer l’existence du mana et des réactions alchimiques, il faudra des siècles et des siècles d’analyse et d’expérimentations avant de pouvoir établir des fondements théoriques assez solides pour faire quelque chose de fiable avec ça. Alors c’est pour cela que j’ai bien l’impression qu’on pourra continuer autant qu’on veut à rêver de magie, mais on ne pourra pas en voir, encore moins en faire, de nos vivants.

Spéculations métaphysiques

Que se passerait-il avec l’âme d’un être humain qui se ferait cloner? Je me suis posé cette question tout récemment et les réponses que j’ai trouvées en y réfléchissant sont toutes aussi diverses qu’intéressantes. Bien entendu, tout ce qui suit suppose que l’être humain possède une entité métaphysique immatérielle qu’on appelle communément une âme. Si cette hypothèse fondamentale est fausse, eh bien ce qui suit ne tient plus la route.

Alors on va supposer pour ancrer la réflexion que la structure moléculaire, atomique ou quantique du corps humain forme en quelque sorte une balise, une ancre à laquelle l’âme peut s’attacher. Si, par un processus que je ne connais pas, on pouvait reproduire cette structure, alors deux phénomènes pourraient survenir.

D’abord, si la reproduction est imparfaite, ce qui arrivera sans doute avec les premières expériences de clonage humain, alors l’âme sera incapable de s’ancrer sur la copie. Elle restera tout simplement attachée à l’original et la copie sera un être sans âme. Les conséquences de cet état de fait sont à déterminer: absence d’émotions, absence de capacités intellectuelles, capacités créatives diminuées, etc.? On ne sait pas. Dans le cas de la destruction de l’original, il se peut que l’âme se rattache au clone en guise d’ancre de secours ou, si la copie est de trop mauvaise qualité, se retrouve privée de lien matériel. Une âme détachée se retrouve soit errante et devient ce qu’on appelle communément un fantôme, ou bien se voit attirée vers un autre plan, fort probablement l’astral, ce qu’on appelle l’au-delà. Au moins, dans ce cas, la destruction du clone ne devrait en aucun cas impacter l’original.

Si, par contre, la copie est parfaite, alors l’âme se retrouve dans une situation ambigüe, avec plusieurs ancres matérielles possibles. Je ne pourrais dire, alors, ce qui va se passer. Une première possibilité est que l’âme reste attachée par défaut à l’original. Pourquoi migrer vers une autre attache matérielle si l’actuelle convient déjà? Bien entendu, la destruction de l’original forcera l’âme à migrer.

Une expérience très intéressante à tenter serait de détruire l’original pour faire migrer l’âme vers une copie, puis reconstruire l’Original pour voir si l’âme va rester dans la copie ou bien retourner dans l’original. Bien entendu, je ne suis pas volontaire pour la tenter sur moi!

Une seconde possibilité est que l’âme puisse se fragmenter. Alors, elle se répartira entre les différents clones disponibles. Les conséquences sur les capacités physiques, intellectuelles, émotionnelles, métaphysiques, etc., des clones affectés, est aussi inconnue qu’intéressante. Cela pourrait inclure le partage de pensées, d’émotions ou la répartition, entre les copies, des capacités liées à l’âme. L’effet de cette répartition devrait s’accentuer avec le nombre de copies. En effet, pourquoi se limiter à deux? Tant qu’à se faire cloner, autant imiter ce mythique Vol de Mort et se faire sept copies, ah puis non, 13, ce serait mieux!

Enfin, il se peut que l’âme, plongée dans un état de confusion métaphysique, se retrouve à alterner entre les différents clones. Les conséquences d’une telle oscillation seraient aussi imprévisibles qu’intéressantes à analyser.

Il est également à envisager que certains procédés puissent exercer une influence sur le plan métaphysique, permettant de mieux contrôler l’avenir de l’âme avant, pendant et après le processus de clonage. Le plan métaphysique est fortement lié à ce qu’on appelle la magie des arcanes qui puise son énergie dans le mana. Plusieurs récits fantastiques s’accordent pour stipuler que la magie perturbe l’énergie électrique ou magnétique. De la même façon que l’électricité influence le magnétisme, il est possible que l’électricité ou le magnétisme puissent influencer la magie et le plan métaphysique. Alors peut-être pourrait-on former un champ d’énergie électro-magnétique permettant de contrôler l’âme pendant le clonage pour qu’elle se comporte de la façon qu’on veut.