Sombre spectacle électronique

Vendredi, 20 novembre 2015, je suis allé au Bleury pour assister à un spectacle de musique électronique. Voici le récit d’une sortie qui pourrait être banale pour le commun des mortels et qui s’est transformée pour moi en une aventure. Il n’y a rien eu là de bien méchant et de dramatique, rien de comparable à mon vol de portefeuille l’été dernier, mais je crois que ça vaut la peine de le raconter.

Tout a commencé jeudi quand ma belle-sœur m’a transmis un message qu’elle a reçu à propos de spectacles de musique électronique dans différents bars de Montréal. Il y en avait le jeudi, le vendredi et le mercredi suivant. J’ai regardé ça, aucun artiste que je connaissais, et aucun lieu non plus, à part le Salon d’Arts Technologiques où j’étais allé pour le passage de la librairie ambulante Le Buvard, mais le spectacle commençait à 22h au lieu de 21h et le prix des billets à la porte: NC. Mais c’est quoi NC? Il fallait idéalement réserver d’avance et je n’étais pas certain d’y aller, me sentant fatigué après une semaine de travail marquée par de multiples préoccupations, incluant un affreux bogue d’intégration qui m’a occupé pendant près de deux jours!

Mais d’un côté, je me disais depuis un certain temps avoir envie d’aller voir un spectacle de musique électronique. C’était peut-être ma chance, il me fallait la saisir d’une façon ou d’une autre. Ce serait peut-être toujours tard le soir, dans un bar ou une salle de spectacle inconnus. J’étais bien chanceux que ce soit à Montréal, au Québec même. Souvent, ai-je découvert, faut aller aux États-Unis pour voir ce genre de prestations, surtout celles des plus grands comme Infected Mushrooms, Deadmau5, etc.

Bon, on va y aller avec le Bleury, relativement proche du bureau. J’ai bien entendu fait mes devoirs et regardé sur Google Maps: ok, proche de la station Place des Arts, juste à marcher un peu. En regardant de plus près, je découvris que les portes ouvraient à 21h et le premier artiste, Kris Guilty, commençait à 22h. Il y avait un deuxième artiste, Borrowed Identities, qui commençait à 0h30! Watatatow! Celui-là, pensai-je, on va l’oublier. Si je reste si tard, je serai pris là. Je sais depuis des lunes qu’on ne peut pas revenir facilement du centre-ville après la fermeture des métros à moins de posséder cette affreuse chose à quatre roues qui a tout le temps soif et qui sépare les voyants des non voyants.

Me rendre là-bas s’est relativement bien passé, à part un peu de tâtonnement. Il m’a fallu trouver la rue Président-Kennedy, puis Bleury, et puis marcher vers Sherbrooke. Je me suis trompé de direction sur Jeanne-Mance, m’en allant vers Sainte-Catherine plutôt que Président-Kennedy, et passé tout droit sur Bleury, m’en allant vers Sherbrooke. Mais j’ai fini par l’avoir et entrer. Mais je n’ai pas pu être totalement sûr d’être au bon endroit avant de franchir la porte. Il devait y avoir un panneau, une affiche, une enseigne, quelque part, mais je ne l’ai jamais vu.

Quand je suis rentré là-dedans, il faisait tellement noir que je ne voyais presque rien! On m’a demandé si je venais pour l’événement et de payer l’entrée: 20$, bien que c’était indiqué 17$ sur le site. Eh ben. Il faisait tellement noir que je ne voyais pas mes billets. Mais au moins, je savais que je n’avais pas de billets supérieurs à 20$, donc aucune crainte de donner par erreur un 50$ ou un 100$ et me faire fourrer par une personne malhonnête. Ce serait vraiment méchant de faire ça à un déficient visuel, mais c’est parfaitement possible sur le plan théorique!

Alors mon étampe apposée sur le poignet, je suis entré plus loin. Je ne voyais toujours rien à part ce qui semblait soit une table pour s’asseoir, peut-être une table de pool, peut-être le bar. Je me suis approché, avec précaution pour ne pas prendre une plonge quelque part. Ok, c’était le bar. Peut-être vais-je avoir du mal à revenir là, alors aussi bien me procurer une bière tout de suite. Rendu là, je commençais à voir un peu pour trouver mes billets.

La chose faite, j’ai entrepris de me trouver un endroit où m’asseoir et y rester jusqu’à ce que le spectacle commence ou au moins mes yeux s’habituent un peu à la pénombre. En avançant en direction opposée au bar, j’ai cru remarquer des tables. Je me suis approché, et constaté que c’étaient de petites tables basses dans lesquelles j’ai été chanceux de ne pas me cogner, des plans pour renverser plusieurs bières et faire tomber des bougies! Il n’y avait pas de chaises, en tout cas je n’en ai pas vues. Mais il y avait des sofas où on pouvait prendre place. Je me suis installé là, marchant toujours lentement pour éviter l’accident du siècle, enlevé mon manteau et posé ma cane à côté de moi, sur le sofa, pas par terre, car il y a moyen de se la faire kicker on ne sait où par quelqu’un qui passe! Ça ne m’est jamais arrivé personnellement, mais ma belle-sœur m’a fait penser à cette possibilité un soir que nous étions à l’Escalier pour admirer les performances de Balkan Kafana dans lequel mon frère a joué de la basse pendant quelques mois.

Après m’être assis, je cherchai et trouvai un endroit relativement sûr où poser ma bière: une petite table basse. Il restait quinze minutes avant le début du spectacle. Je bus quelques gorgées de bière et essayai de répondre à ma belle-sœur qui avait des problèmes avec ses photos sur son Mac. Bien évidemment, ce que je pus faire ce soir-là à propos de ces photos est très limité! Je fus tenté de faire quelques recherches sur Internet en attendant le début du spectacle, mais je m’en abstins. Il ne me fallait pas brûler la batterie de mon téléphone, dont je pourrais avoir besoin pour rentrer chez moi (Google Maps, ou appeler un taxi).

Quelques minutes passèrent avant que quelqu’un ne vienne avertir les clientes assises sur le même sofa que moi qu’un événement allait débuter et qu’en gros, elles allaient devoir partir ou payer pour y assister. Me doutant que ce gars-là connaissait bien l’endroit, j’en profitai pour savoir où étaient les toilettes, un autre élément qui peut devenir important à un moment ou à un autre durant la soirée. J’ai découvert qu’il vaut mieux trouver ça au début, avant le spectacle, car plus la soirée avance, plus il y a du bruit et plus il est difficile de demander ça et obtenir une réponse.

Pour soulager mon besoin, je dus amener ma bière avec moi, ne pouvant prendre le risque de la laisser là sur une table. Quelqu’un pouvait trop facilement mettre de quoi dedans. Encore une fois, je n’ai jamais vécu cela personnellement, mais j’ai entendu de très mauvaises histoires là-dessus, dont un oncle qui s’est fait droguer à son insu et ne s’en est jamais complètement remis. Seul dans un bar, je ne peux pas prendre trop de risques. Heureusement, il y avait une meilleure luminosité dans les toilettes que dans le reste du bar. J’eus du mal à trouver un endroit où poser ma bouteille de bière pour ne pas risquer de l’échapper. Le premier endroit que je trouvai me sembla vite très instable. J’eus plus de chance sur l’urinoire, mais j’avais encore des doutes. Par chance, la bouteille ne tomba pas.

De retour à ma place, où j’avais laissé mon manteau, j’attendis que ce spectacle commence. J’entendis alors des gens parler à propos de l’artiste qui ne semblait pas être arrivé. On semblait se demander s’il allait même se présenter. Ah non, pas pour vrai! Dis-moi pas que j’ai fait ça pour rien! Peut-être que oui…

J’attendis, attendis. Un moment donné, j’allai me chercher une deuxième bière. Un peu plus tard, j’entendis des gens arriver et s’excuser du retard: il y avait eu le trafic typique montréalais. Peu après, la musique changea, sembla plus rythmée et le volume augmenta. Mais je n’étais même pas sûr que le spectacle avait commencé. Personne n’avait rien annoncé.

La place est pas mal bien. L’aspect lounge du lieu, avec les sofas et le bar au centre, crée une ambiance décontractée. J’ai fini par m’habituer à la pénombre et y voir un peu. Je n’irais certes pas là pour juste prendre une bière pour le fun, il y a pour cela des endroits plus proches de chez moi, mais je suis content d’avoir découvert ce lieu malgré tout.

Un moment donné, quelqu’un, probablement le gars qui m’avait aidé à trouver les toilettes, est venu me voir et me demander si j’avais besoin de quoi que ce soit. Il me dit qu’il était le gérant de la place. Excellent, vaut mieux l’avoir comme allié que comme ennemi celui-là!

Je dirais que le spectacle a bien eu lieu, car ce qui joua là ressemblait fort à un set de DJ: de la musique en continue, non stop, avec des enchaînements doux entre différents rythmes. Mais plutôt que me faire bouger et danser, cette musique-là accrut mon épuisement. Peut-être ça aurait pu être bon avec un ami, dans une autre situation, en meilleure forme, mais ce soir-là, ça ne me fit pas de bien. C’était de la musique électronique de style house. Peut-être aurais-je été mieux avec du trance, peut-être pas, on ne sait pas.

Je songeai à de multiples reprises que le spectacle de 0h30 devait être meilleur, que là ça commencerait à bouger vraiment. Je trouvai ça bien dommage, car j’étais trop fatigué pour rester si tard et je serais pris là, après, car il n’y aurait plus de métro.

Je suis parti de là peu avant minuit. J’ai eu un peu de mal à trouver la sortie, mais j’y suis parvenu. Un dernier obstacle se dressa entre ce bar et chez moi: le froid. Il faisait 3 degrés rendu là. C’était correct si je restais en mouvement, mais je me fis bloquer par des feux de circulation, au point où je finis par grelotter. Mais par chance, j’ai atteint la station Place des Arts sans tâtonnement excessif et j’ai ainsi pu rentrer chez moi.