La couleur préférée optimale

Quelle est ta couleur préférée? Question si commune pourtant si vide de sens. Existe-t-il autre réponse à cette question qu’une variable aléatoire dont la valeur change avec le temps? En 2009, la couleur préférée d’une personne sera le rouge et ça deviendra peut-être le jaune en 2011.

Je me suis alors demandé ceci. Quand la couleur n’a que peu d’importance pour moi, y aurait-il moyen de formuler une réponse sensée, objective, à cette question supposément si simple?

Eh bien ma première tentative fut de dire que c’était le BLANC, parce que le blanc regroupe TOUTES les couleurs du spectre électromagnétique. Quoi de plus riche et intéressant qu’une couleur qui les unit toutes! Mais sur le papier, le blanc est l’absence de couleur, le manque d’inspiration, le vide. En peinture et en photographie, c’est le NOIR qui contient toutes les couleurs. Alors avec le blanc, je serai une personne riche aux yeux des éclairagistes et des artistes de la scène, adeptes de la synthèse additive, mais passerai pour une coquille vide aux yeux des artistes. L’inverse se produira avec le noir. De plus, le noir ou le blanc, c’est la saturation, la quantité plutôt que la qualité, l’absence de véritable contenu. Alors si j’opte pour l’une d’elles, cela montre que je suis une personne superficielle.

Alors, ne pourrais-je pas établir un compromis en optant pour le GRIS? Le gris, en effet, est la médiane entre le noir et le blanc: ni trop riche en couleurs diverses, ni atteint de cette absence totale de couleurs qui rend tout stérile. Mais alors, suis-je un décis, incapable de pencher vers le blanc ou vers le noir? Peut-être bien.

Ou bien dois-je y aller en fonction de ma personnalité? Si je suis d’un tempérament stressé, devrais-je opter pour le rouge afin de le dénoter, puisque le rouge est une couleur chaude? Ou bien devrais choisir le bleu, une couleur froide, pour montrer que j’aspire au calme et à la sérénité? Et le vert dans tout ça, qu’en faire? Si je le prends, puis-je le faire parce signifier que j’aime le contact avec la nature? Peut-être bien. Alors, rouge, vert ou bleu? Sais plus!

Bon et il y a les couleurs de base de la synthèse soustractive à considérer. Comment faire pour choisir entre le jaune, le magenta ou le cyan? Bon sang que je ne sais pas!

Alors peut-être la réponse est ceci: signifier mon eccentricité en choisissant une couleur qui n’a pas de nom!!! Je prendrais, par exemple, une combinaison linéaire arbitraire de rouge, vert et bleu, tiens disons 45% de bleu, 25% de rouge et 30% de vert. Mais si je prends des parts trop égales, je me retrouve avec du gris et montre le fait que je suis indécis, incapable de choisir!

Alors peut-être serais-je mieux avec une couleur qui évoque de beaux souvenirs, comme le beige qui me fait penser à la chatte Kitkat de mes parents. Oui oui, mais dans quelques années, Kitkat ne sera plus de ce monde et le beige évoquera son décès, un triste événement que j’aurai certes envie d’oublier.

Alors, ce n’est pas noir, ce n’est pas blanc, ce n’est même pas gris, ce n’est pas rouge, ce n’est pas vert, ce n’est pas bleu, on ne sait pas si c’est jaune, magenta, cyan, et c’est peut-être beige, pour le moment. Oui, ce sera ça, ma réponse!

La conversion de processus

Voici enfin un résumé de cette théorie sur laquelle je planche depuis 2008. La conversion de processus est une forme structurée d’auto-suggestion qui permet de traiter des pensées obsessives de n’importe quel type, allant de la simple chanson qui ne cesse de trotter dans le cibouleau aux problèmes complexes qui empêchent de dormir, en passant par toute la gamme des pensées affectives. Ça ne fonctionne pas toujours, c’est juste une belle théorie, mais bon, peut-être un jour trouvera-t-on les bons paramètres et pourrons-nous l’adapter à une large gamme de pensées.

Lois fondamentales

La mécanique du cerveau humain semble obéir à quatre lois fondamentales: parallélisme, conservation, localité et énergie minimale. Chacune de ces règles doit être prise en compte lors de l’établissement d’une stratégie pour traiter une pensée ou une image mentale.

Le parallélisme se justifie par l’architecture même du cerveau: un réseau de neurones dont toutes les unités peuvent fonctionner simultanément, à condition bien entendu de disposer de l’énergie nécessaire. Certains groupes de neurones sont plus fortement interconnectés que les autres, formant des sous-systèmes plus ou moins indépendants. Ces systèmes, appelés processus, peuvent traiter de l’information et produire des images mentales alimentant d’autres systèmes. L’information peut également provenir de signaux nerveux externes au cerveau (ce qu’on appelle communément les cinq sens).

Parfois, la sortie d’un processus est réinjectée à l’entrée, produisant une boucle sans fin. Le processus fautif traite alors sans fin la même information, y ajoutant du bruit ou la modifiant légèrement. Il est peut-être possible de modéliser ce phénomène mathématiquement, mais probablement que ce serait trop complexe pour servir à quoi que ce soit, alors je ne tenterai même pas de le faire! Le processus en boucle mobilise de plus en plus d’énergie à s’exécuter. Le phénomène est indétectable par la conscience à moins de le rechercher activement. C’est ce qu’on appelle communément une obsession.

La conservation découle du fait que rien ne peut être effacé de la mémoire simplement par un geste de la conscience. Sans intervention extérieure (dommage cérébral, drogue, etc.), le conscient ne dispose d’aucun moyen d’effacer des souvenirs. Les pensées, les souvenirs et les processus mentaux ne peuvent être supprimés, seulement enfouis ou transformés.  C’est une bonne chose, car parfois, dans un moment de désespoir ou de détresse, nous voudrions oublier une personne ou une chose, et puis plus tard nous sommes contents de nous en rappeler. Quelque chose d’enfoui peut être retrouvé plus tard. Un souvenir effacé le serait de façon irréversible.

La localité et l’énergie minimale sont intimement reliés. Chaque transformation dans les processus mentaux exige une certaine quantité d’énergie: il faut nécessairement, par des processus chimiques, établir de nouvelles connexions entre les neurones. Chaque nouvelle connexion demande une certaine quantité d’énergie. Les systèmes qui régissent ces changements sont intelligents: ils recherchent toujours la façon d’accomplir la tâche avec un minimum d’énergie. En raison du principe de conservation, il est beaucoup plus facile de créer un nouveau processus qu’en transformer un existant.

Alors, toute auto-suggestion destinée à transformer un processus vers quelque chose de complètement différent risque de créer un tout nouveau processus. Par le parallélisme, les deux processus subsisteront et même interagiront. Chacun nécessitera de l’énergie et épuisera la personne sans même qu’elle ne s’en rende compte.

En processus cognitifs, il existe une théorie des ressources. Elle pourrait permettre d’appuyer la loi de localité de la façon suivante. On pourrait supposer que toute tentative de transformation crée en fait de nouveaux processus. Si les deux processus (l’ancien et le nouveau) se ressemblent suffisamment, ils partageront les mêmes ressources et seront en compétition. L’esprit va finir par accorder la priorité au nouveau processus s’il nécessite moins d’énergie que l’ancien ou s’il apporte des bienfaits quelconques (plaisir, informations favorisant le déblocage d’autres processus, etc.).

L’obsession, un mal sans fin

Toute idée se transformant en obsession devient une grande nuisance pour la personne. Le processus qui est l’hôte de l’idée ou la pensée reste en effet actif en mémoire, même quand on pense à autre chose. Si le processus mobilise trop d’énergie mentale, il peut en plus nuire aux autres activités et même au sommeil.

Alors que faut-il faire pour traiter une obsession? Eh bien, il y a deux stratégies prometteuses: fragmenter l’idée et transformer chaque fragment séparément, ou encore transformer l’idée obsessionnelle plusieurs fois, pour créer tout plein de processus similaires dans lesquels l’énergie mentale va se répartir et se dissiper. Il peut être nécessairement de combiner ces deux stratégies, à savoir fragmenter puis transformer de multiples fois. Bien entendu, l’application de cette technique peut demander du temps et de la pratique. Voici des exemples de ces deux stratégies.

La fragmentation

Prenons comme exemple le cas de James qui a décidé un bon jour de remplacer son ordinateur PC vieillissant par un Mac de Apple flambant neuf. Il a entendu dire par de nombreuses personnes que les machines de type Mac sont simples d’utilisation et souffrent de beaucoup moins de problèmes que les PC. James se voit par contre confronté à une toute autre réalité: des difficultés en nombre incalculable, des réponses inutiles aussi bien d’Apple que des gens sur les forums, des recherches sur Internet qui ne mènent nulle part et en bout de ligne, une machine décevante à la limite inutilisable. James est aux prises avec un désespoir risquant de se muer en détresse émotionnelle!

Plusieurs diraient qu’il vaudrait mieux pour lui de simplement éteindre cette machine de malheur et faire autre chose, mais encore une fois, James ne peut pas appliquer cette solution simpliste, car il est programmeur et a besoin de cette damnée machine pour travailler!

Alors que peut-il faire, autre que se perdre dans un abîme mental ou envisager un changement de carrière? Eh bien, James va devoir fragmenter le processus mental qui traite son cas de Mac et traiter chaque fragment, pour dénouer l’épouvantable entrelacs mental qu’il s’est involontairement bâti!

Voici une fragmentation possible qui pourrait aider James, avant qu’il ne soit trop tard pour lui (ou sa machine…).

  • Il est peu probable que plus rien ne fonctionne comme avant, alors séparer ce qui bogue de ce qui fonctionne encore correctement est la première étape à franchir. Si le problème est spécifique à cette damnation de l’enfer qu’est Mac OS X, transposer vers les autres systèmes fonctionnels (Windows et Linux) qui s’exécutaient sur sa vieille machine est une bonne idée. Un processus mental évoquant les succès passés sur PC, qui peuvent être reproduits sur un autre PC moderne, permettra à James d’éviter de tomber dans le piège consistant à croire que l’informatique, c’est fini pour lui et que maintenant, tout ce qu’il connaissait est caduc et plus rien ne vaut la peine qu’il continue à apprendre.
  • Il faut traiter différemment les tâches totalement irréalisables sur Mac de celles qui sont réalisables avec contraintes. La non disponibilité de son environnement de développement favori sous Mac est pour lui un problème majeur, car sans cet environnement, il ne peut continuer le projet qu’il a entamé. Passer à un autre environnement demanderait de tout récrire. Par contre, la non disponibilité d’alternatives convenables à iTunes pour gérer ses fichiers musicaux est un irritant plus mineur; James peut malgré tout écouter de la musique en utilisant sa machine.
  • Les images mentales construites à partir des personnes avec lesquelles James est mené à interagir pendant sa découverte de Mac peuvent aussi nécessiter une fragmentation et un traitement. Il est facile d’en venir à croire que tout le monde s’en fout ou veut lui rendre la vie difficile. Les techniciens d’Apple sont devenus des tyrans faisant leur loi.  Les internautes sur les forums semblent tous indifférents ou ont, chacun leur tour, tout essayé et cessé d’utiliser leur machine pour aller vaquer à d’autres occupations que James trouve, de plus en plus, aussi insignifiantes que stupides. La réalité est bien plus complexe que cela. Il y a les personnes néophytes qui n’y connaissent rien ou très peu. Celui qui utilise son ordinateur simplement pour naviguer sur le Web n’a que faire de Mac OS X ou de Windows; si le navigateur fonctionne, tout est OK et c’est la meilleure machine du monde! Il y a les indifférents: ça fonctionne pour moi, pas besoin que ça aille bien pour tout le monde, et quand ça ne va plus, on éteint la machine et c’est fini. Alors de la rancune doit naître un processus de classification, mettant de côté les néophytes et les indifférents pour ne laisser que les initiés. Et que font ces personnes? Eh bien souvent ils installent Ubuntu ou Windows sur leurs Mac, ou se restreignent à utiliser le terminal! Après mûres réflexions, James a fini par installer Windows sur son Mac et ça lui a sauvé sa santé mentale, sa carrière et sa machine (parce que, rendu fou furieux, il envisageait la jeter à bout de bras!).
  • Toutes les idées parasites arrachées du problème initial, il faut bien entendu recadrer l’objectif même de la tâche. Au lieu de chercher un moyen que Mac OS X remplace Windows et Linux, il faut plutôt envisager cette activité comme une exploration destinée à examiner ce qu’offre Apple, réfléchir à ce qu’il y a de bon et ce qu’il y a de mauvais. Cette exploration va réussir, même si au final le système ne convient pas à James.

La dissipation

Cette stratégie fonctionne particulièrement bien pour des processus simples: une chanson qui tourne en boucle, une scène à laquelle on ne cesse de penser, etc. Prenons comme exemple une personne à laquelle on n’arrête pas de penser. Il existe mille et une raisons, parfois valables, parfois discutables, de faire cesser ce genre de pensées: la personne concernée est devenue injoignable, semble avoir disparu pour toujours ou décide comme ça pour rien de ne plus répondre à aucun appel (la raison est peut-être évidente pour un large groupe de personnes, mais la victime est incapable de la deviner, ce qui peut contribuer à l’affliger encore davantage), penser à la personne fait mal, rend triste, colérique, etc., le désir d’y voir plus clair avant de s’engager tête la première dans une relation sans lendemain, etc.

Prenons par exemple le cas de Rémi. Un jour, il a reçu un appel téléphonique lui demandant de répondre à des questions pour un sondage. Il n’a pas retenu le nom de la personne, qui s’est nommée, mais se souvient très bien, trop bien, de sa voix. Il ne peut s’empêcher d’évoquer la douceur du son, la beauté du petit accent asiatique, etc. Que va faire Rémi? Quelle chance a-t-il, sans connaître son nom, de retrouver cette personne dans un centre d’appels qui emploie des milliers de téléphonistes? Et que fera-t-il si cette personne habite à l’étranger? Est-ce que le voyage pour la rencontrer en vaut vraiment la peine, étant donné que la seule information que Rémi possède est le son d’une voix? Certains diront que oui, moi je soutiens que non!

Alors que peut faire Rémi? Eh bien, s’il parvient à trouver au moins deux voix semblables à celle de ses rêves, il est sauvé! C’est encore mieux si ce sont des voix de personnes proches qu’il connaît bien. Pourquoi deux? Eh bien s’il n’en a qu’une seule, il ne pourra que changer la cible de son obsession. Bon, si la nouvelle cible est plus accessible, c’est déjà un progrès, mais j’aime autant bien faire que faire à moitié! Bien entendu, Rémi devra répéter la conversion de processus plusieurs fois et tâcher de l’opérer avec un niveau d’énergie suffisant pour qu’elle soit effective. Il devra sans nul doute utiliser des techniques de relaxation et de méditation pour accroître son niveau d’énergie, abaissé par le fait qu’il ne peut rencontrer la propriétaire de la belle voix.

Que pourrait faire Rémi s’il ne connaît aucune voix similaire? Eh bien dans ce cas, il peut tenter des transformations successives pour empoisonner la pensée envoûtante. Que se passerait-il si cette belle voix se mettait à lui crier des bêtises? Rémi doit par contre procéder avec minutie, car un changement brusque va simplement créer un nouveau processus qu’il devra ensuite faire taire pour retourner à l’objet primaire de son obsession. Encore une fois, Rémi doit transformer la voix initiale en plusieurs variantes pour que l’énergie mentale se répartisse entre toutes les variantes et se dissipe.

C’est une technique incroyablement générale, à bien y penser. Quel est le meilleur moyen de cesser de penser à une chanson qui nous trotte dans la tête? La remplacer par une autre, idéalement semblable, puis en évoquer une deuxième, encore semblable! Une personne désireuse de cesser de fumer va souvent utiliser quelque chose pour remplacer la cigarette (un patch, une carotte, etc.), pour que le processus mental impliqué dans l’acte de fumer se transformer progressivement en un autre, inoffensif.

Lentement, à petits pas

Si on peut effectuer des conversions locales de processus mentaux, autant qu’on en a besoin, alors pourquoi ne pourrions pas opérer des changements plus importants? Il suffirait, en théorie, d’y aller par petits pas, avec un grand nombre de transformations locales. Par contre, cette approche incrémentale n’est pas à toute épreuve, et je n’ai jamais réussi moi-même à vraiment la mettre en oeuvre sur un problème qui m’est propre. Il est difficile de valider qu’une transformation locale est bien intégrée et ne sera pas inversée par la renaissance du processus initial, donc ce qu’on espère être une marche lente et constante se transforme en sautillement aléatoire sur place. De plus, l’effet d’une transformation locale est parfois imprévisible. Il faut donc, à chaque pas, réviser sa stratégie, revoir le chemin restant à parcourir pour atteindre l’objectif. C’est donc un long processus qui doit être marqué par la rigueur, la rationalité et la minutie.