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Récit

L’amour relatif

« Que maman soit heureuse » commença Josée. « Qu’elle soit en bonne santé » enchaîna-t-elle, évoquant en elle la COVID-19 que Josée ne voudrait pour rien au monde transmettre à sa mère. « Qu’elle soit en paix. » Josée prit une grande inspiration puis reprit l’exercice. « Que papa soit heureux. Qu’il soit en bonne santé. Qu’il soit en paix. » Chaque personne à qui Josée envoya ainsi de la bienveillance réduisit son désir de se coller à nouveau sur son ami Alain, rencontré voilà à peine quelques mois. La projection d’Alain, « assis » à côté d’elle sur le divan, s’affaiblit, s’éloigna. Josée, soulagée que le traitement prescrit par Dieu fonctionne encore, savait très bien qu’elle aurait à le refaire, encore et encore. Dieu lui avait dit qu’elle ne pourrait jamais cesser complètement d’y penser.

Il aura suffi d’une séance de contacts physiques plutôt rapprochés, non recommandés en ces temps difficiles, pour faire jaillir ce désir de le refaire, encore et encore. La logique criait haut et fort à Josée de ne pas répéter l’expérience, mais au fond de son être, elle voulait le refaire.

Alain était en couple avec Annie depuis deux ans. Leur relation était marquée de hauts et de bas, car tous deux ne s’entendaient pas toujours bien, mais en gros, ils se complétaient bien et s’aimaient à la folie. Mais voilà que Josée vint compliquer cette relation. Célibataire, elle était souvent triste et pessimiste. Alain s’est dit qu’il pourrait l’aider en lui procurant un peu de plaisir. Au début, quand ils se sont rencontrés, ils ont parlé et bu de la bière ensemble. Vers la fin de la soirée, Alain a pris Josée dans ses bras et ils se sont enlacés, puis Josée s’est couchée sur l’épaule d’Alain. Cela dura à peine quinze minutes, mais il fallut une semaine à Josée pour cesser d’y penser et repenser. Alain, lui, oublia rapidement, et Annie ne se formalisa pas de cette possible infidélité. Elle était persuadée que Josée ne ressentait rien de toute façon, sinon elle était trop belle pour rester célibataire.

Josée, pour sa part, avait vécu plusieurs désillusions avec des hommes. Elle a été attirée par un arabe qui l’aurait emmenée en Siri où elle aurait été quasiment une esclave. Elle s’attendait en plus à devoir renoncer à ses croyances catholiques pour devenir musulman, si elle voulait être en couple avec ce bel arabe. Un deuxième homme l’attira, mais c’était un geek fini qui parlait tout le temps d’ordinateurs, c’en était lassant à la longue. Un troisième candidat lui plut beaucoup, mais elle découvrit qu’il manigançait des arnaques; il a fini en prison peu après qu’elle ait renoncé à lui. Avec le temps, Josée découvrit des techniques pour moins penser à ces hommes qui la tentaient. Mais ces techniques étaient imparfaites, et tout ce qu’elle avait apprit précédemment se brisa les dents avec Alain.

Il faut dire que le confinement, en raison de la pandémie, n’aida pas la cause de Josée. En isolement forcé, les désirs sexuels se voient décuplés. Josée parvint quelques fois à soulager ce désir en se frottant sur un coussin, mais ce soulagement était de courte durée, et le coussin finit par n’en plus pouvoir et se déchira.

Durant l’été 2020, il y eut une réduction temporaire du nombre de cas de COVID qui permit d’autoriser des rassemblements de petite taille. Josée et Alain purent ainsi se voir, en compagnie d’Annie. Ils s’offrirent quelques soupers, parfois bien arrosés, et eurent beaucoup de plaisir. Mais lors du dernier souper, un mois avant le reconfinement partiel d’octobre, l’alcool aidant, les barrières tombèrent: Josée et Alain se collèrent comme jamais ils ne l’avaient fait auparavant. Durant presque toute la soirée, Josée flatta les cheveux d’Alain qui l’enlaça et ils se donnèrent même des baisers. Annie, loin de se formaliser, les encouragea et leur suggéra même d’ôter leurs vêtements! Josée ne comprend pas exactement pourquoi Annie était si insouciante et qu’est-ce qu’Alain cherchait à faire exactement, mais le confinement et l’alcool lui ont ôté suffisamment de discernement pour qu’elle se dise tant pis, on y va, on en profite.

Par contre, Josée ressentit les contrecoups de cette soirée pendant plus de deux mois. Pendant les deux semaines qui suivirent le contact à risque, Josée se sentit mal et eut peur d’avoir contracté la COVID ou l’avoir donnée. Toute tentative de se raisonner fut vaine. Elle ne parla ni de son expérience ni de ses appréhensions à quiconque, craignant de se faire juger et réprimander. Son père et son frère lui semblaient les parfaits candidats pour ça. Elle songea raconter son expérience à sa sœur, avec qui elle était proche, mais c’était si dingue, si débile en ces temps, qu’elle craignait une réaction négative de sa part aussi. Elle jugea donc bon de ne pas en parler par email; elle attendrait de pouvoir le faire de vive voix.

Ensuite, Josée ne cessa de penser à Alain. Parfois, si elle fermait les poings, la chaleur de ses propres mains lui faisaient penser à celles d’Alain dans les siennes. Dans ce temps-là, elle devait agripper un objet idéalement froid, comme un barreau de métal. C’était fou, mais c’était comme ça. Souvent, lorsqu’elle prenait place sur son sofa pour écouter la TV, elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer Alain couché à côté ou sous elle. Parfois, cela lui procurait du plaisir momentané tandis que plus souvent qu’autre chose, elle en ressentait de la tristesse, parce qu’elle ne pouvait assouvir le désir.

Lorsque Josée crut enfin avoir maîtrisé l’image mentale d’Alain, elle comprit qu’il lui fallait tester la solidité de ce qu’elle avait fait. « Il faut que je sache, se dit-elle, si la nouvelle barrière va tenir. » Alors elle téléphona à Alain pour l’inviter à venir passer une soirée chez elle. Les personnes seules avaient droit à la visite d’une autre personne, alors pourquoi pas? Alain hésita, aurait voulu venir avec Annie, proposa de le faire prétextant que la police ne se rendrait compte de rien, mais Josée ne put se résoudre à enfreindre la règle. Elle proposa donc qu’on attende le déconfinement, espérant que ce soit pour bientôt.

Mais durant le temps des fêtes, Alain décida de donner suite à l’invitation de Josée et ils se virent chez elle. Ils partagèrent un repas, burent ensemble et puis Alain lui déclara la chose suivante:

  • Josée, j’t’aime, j’aimerais ça être avec toi.
  • Mais qu’est-ce que tu fais d’Annie? répondit Josée, un peu prise de court bien qu’elle avait imaginé ça maintes et maintes fois ces derniers mois.
  • On s’en fout d’Annie, rétorqua Alain. Toi, qu’est-ce que tu veux?
  • Euh… fit Josée, éberluée. Elle avait pourtant imaginé cette scène et se l’était répétée mentalement. Et là, devant Alain, elle perdait ses moyens. Moi aussi j’t’aime bien, j’pense souvent à toi, se lança-t-elle, mais je peux pas me résoudre à faire du mal à Annie. Alors j’ai fait ce qu’il faut pour moins penser à toi.
  • Hein? s’insurgea Alain. Mais pourquoi?
  • Pour notre bien à nous trois, expliqua Josée.
  • Parce que t’as peur de la COVID??? défia Alain. T’es parano à ce point-là?
  • Non, non, c’est pas juste ça, répondit Josée. C’est que dans le passé, j’ai été attirée par plusieurs hommes qui n’étaient pas faits pour moi. Alors j’me suis habituée à analyser mes désirs pour les comprendre et souvent, ça a pour effet de les réduire.
  • Mais voyons, c’est plate ça, protesta Alain.
  • Pas toujours, ça peut être intéressant, argumenta Josée. Je pourrais t’apprendre, si tu veux.
  • Mais après, je penserai plus à toi? demanda Alain. Je veux continuer à penser à toi et à t’aimer, moi.
  • Les techniques que j’ai découvertes, expliqua Josée, ne permettent pas de supprimer quelqu’un de mes pensées, juste comprendre pourquoi je suis attirée par l’autre et puis faire en sorte que les pensées soient agréables et non pas perturbatrices.
  • Ok, j’aimerais ça essayer, approuva Alain, un peu curieux. Qu’est-ce qu’on a besoin pour faire ça?
  • Presque rien, répondit Josée. Le plus important est un point d’ancrage, après ça on peut commencer à observer.

L’ancrage

  • D’abord, commença Josée, il faut observer quelque chose de physique, tangible, quelque chose à quoi tu vas toujours pouvoir revenir pendant l’exercice.
  • Une bougie, proposa Alain, ça peut faire l’affaire?
  • Oui peut-être, approuva Josée, mais moi j’y vais avec la respiration. Observe ton souffle. On va commencer avec juste ça, pendant cinq minutes. Observe l’air qui entre dans ton corps et qui en sort. Concentre ton attention sur la zone où tu sens le plus le souffle, que ce soit l’entrée des narines, la gorge, la bouche, la poitrine ou le ventre. Essaie pas d’influencer la respiration, juste l’observer.
  • Ok, ça me fait penser aux techniques de méditation, comprit Alain.
  • Oui, c’est exactement ça, approuva Josée. On peut utiliser les outils qui existent déjà quand il y en a. Parfois, ton esprit va divaguer, tu vas cesser de penser à la respiration. Reviens simplement au souffle, sans jugement, avec patience et bienveillance. As-tu déjà fait ça auparavant?
  • De temps en temps, répondit Alain.
  • Ok, j’aurais mieux aimé qu’on s’en tienne à juste ça pour une semaine, être certaine que tu maîtrises ça avant le reste, mais la situation actuelle est trop instable. J’ai peur qu’ils reconfinent tout comme en mars et que mêmes les personnes seules puissent plus recevoir de visite.
  • Mais voyons Josée, y feront pas ça, certifia Alain.
  • Alain, argumenta Josée, ils ont dit qu’ils ne rendraient pas le masque obligatoire, qu’ils ne déploieraient pas l’application Alerte COVID, qu’ils allaient éviter de refermer les bars. Voilà que le masque est obligatoire, l’application COVID est déployée et ils ont refermé les bars, restaurants et les gyms. Ils ont parlé de remettre le Québec sur pause. À moins que les cas diminuent, ils vont le faire. Alors j’aimerais te montrer ce que je sais ce soir comme si c’était la dernière fois qu’on pourra se voir avant longtemps.
  • Ok, on y va alors.

Les points d’origine

  • La première technique que j’ai découverte pour moins penser à quelqu’un, commença Josée, c’est d’identifier des points d’origine. Notre esprit se crée des modèles des différentes personnes rencontrées, ce qu’on peut appeler des images mentales. Souvent, ces images sont construites par agrégation de différentes sources.
  • J’suis pas certain de comprendre, avoua Alain. As-tu des exemples de ça?
  • Ça doit sûrement t’être arrivé qu’une personne te fait penser à quelqu’un d’autre que tu as connu.
  • Oui, des fois on dirait que tu m’fais penser à ma sœur, ou à ma mère.
  • C’est déjà un début d’observation, reconnut Josée. Quand tu remarques un greffon de ce genre-là, tu peux décider de le séparer de l’image mentale, pour réduire les projections. Par exemple, quand j’arrêtais jamais de m’imaginer assise sur tes genoux, les images venaient pas seulement d’expériences réelles mais de souvenirs quand j’étais petite et que je m’assoyais sur mon grand frère qui me poussait tout le temps.
  • Oui mais, argumenta Alain, tu me fais certes penser à ma sœur, mais je l’ai jamais enlacée comme j’ai fait avec toi, et ce sont ces pensées qui reviennent le plus souvent.
  • Oui, on y vient, rassura Josée. L’identification des points d’origine a ses limites. Certaines images mentales sont trop précises pour être juste des agrégats. J’ai commencé à les appeler des images de base; elles peuvent aller se projeter ailleurs. Par exemple, ça a fait que quand je voyais mon père l’été dernier, il me faisait penser à toi. Ça vaut la peine de remarquer ça, pour pouvoir contenir ces projections-là aussi. L’idée qui va revenir toujours et toujours pour moins penser à quelqu’un, c’est le déréférencement: réduire les liens de et vers l’image mentale, pour que l’esprit y accède moins.
  • Voyons, s’objecta Alain, on dirait que tu considères ça comme un programme d’ordinateur ou un appareil qu’on peut juste débrancher!
  • Peut-être, admit Josée, ça se peut que je sois virée folle à cause du confinement pis toute, et peut-être aussi mon ex geek m’a influencée un peu. Mais on va aller un peu plus loin qu’identifier des points d’origine.
  • Ok, approuva Alain, qui semblait prêt. Mais là c’est quoi le lien avec l’observation de la respiration que tu voulais me faire faire pendant une semaine avant même de commencer les vrais trucs?
  • La manipulation d’images mentales soulève parfois de la résistance. Ton esprit va chercher à partir ailleurs. La méditation permet d’aiguiser sa conscience, pour observer ces dérapages et ramener doucement son esprit vers le moment présent, puis remettre son attention sur l’exercice d’observation de l’image mentale. Il faut aussi examiner les projections sans jugement, parce que si tu ressens du dégoût, de la colère, de la peur, etc., à observer l’image mentale, ton esprit se fermera, tu perdras l’accès aux couches que tu dois visiter pour compléter les exercices.
  • Wow, c’est ben flyé! s’exclama Alain.
  • Oui, approuva Josée, et c’est que le début!

L’incompatibilité

  • Alain, demanda Josée, est-ce que tu vas encore à la messe?
  • Pas souvent, avoua Alain. J’ai arrêté d’y croire quand j’ai vu ma mère atteinte du cancer voilà deux ans. Elle s’en est remise, mais elle a tant souffert que je ne peux pas croire qu’un dieu existe; il aurait empêché ça. Penses-tu que Dieu peut nous aider à moins penser à quelqu’un?
  • Plus ou moins, admit Josée. Dieu aime pas beaucoup qu’on explore ces techniques-là, mais depuis la pandémie, Il a décidé de m’aider davantage, parce que j’ai voulu le faire non pas pour moi mais pour protéger les autres. Il m’a appris que la technique de méta-méditation aide à réduire les tentations de se coller. L’idée, est que quand tu as trop envie de te coller, pense aux personnes que tu aimes: tes parents, ton frère, ta sœur, etc. Et dis-toi ces mots: « qu’il soit heureux, qu’il soit en bonne santé, qu’il soit en paix. » Résiste à ta tentation pour pas pogner ou transmettre la COVID-19. Ça va fonctionner moyen, pendant la pandémie seulement, et ça s’affaiblit facilement comme défense avec l’aide de l’alcool ou du pote, mais c’est mieux que rien.
  • Ouin, fit Alain, dubitatif, on a plus du « c’est mieux que rien » qu’autre chose jusque-là.
  • Oui je sais, avoua Josée, mais je voulais te monter tous les outils que j’ai ramassés. Le prochain, c’est l’inventaire des incompatibilités. Quand je vais pouvoir, expliqua Josée, je vais retourner à l’église. Je sais que tu n’y seras pas, alors si je pense à toi pendant la messe, je peux facilement balayer ça de mon esprit, parce que tu ne peux pas être à côté de moi à ce moment-là. Être dans une église crée pour moi une incompatibilité qui fait que je pense moins à toi. Toi, pendant que tu travailles, que ce soit de la maison ou pas, tu peux pas vraiment me parler ou te coller sur moi, alors le travail va créer une incompatibilité qui va t’empêcher d’autant penser à moi que quand tu travailles pas.
  • Wow, ben où est-ce que t’es allée chercher ça? s’enquit Alain.
  • J’ai trouvé ça à force de chercher, répondit Josée. Je pense pas que ce soit documenté, peu de gens s’obstinent autant, ou ceux qui le font virent fou.
  • C’est encourageant, fit Alain, sarcastique. As-tu d’autres choses dans ta boîte à outils que ça, au moins?
  • Oui oui, rassura Josée. Le meilleur est à venir!

La non-unicité

  • Alain, demanda Josée, as-tu déjà tenu la main d’une autre personne que moi?
  • Oui, répondit Alain.
  • Pense à ma main dans la tienne, puis à celle d’au moins une de ces autres personnes.
  • Mais voyons, s’objecta Alain, c’est pas pareil.
  • Subjectivement, c’est différent, mais physiologiquement, ça se rassemble. Il va y avoir une barrière qui t’empêche d’observer ça, à cause de toute la programmation erronée de comtes de fées qu’on nous a fait absorber quand on était petits, mais si on laisse ça derrière, on peut répartir l’énergie… disons affective… d’une image mentale devenue trop forte, vers plusieurs réceptacles moins forts. Utilise le souffle pour atténuer les résistances: pense à ma main, concentre-toi sur le souffle, pense à la main de ta mère, concentre-toi sur le souffle, ainsi de suite.
  • Ayouille! s’exclama Alain. C’est vraiment dingue! En gros au lieu de penser juste à toi, faudrait que je pense à plein d’autres personnes?
  • Oui oui, en faisant passer ton esprit d’une image mentale à l’autre, tu réduis l’attention portée à chacune et chaque image s’affaiblit, y compris, et c’est ce qu’on veut, l’image obsessive.

Contrôle d’activation

  • C’est avec ça que tu as pu arrêter de penser à moi autant? demanda Alain, un peu surpris que ce soit aussi simple.
  • Non, répondit Josée. Et n’oublie pas que tout ça ne va pas faire en sorte de nous faire arrêter de penser à l’un comme à l’autre, juste diminuer ces pensées, les rendre moins prenantes et obsessives. On gardera toujours des pensées l’un pour l’autre, et je suis contente que ça reste ainsi.
  • Ok. Tantôt, enchaîna Alain, t’as parlé d’une affaire de déréférencement. Est-ce qu’on pourrait pas faire mieux, plus simple, en travaillant directement avec ça plutôt que par indirection avec des points d’origine, des incompatibilités qui sont pas toujours vraies et de me convaincre que tu n’es pas unique tandis que tu l’es?
  • Oui, parce que les techniques que j’t’ai montrées fonctionnent juste dans des cas simples, par exemple une personne à qui t’as parlé une dizaine de minutes dans le métro, à qui tu penses tout le temps et que tu voudrais revoir mais tu peux pas, n’ayant pas pris la peine de prendre ses coordonnées.
  • Alors j’imagine que t’as un truc plus costaud que tu me gardais pour la fin, s’enquit Alain, curieux.
  • Oui pis non, admit Josée. Le contrôle d’activation est de loin la technique la plus puissante, mais c’est difficile à appliquer.
  • Ok, c’est quoi ça? demanda Alain.
  • En gros, résuma Josée, si tu penses à quelqu’un tout le temps, trouve quelque chose de plus fort relié à cette personne et fais en sorte que penser à la personne t’évoque la chose plus forte. Par exemple, supposons que quand nous nous sommes collés la dernière fois, la police était venue et nous avait arrêtés et menés au poste.
  • Mais voyons, y feront pas ça! s’objecta Alain. Au pire on aura une amende.
  • Mais supposons que non, insista Josée, supposons qu’ils nous balancent en prison!
  • Aye voyons, tu paranoïes un peu, là, argumenta Alain.
  • Oui je sais, répondit Josée, c’est juste pour l’exemple, yest pas bon mon exemple, mais yest simple au moins. Alors là, quand on va ressortir de prison, chaque fois que je penserai à toi, cela me rappellera cette arrestation. Le souvenir de l’arrestation deviendra plus fort que celui de toi et mon esprit évoquera de moins en moins toi, pour ne pas remettre l’arrestation au premier plan.
  • Ah c’est bien triste, ça, contra Alain.
  • Je sais, concéda Josée. Mon exemple est mauvais, parce que non seulement il est irréaliste, mais il est négatif. En associant un truc négatif à ton image mentale, je vais certes peut-être moins y penser, mais ce sera par contrainte et par répulsion. Le mieux est de mener notre esprit à choisir, sans contrainte, de ne plus penser à l’autre, pour consacrer l’énergie récupérée à une tâche plus positive, plus productive.
  • Wow! C’est fou ça! avoua Alain. Et comment on fait pour trouver ça, un contrôle d’activation.
  • On peut pas, avoua Josée, faut tomber dessus par hasard.
  • Alors ça sert pas à grand-chose tout ça, protesta Alain.
  • On peut au moins s’en créer un faux, par renforcement positif.
  • Comment on fait ça? demanda Alain.
  • En répétant une association suffisamment de fois. Par exemple, si tu penses à moi couchée à côté de toi dans ton lit, observe l’image, puis remplace-la par celle de ton frère ou de ta sœur s’ils se couchaient sur toi quand vous étiez petits, puis reviens à l’image originale de moi et répète.
  • Mais voyons, je peux pas remplacer l’image de toi par celle de ma sœur, c’est dégueulasse! Au mieux, ça va fonctionner pendant le confinement, mais quand je vais revoir ma sœur, je pourrais avoir envie de la toucher comme j’ai fait avec toi, et je ne sais pas comment elle réagirait!
  • Répartis ça dans plusieurs réceptacles, alors, suggéra Josée.
  • Mais là, s’objecta Alain, c’est la même chose que la non-unicité alors, ou bien on continue à chercher des points d’origine.
  • Et à rechercher les associations qui se peuvent juste pas, en d’autres mots des incompatibilités. Le contrôle d’activation, Alain, est une généralisation de toutes les autres techniques. J’ai pas encore réussi, mais on peut sûrement trouver d’autres associations de conditionnement par renforcement positif qui correspondront pas aux techniques précédentes mais qui pourraient fonctionner.
  • Ah ouin, c’est intéressant quand même, avoua Alain. Je suis pas convaincu que ça fonctionne vraiment, mais ça vaut la peine d’explorer.
  • Et faut pas oublier l’ancrage, toujours se concentrer sur la respiration, parce que sinon l’esprit dérape facilement et c’est plus difficile de focaliser surtout quand il y a des résistances à contourner.

Un vent de simplicité qui balaie tout

Alain se tut. Josée comprit qu’il souhaitait réfléchir à tout ça et le laissa à ses pensées quelques minutes. Elle en profita pour se prendre un verre d’eau, aller aux toilettes et puis s’ouvrit une autre bière. Puis elle retourna s’asseoir sur le divan et médita un peu, jusqu’à ce qu’Alain reprenne la parole.

  • Mais Josée, à bien y penser, j’ai peut-être une solution plus simple qui va rendre tout ça obsolète.
  • Vas-y, défia Josée, si tu as de quoi de mieux, je suis preneuse.

Sur ces mots, Alain se leva, s’assit à côté de Josée, passa son bras autour de sa taille, et se mit à la couvrir de baisers.

  • Mais là, s’objecta Josée, qu’est-ce que va penser Annie?
  • On s’en fout d’Annie, répondit Alain.

C’est ainsi que tout le beau travail de Josée partit en fumée. Elle et Alain s’enlacèrent, se couvrirent de baisers et firent l’amour comme des bêtes! Ils en oublièrent toute protection, sous quelque forme que ce soit!

Le lendemain, tous deux avaient bien honte de s’être ainsi laissés aller. Josée, anxieuse, décida d’aller passer les tests pour les maladies transmissibles sexuellement. À l’urgence, on l’abreuva de vifs reproches, on lui fit passer un test pour la COVID-19 en plus de prises de sang pour les autres maladies, et on ordonna à Josée de leur donner les coordonnées d’Alain. Ce dernier fut contacté et eut ordre de se rendre à l’urgence pour se faire tester lui aussi. Il fut réticent mais finit par céder.

Eh bien figurez-vous que les deux tourtereaux étaient infectés à la COVID-19. On ne saura jamais qui des deux avait la maladie avant qu’ils fassent l’amour, mais on était quasi certain que les deux l’avaient après! Alain pense que ça viendrait de sa sœur qui travaille dans une usine où il y a eu de nombreuses éclosions malgré toutes les précautions prises, mais Josée aurait pu ramasser ça au salon de coiffure, aussi. Les dégâts furent relativement limités, car les deux amants s’isolèrent pendant 14 jours.

Le diagnostic de COVID-19 agit pour tous deux comme un contrôle d’activation. Chaque fois que Josée pensait à Alain, son esprit bondissait automatiquement vers le souvenir du jugement de l’infirmière qui s’était carrément insurgée quand Josée lui avait raconté ce qu’elle avait fait. Pour Alain, Josée aussi était liée à la COVID-19 et à la colère à peine contenue du préposé qui l’a contacté pour lui ordonner de se rendre aux urgences, pour se faire tester. La connexion qui existait entre Alain et Josée se rompit sous l’effet de cette association. Malheureusement, il ne resta plus rien de cette connexion. Les deux cessèrent de se parler, ils ne demeurèrent même pas amis.

La conversion de processus

Alain se tut. Josée comprit qu’il souhaitait réfléchir à tout ça et le laissa à ses pensées quelques minutes. Elle en profita pour se prendre un verre d’eau, aller aux toilettes et puis s’ouvrit une autre bière.

  • Alain, commença Josée. Je dois t’avouer que j’ai des doutes. Je suis pas certaine que les techniques qu’on a essayées vont suffire.
  • Sais-tu moi non plus? approuva Alain, d’un ton laissant croire qu’il était proche de tout abandonner, laisser libre court à ses pulsions. As-tu de quoi faire mieux?
  • Peut-être, j’ai lu ça quelque part, sur un blog. Ça s’appelle la conversion de processus. Ça peut peut-être nous aider, mais c’est peut-être juste un délire d’informaticien qui a perdu la tête.
  • Ouin, on peut quand même regarder, proposa Alain. As-tu réussi à faire un résumé de la chose ou va falloir qu’on relise l’article de blog chacun de notre côté?
  • Je pense avoir compris en gros ce que c’est, répondit Josée, et de toute façon, je ne trouve plus l’article de blog.
  • Ok.
  • Mais en tout cas, je crois avoir compris l’idée. Le cerveau exécuterait différents processus en parallèle qu’on pourrait influencer à condition d’obéir à trois règles.
  • Ouin, c’est bizarre ça, argumenta Alain, parce que j’ai appris dans un cours de processus cognitifs que j’ai suivi l’année passée que l’esprit ne peut pas accomplir plusieurs tâches simultanément, seulement une à la fois et passer d’une tâche à l’autre.
  • Oui, ça parlait un peu de ça, se rappela Josée, les processus parallèles seraient passifs et un seul serait actif à la fois.
  • C’est une théorie comme une autre, approuva Alain. Et c’est quoi les trois règles qui permettrait de faire des manipulations.
  • Euh, plus sûre, attends, tenta de se rappeler Josée. Il y avait une affaire de conservation, un principe de localité et on garde en tête le parallélisme.
  • Ouin, ça a pas l’air fort, commenta Alain.
  • Y me semblait que ça se tenait plus que ça quand je l’ai lu, se défendit Josée, je l’explique probablement mal.
  • La conservation, réfléchit Alain, comme l’énergie, rien ne se perd rien ne se crée.
  • Oui oui, se rappela Josée. On ne peut pas créer un processus qui va faire ce qu’on veut, ni détruire un processus nuisible, juste transformer un processus vers un autre.
  • Et la transformation doit être simple, compléta Alain, pour que transformer un processus vers un similaire, faisant presque la même chose mais juste un peu différent.
  • Alors si j’ai un processus passif qui pense à toi, tenta de raisonner Josée, je peux pas le faire cesser, à moins de le recycler pour faire autre chose, comme penser à maman, peut-être.
  • Pas certain que ça fonctionne comme ça, argumenta Alain. Penser à quelqu’un peut être la manifestation consciente d’un paquet de phénomènes, donc plusieurs processus différents qui génèrent des idées par rapport à la personne, des souvenirs, des émotions, etc. Il faut que le processus à transformer soit plus spécifique, la cause de la pensée.
  • Alors je dois encore trouver pourquoi je pense à toi, réfléchit Josée. Jésus m’a aussi dit de réfléchir à ça.
  • Oui, approuva Alain, pourquoi tu penses à moi? Ou qu’est-ce que tu veux produire, en toi, en pensant à moi?
  • Du désir, réfléchit Josée, un moyen de fuir ce qui se passe autour de nous. Penser à toi est devenu presque la seule chose qui me fait encore du bien, ces temps-ci. Mais c’est comme si un guide spirituel cherchait à me pousser à penser à toi pour avoir du désir et m’évader du moment présent.
  • C’est ce guide spirituel le processus source, fit remarquer Alain. C’est celui-là qu’il faudrait transformer. Te rappelles-tu si la technique dit comment? Ça me tente de plus en plus d’essayer, là. Ce serait tellement mieux pour Annie si j’arrêtais de penser à toi autant!
  • Oui c’est ça! Faire du bien à Annie, ou lui faire du mal. Je crois qu’une part obscure en moi a voulu, voilà quelques mois, lui faire mal, la blesser. Et t’enlever à elle était un bon moyen. C’est ce processus-là qui a fait que je pense trop à toi.
  • Alors, si tu me dis que tu veux transformer ça en quelque chose qui fait du bien à Annie, coupa Alain, légèrement sur la défensive, mais là vas-y, hésite pas. Parce que si tu lui fais mal, je te casse la gueule!
  • Non non, je veux pas faire ça pour vrai, tenta de rassurer Josée. La prise de conscience de ce processus qui veut faire du mal, ça pourrait suffire à autoriser une transformation vers un processus semblable qui fera du bien.
  • Oui oui, mais ça peut pas être facile comme ça, protesta Alain, sinon on ferait plein de modifications dans tous les sens et le système qu’est notre cerveau se détraquerait complètement.
  • Oui oui, approuva Josée. Ça parlait de ça aussi, une affaire de validation. Le nouveau changement doit apporter quelque chose de positif, sinon il se fait inverser.
  • Je commence à être fatigué, déclara soudain Alain, et dois rentrer bientôt.
  • Tu pourrais rester à coucher ici? suggéra Josée.
  • Pas sûr que c’est une bonne idée, je pourrais être tenté de coucher avec toi, et ce serait pas génial pour notre « thérapie » du moment, et pour Annie.
  • Oui, d’accord. On pourrait finir notre bière, puis tu y vas.

Les deux amis se quittèrent en bon terme et se promirent de se donner des nouvelles à propos du progrès de leur traitement improvisé. Ils ne s’échangèrent aucun progrès, en fin de compte, car pour eux, la conversion de processus ne changea rien. Tous deux plongèrent dans la déprime.

Mais il y eut un effet indubitable. Il s’installa une barrière psychique entre Josée et Alain, similaire à un plexiglas dans un super-marché en temps de pandémie. Les images et pas mal tous les sons peuvent traverser le plexiglas, mais il est impossible de se toucher. Cela suffit pour l’amitié d’Alain et Josée: ils ne se parlèrent plus, se saluant seulement quand Josée venait rendre visite à Annie. Mais au moins, on avait réussi à sauver Annie.

L’élévation

Josée se demanda longtemps pourquoi elle était toujours triste. Elle avait réussi à libérer son esprit d’Alain et avait ainsi amélioré sa relation avec Annie, mais pourtant, elle n’arrivait pas à se sentir bien. Son esprit aurait préféré penser à Alain, pour cesser de traiter les horreurs du monde extérieur.

« Si penser à Alain est la seule chose qui me fait du bien, se dit Josée, mon esprit pourra pas y renoncer. Il me faut trouver de nouvelles sources de plaisir, de quoi augmenter mon énergie. »

La méditation, les chants sacrés, du temps de qualité avec des personnes qu’on aime (quand on peut, pas beaucoup ces temps-ci), la découverte avec le plaisir de l’enfant, la naïve création de l’intuition, tout ça peut procurer de l’énergie et colmater la brèche, le vide laissé par le départ d’Alain de mon esprit.

Alors pour terminer leur traitement, et peut-être même se retrouver, Alain et Josée auront besoin de s’élever. Devenir plus proche de l’être énergétique libre des contraintes matérielles, et de ce nouveau perchoir observer ce qu’il y avait en bas, avant, et le mener à ce qu’il y aura en haut, après.

Les détails restent à peaufiner, mais l’idée de base est là.

La manipulation d’images mentales de base, les contrôles d’activation et la conversion de processus sont des armes à double tranchant. Capables d’éviter des erreurs pouvant infliger beaucoup de peine, elles peuvent aussi priver son utilisateur de grands moments de joie. Dieu a mis des siècles à laisser filtrer le savoir permettant de déboucher à quelque chose dans ce sens. Au début du 21e siècle, Il a décidé de le transmettre graduellement à l’humanité parce que l’augmentation incontrôlée de la population sans système approprié de distribution des ressources va plonger notre espèce dans le malheur et le chaos. Il se pourrait que la pandémie soit un coup de pratique, de la petite bière à côté de ce qui s’en vient!

Une erreur de jugement causant la naissance d’un enfant suivie d’une rupture des deux parents est dommageable non pas seulement pour les parents mais pour l’enfant à venir et les générations qui le suivront. Dans le passé, les mariages arrangés atténuaient ces erreurs de jugement, mais ils sont devenus inacceptables au profit de la liberté. On a tenté de contrôler la population en Chine en limitant le nombre d’enfants par famille, mais cela devient contraignant et cause toutes sortes de problèmes: si un enfant supplémentaire naît par accident, on ne peut pas se résoudre à le tuer, on va donc tenter de le faire adopter en espérant qu’il aura une vie correcte. Mais pourquoi ne remplacerions-nous pas la contrainte, la coercition, par le discernement et la pleine conscience?

Le Seigneur m’a dit que c’était possible. Il parlera sans doute à d’autres et si on combine toutes ces bribes, on arrivera peut-être à une stratégie unifiée, cohérente, qui va mieux fonctionner que du « mieux que rien » comme Josée et Alain se sont échangés. Sans la fondation solide de la pleine conscience, l’amour absolu, indestructible, est voué aux comtes de fée pour rassurer les enfants avant leur sommeil dans un monde cruel. L’amour réel est, plus souvent qu’autre chose, relatif, soumis comme toute autre chose à l’impermanence. Lorsque fondé sur des projections erronées engendrant des attentes non dites, l’amour s’étiole et s’effiloche tel un fil de soie dentaire soumis à des dents trop collées les unes contre les autres. Observer ces projections factices, choisir consciemment de les écarter pour contempler la réalité telle qu’elle est, l’accepter sans essayer de la changer du moins au début, le temps de déterminer sur ce quoi on a vraiment le contrôle, est nécessaire, mais comme le montre ce récit, ce n’est pas suffisant. Ceci est dû à l’impératif biologique de reproduction qui pousse à l’accouplement hâtif sans discernement. Il faut aussi observer cet impératif et choisir de le mettre de côté pour progresser vers l’illumination. Comme on peut le lire, il nous manque beaucoup de pièces encore pour comprendre tout le puzzle.

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Récit

Remords et parjure

Jeanne était troublée. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait laissé quelque chose d’aussi horrible se produire. Même en temps normal, ça n’avait pas de bon sens de faire ça. C’était pire en temps de pandémie, en parfaite violation avec les consignes de distanciation sociale si maintes fois répétées dans les lieux publics et par les médias. Une voix intérieure évoquant son père lui répétait sans cesse qu’elle avait agi de façon irresponsable, que son comportement allait contribuer à obliger le gouvernement à interdire les rassemblements privés jusqu’à ce que cette pandémie finisse complètement. Jeanne en vint même à craindre que son conjoint, qui avait aussi participé à l’activité prohibée, lui en veulent pour avoir laissé pareille chose se faire et décide de la laisser. Il pouvait aussi se lasser qu’elle se plaigne et culpabilise, et la laisser pour ça! Jeanne se sentait seule, coupée de tous. Elle ne pouvait parler de l’expérience à personne, de peur de se faire juger. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’est se répéter à elle-même qu’elle n’avait pas de symptômes et qu’elle n’avait pas été exposée à la COVID-19 les jours précédant l’activité. Il se pouvait donc qu’elle ne l’ait pas transmise aux autres.

Tout avait commencé le lundi, 7 septembre 2020, jour de la fête du travail. Jeanne et son conjoint Robert avaient invité trois amis: Annie, son conjoint Simon et Alain, célibataire endurci, qu’ils appréciaient beaucoup. Tous les cinq travaillaient à domicile depuis le début de la crise et vivaient à Saint-Hyacinthe, relativement loin des grandes villes où la pandémie régnaient en maîtresse. Ils s’amusèrent beaucoup à se moquer des gens de Montréal. Plein de préjugés, ils prétendaient en riant qu’ils allaient tous se contaminer parce qu’ils refusaient de porter le masque. L’avenir, selon eux, appartenait aux gens habitant en région!

Alain, pour sa part, était certain qu’il n’y avait pas de pandémie, ou du moins n’y en avait-il plus, et prêcha maintes et maintes fois cette théorie de la conspiration. Il montra des vidéos qu’il avait rassemblée dans un dossier, compara la COVID-19 à une grippe statistiques à l’appui, compara la propagation de la maladie au Québec avec d’autres pays où les mesures sanitaires étaient moins strictes, mais étrangement, il ne tint pas compte des États-Unis où la maladie est pas mal moins sous contrôle qu’ailleurs. Annie était bien choquée de ça, Robert aussi, Jeanne n’osa pas se prononcer mais trouvait tout cela lassant. Ne pouvait-on pas parler d’autres choses? Non, parce que la pandémie était devenue la vie, la seule chose existant en ce monde en déchéance.

L’alcool coula à flot ce soir-là, il se fuma plusieurs joints et les barrières tombèrent. Jeanne ne sait plus exactement comment c’est arrivé, mais les cinq ont fini couchés dans le salon, ayant envie de dormir. Jeanne avait les yeux fermés quand elle crut sentir la main de Robert lui jouer dans les cheveux, puis ses bras l’enlacer. Une autre main se mit à la flatter dans le cou et Jeanne se fit enlacer par d’autres bras. Lorsqu’elle se rendit compte que deux hommes la touchaient en même temps, Jeanne était trop fatiguée et trop ivre pour se défendre et elle se laissa aller. Elle se mit à les embrasser et ressentit du plaisir. Cela finit qu’Alain aussi se jeta dans la mêlée. Les trois hommes couvrirent les deux femmes de baisers, les enlacèrent et les femmes firent de même. Cela se termina dans le lit. Oui oui, les trois hommes passèrent sur les deux femmes. Cela se fit au moins avec protection, mais le condom ne bloque pas la propagation de la COVID-19.

Le lendemain, Jeanne avait honte d’elle-même. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu laisser tomber toutes ses barrières à ce point-là. Robert, lui, ne semblait pas s’en faire plus qu’autre chose, considérant que c’étaient des choses normales de la vie, à s’y attendre après un confinement si long. Cela titilla Jeanne de demander l’avis de son amie Annie, mais elle n’osa pas. Elle en parla à Robert qui s’objecta, lui suggérant de se reposer au lieu de déranger Annie. Peut-être son amie n’avait pas encore pensé aux répercussions de tout ça. « Cesse donc de trop penser, ma belle », lui suggéra Robert. « C’est fait, on ne peut pas revenir en arrière. Te sens-tu mal? Moi je sens pas de symptômes. C’est le plus beau pied de nez qu’on a fait à la COVID-19 qui soit, moi, à mon avis. » Et Robert éclata de rire. Jeanne trouvait ça épouvantable. Elle ne pouvait à peine imaginer la réaction d’Alain, qui serait encore plus irresponsable!

Pendant les jours qui suivirent, Jeanne fut confrontée à d’indescriptibles crises d’anxiété. Craignant pour sa santé et celle des autres, elle ressentit des palpitations puis sa gorge se mit à lui picoter. Pire encore, elle se remémorait la partie de jambes en l’air et en ressentait du plaisir. Elle se rendait compte qu’une partie d’elle-même voulait le refaire!!! Pourtant son conjoint ne pouvait-il pas soulager cette pulsion-là? Pourquoi ressentait-elle ce besoin débile que d’autres hommes qu’elle ne connaissait même pas tant que ça la touchent? Perplexe, Jeanne ne put soutenir un pareil flot de pensées et d’émotions. Avoir suivi les conseils d’Annie qui avait tenté à quelques reprises de l’initier à la méditation, peut-être Jeanne aurait-elle pu observer ses pensées, les laisser passer, et son anxiété diminuant, observer la corrélation avec les symptômes. Cela lui aurait permis de savoir si son petit mal de gorge était psychosomatique ou pas.

Ne disposant pas des outils nécessaires, Jeanne fut à la torture. Elle se mit à avoir des chaleurs, de plus en plus souvent. Se pouvait-il que ce soit de la fièvre, se demanda-t-elle? Non, c’est sporadique, ça ne persiste pas. Oui, ça revient tout le temps. Le troisième jour, elle commença à tousser un peu. Robert lui dit de se calmer, que ce n’était qu’une toux, mais Jeanne insistait qu’elle avait super chaud, qu’elle faisait peut-être de la fièvre. « Je me sens super mal! » se plaignit Jeanne, aux bord des larmes. Robert tenta de la raisonner: « Jeanne, logiquement, où penses-tu avoir été exposé à la COVID avant lundi dernier? Il y a plus de chances que ça vienne d’Alain qui s’en fout et se protège pas ou mal. Logiquement, c’est Alain qui va développer les symptômes en premier, pas nous. Là parce qu’on a fait ce qu’on a fait, on est synchronisés, si un tombe malade, on a tous des chances de l’avoir. C’est tout, ça va pas plus loin que ça. On ira se faire tester si un est malade. » Mais Jeanne se sentait mal, elle insista. Robert, certain que sa conjointe était en proie à des symptômes psychosomatiques, finit par perdre patience. « On dirait vraiment que t’essaies de te convaincre que t’es malade. Ça va pas t’acheter une conscience d’aller te faire tester pis bavasser tout ce qu’on a fait, là. On va juste avoir du trouble puis ce sera tout. On va le faire si la toux empire ou si les chaleurs lâchent plus, mais ça va pas être cool du tout, et les autres qui sont probablement corrects vont nous en vouloir à vie, après. Tu le sais bien, la fièvre pour la peine, ça va te donner de la misère à dormir. T’as passé une bonne nuit, pourtant. » Plus ou moins, Jeanne avait du mal à dormir, rongée par la culpabilité.

Jeanne fut quelque peu rassurée, jusqu’au bulletin de nouvelles du soir, où on annonçait que les récalcitrants refusant de porter le masque se verraient exposés à des amendes pouvant aller jusqu’à 6000$. « Robert, commença Jeanne, après avoir entendu cela, si on peut avoir une contravention de 6000$ juste pour pas avoir porté le masque, il me semble que ce qu’on a fait c’est genre mille fois pire. Penses-tu qu’on pourrait aller en prison pour ça? J’VEUX PAS ALLER EN PRISON!!! » Et puis Jeanne fondit en larmes, désemparée, à bout de moyens. Robert tenta de la raisonner encore: « Tant qu’on n’est pas testé positif, c’est sûr qu’on n’ira pas en prison. Dans une semaine et demi, on sera fixé. J’suis presque sûr qu’on n’a rien. Là on a deux choix, ma belle: on va se faire tester puis on prend le risque d’être obligé de raconter notre salade, puis répondre devant les autorités de ce qu’on a fait, ou bien on garde notre énergie pour contrôler les symptômes qu’on observe, on reste le plus isolé possible des autres, et on attend que ça passe. Tant qu’on n’a pas de misère à respirer, ça peut passer, qu’y disent. C’est pas juste pour nous qu’on fait ça, là. Si on nous oblige à tout raconter, faudra qu’on dénonce Annie, Simon pis Alain. Y vont avoir du trouble eux aussi tandis qu’y sont peut-être bien corrects. » Sur le coup, Jeanne approuva.

Après le souper, elle contacta son amie et lui raconta son dilemme. Annie lui répondit qu’elle et Simon allaient très bien, qu’il n’y avait pas à s’en faire. Annie regrettait certes d’être allée aussi loin ce soir-là et se jura de ne jamais le refaire, mais il n’y avait pas à craindre d’avoir contracté le virus. Annie aussi suggéra à Jeanne de se reposer et prendre de grandes respirations. Jeanne se félicita intérieurement de ne pas avoir partagé avec Annie son désir secret de réitérer l’expérience, un désir qui revenait parfois, même après plusieurs jours, craignant encore de se faire juger.

Il y eut ensuite encore une crise pendant laquelle chaque fois que Jeanne joignait les mains, elle ne pouvait cesser de penser à celles de Simon ou Alain dans les siennes. Cela devint si intense qu’elle en pleura. Robert tenta de la rassurer en vain, il essaya de lui prendre les mains, ce qui lui fit pousser un cri, car elle crut sentir le contact des autres hommes! Heureusement, cela passa, et elle et Robert purent s’enlacer et se caresser sans que ça ne la rende folle.

Mais le lendemain matin, à l’idée que les rassemblements privés soient interdits à cause de sa connerie et qu’elle ne puisse plus jamais revoir sa mère, ce fut trop et elle fit une crise de panique. Elle avait de la misère à respirer. Rendu là, il n’y avait plus rien d’autre à faire qu’appeler le 911, ce que Robert fit à contrecœur. Lui aussi craignait pour d’affreuses conséquences s’ils devaient raconter tout.

On refusa que Robert monte dans l’ambulance avec Jeanne, malgré l’insistance de la femme en panique. Il a fallut lui administrer un calmant pour la stabiliser. Robert, ne pouvant rester seul chez lui, suivit l’ambulance en voiture. On refusa d’abord de le laisser entrer à l’hôpital, jusqu’à ce qu’il demande à se faire tester pour la COVID-19.

Rendue à l’hôpital, Jeanne se fit elle aussi tester pour la COVID-19, on lui administra un autre calmant parce qu’elle ne cessait de crier et on la plaça dans une salle à pression négative au cas où elle soit infectée. Robert, pour sa part, se retrouva dans un bureau qui se transforma vite en salle d’interrogatoire! On le pressa comme un citron, jusqu’à ce qu’il fonde en larmes et raconte tout. « Est-ce que vous vous êtes embrassés? » a demandé l’infirmière après avoir obtenu les aveux complets. Quand Robert a déclaré que oui, l’infirmière a perdu contenance et a lancé « FUCK! Ben voyons, c’est quoi vous avez pensé là? » Robert, perplexe, ne sut que répondre.

L’infirmière décontenancée rapporta l’épouvantable histoire à sa supérieure qui poussa des jurons, éberluée par l’insouciance de ces gens. Ne connaissant aucun protocole pour gérer une situation aussi grave, elle contacta la santé publique. On recommanda que les cinq participants soient tous testés et placés en isolement préventif en attente du résultat. L’infirmière qui avait parlé à Robert revint dans la salle pour lui annoncer ça. Sa conjointe, quelque peu remise sur pied, fut admise dans la salle.

On leur expliqua la suite des choses. Avec un léger pincement au cœur mais résolu à assumer les conséquences de son erreur, Robert contacta Annie, Simon et Alain pour qu’ils se présentent à l’hôpital. Le couple coopéra et se présenta le jour même. Alain, persuadé de ne pas être atteint, refusa de se faire tester. Cela finit qu’il fallut que la police aille le chercher de force chez lui! Alain était choqué, cria et cracha, à tel point qu’il fallut lui mettre une cagoule sur la tête et c’est menotté qu’il aboutit à l’hôpital où il fut enfin testé! On cherchera longtemps pourquoi il n’aurait pas été plus simple qu’une infirmière passe chez lui et lui fasse le prélèvement, avec le soutien d’un policier, plutôt que transporter le gars à l’hôpital. La solution à ce mystère me semble décidément le prélude à de grands changements qui amélioreraient beaucoup la logistique dans le système de santé et les commissions scolaires, mais ce sont d’aussi inutiles qu’inefficaces conjectures.

Robert et Jeanne durent attendre cinq jours pour enfin obtenir les résultats du test. Ils étaient négatifs… tous les cinq! Les deux couples étaient soulagés mais conscient d’avoir reçu une douloureuse leçon de vie. Il ne faut plus jamais, au grand jamais, refaire ça! Ils se jurèrent de redoubler de prudence. Ils comprenaient à quel point ce n’était vraiment pas le temps de relâcher leur vigilance, le virus étant toujours présent.

Alain, pour sa part, était aux anges. Il le savait, depuis le début, que tout ça n’était qu’une supercherie, et il était certain d’en détenir la preuve, à présent. Certain qu’il avait déjà contracté la maladie, avant même le début de la pandémie, il était encore plus sûr de son coup, et se pavana en ville pas de masque, prêcha la bonne nouvelle comme un évangéliste fou! Il finit par avoir une contravention de plusieurs milliers de dollars pour ça.

Mais ce soulagement fut de courte durée, car il fut suivi d’une épouvantable mise en garde. En effet, quelques jours plus tard, la supérieure de l’infirmière qui a traité le cas de Jeanne la recontacta pour lui poser quelques questions au sujet de l’incident et lui a dit ceci: « Votre incident va être rapporté à la santé publique et ils vont ouvrir une enquête, pour essayer de savoir ce qui s’est passé exactement et mettre en place des mesures pour éviter que ça se reproduise ailleurs. » Jeanne demanda, inquiète, s’il se pouvait qu’elle se retrouve en prison à cause de tout ça. On lui a répondu qu’il fallait y penser avant, que là il allait falloir réparer cette connerie. « Mais on sait pas encore si des charges seront retenues ou pas. Ça va être décidé après la pandémie. » L’idée d’attendre des mois, voire des années, avant de savoir si un procès aurait lieu ou pas, était horrible pour Jeanne. « Mais ce qui pourrait vous aider, en cas de poursuite judiciaire, pour obtenir une réduction de peine, voire une absolution, c’est de présenter des excuses officielles, raconter de façon anonyme votre histoire et les conséquences que ça a eu. » Jeanne accepta, et Robert aussi. Annie et Simon aussi acceptèrent. Alain, lui, refusa catégoriquement, préférant même la prison plutôt que faire cela!

La supérieure mit Jeanne en contact avec un journaliste qui interrogea les quatre volontaires. Le journaliste écouta cette histoire, avoua trouver cela choquant, mais il ajouta ceci: « Je crois que ça n’aura pas assez de poids. Si on publie ça tel quel, les gens vont croire que la COVID-19 n’est pas un si gros problème que ça. D’autres vont tenter l’expérience que vous avez tentée, et n’auront pas la chance que vous avez eue. » Pour que ça dissuade les autres de répéter l’expérience, il fallait qu’il y ait des gens qui tombent malades, qui souffrent, selon le journaliste. Eh bien, on allait forcer les deux couples à raconter qu’ils avaient été infectés et malades pendant plusieurs jours! « Faudrait que vous disiez que vous avez jamais été aussi malades de votre vie. Ça va aider à sensibiliser la population à l’ampleur, à la gravité de la situation. » Jeanne, effrayée par la perspective d’aller en prison, décida de le faire. Robert, résigné, l’appuya. Annie et Simon refusèrent de se parjurer et n’eurent même pas le droit de présenter un témoignage! Le journaliste enregistra le discours de Jeanne et Robert, leur fit répéter plusieurs fois, ajouta des commentaires et cela fut publié dans les médias.

Gardons à l’esprit qu’aucune menace explicite de sanction pénale ne fut jamais proférée, seulement une possibilité de poursuites judiciaires après la pandémie. N’oublions pas non plus que le journaliste n’avait aucun droit de forcer Jeanne et Robert à mentir et que ce comportement non éthique aurait pu être rapporté à son employeur, faire l’objet de sanctions disciplinaires et salir sa réputation. Jeanne et Robert, dominés par la peur, ne purent que se conformer. Cela montre à quel point la peur est un moteur puissant pour soumettre les gens.

Alain, pour sa part, raconta toute la vérité et rien que la vérité, dans une vidéo qu’il diffusa sur les réseaux sociaux. Cette vidéo passa inaperçue, inondée dans la masse, et la vérité se perdit. Certains virent cette version et se dirent que ça n’avait pas d’allure, celle des médias était plus crédible. Ça ne se pouvait juste pas que ces cinq niaiseux puissent avoir fait une chose pareille et ne pas tomber malades.

Eh bien plusieurs mois plus tard, la pandémie prit enfin fin et il n’y eut aucune charge retenue contre les cinq participants de cette partie de jambe en l’air. Jeanne et Robert avaient donc sali leur âme pour rien en mentant, faisant croire à tous qu’ils avaient été malades tandis qu’il s’en étaient sauvés. Ce fut malgré tout pour eux une grosse leçon de vie, car ils savaient qu’ils avaient eu de la chance, ça aurait pu bien mal finir tout ça.

Mais Alain, lui, finit en prison et en psychothérapie. Il avait beaucoup aimé cette soirée de sexe et cela lui titillait de le refaire. Bien entendu, ses amis ne voulurent plus se réunir, trop effrayés de voir se reproduire un affreux dérapage. Alain insista trop et se les mit à dos. Il continua à prêcher la conspiration et reçut plusieurs amendes pour refus de porter le masque, jusqu’à même passer des nuits en prison à cause de ça. Pendant des mois, il avait joué et rejoué dans sa tête les scènes érotiques du grand trip à cinq. Il ne put jamais cesser d’y penser et repenser, après. Cela s’était incrusté en lui comme une grosse toile d’araignée. Tout lui faisait penser à Annie et à Jeanne. Il a fini par projeter ces femmes sur d’autres personnes et n’ayant aucun outil de pleine conscience pour voir ça venir, il se fit avoir et harcela des femmes, croyant inconsciemment revoir ses amies en elles. L’une d’elle finit par porter plainte et c’en fut fini pour lui. Alain ne s’en remettrait jamais complètement.

En plus, sa chance tourna peu avant la fin de la pandémie. Il contracta la COVID-19 parce que son compagnon de cellule l’avait et a tenté de lui faire des attouchements sexuels, et se retrouva aux soins intensifs, avec le respirateur artificiel. Oui oui, cela alla jusque-là! Quand il sortit de là, il était apeuré. Cela eut pour mérite de le calmer un peu et il parvint à obtenir une libération en attente de son procès, sous conditions bien évidemment. Sorti de là, il se conforma à toutes les mesures sanitaires en vigueur. Même après la fin de la pandémie, il continua à porter le masque et à adopter la distanciation sociale; il ne serait plus un danger pour quelque femme que ce soit de sitôt, celui-là. Il alla même jusqu’à se promener en ville et dans les commerces, prêchant haut et fort le port du masque en tout temps, pandémie ou pas! Malheureusement, aucun juge ne pourra convenir qu’il était hors de danger; Alain se retrouva en prison et en psychothérapie malgré sa « conversion ».

Cette affreuse histoire montre l’importance de l’observation, de la conscience de soi. Si une seule des cinq personnes durant cette soirée qui a mal tourné avait repris ses moyens, elle aurait pu ramener les quatre autres à l’ordre et faire cesser tout ça. Si Jeanne avait su se maîtriser, elle aurait évité la crise de panique et ne se serait pas retrouvée à l’hôpital. Si l’infirmière, après avoir écouté l’histoire de Robert, avait gardé un ton neutre et fait preuve de compassion plutôt qu’immédiatement juger, peut-être Jeanne et lui n’en seraient pas venus à mentir à tous pour tenter de se protéger d’une menace qui n’existait même pas. Peut-être, au pire, si les cinq étaient allés se faire tester le lendemain de l’incident, même s’ils avaient eu à raconter toute l’histoire, ça aurait mieux passé qu’après plusieurs jours et ils ne seraient pas senti forcés de raconter une fausse histoire à la population. Mais peut-être aussi, après tout, ceci était inévitable.

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Récit

La peur de Ron

Soulagé, Ron entra dans son appartement et retira son masque. Il venait de faire son épicerie pour la première fois depuis le confinement en raison de la pandémie. Ça n’avait pas super bien été, car certains articles avaient changé de place et les gens à qui il a demandé de l’aide ne lui répondaient pas, probablement effrayés par la transmission de la COVID-19. Lui aussi avait bien peur de contracter le virus. Dès qu’ils avaient commencé à parler du confinement, Ron s’était procuré un masque et s’était juré de le mettre chaque fois qu’il sortait de chez lui.

Ron était aveugle de naissance. La distanciation sociale et les flèches sur les planchers d’épicerie, cela lui posait des maux de tête abominables. Avant le confinement, il allait souvent à l’épicerie avec son frère qui vivait non loin de chez lui. Cela ne fonctionnait plus en raison du confinement. Il s’était certes pratiqué quelques fois à faire ses commissions seul, mais ça ne fonctionnait pas toujours bien et il devait souvent demander de l’aide à des gens.

Le paiement aussi posait des problèmes. Habituellement, il tendait sa carte de débit et la caissière l’insérait dans la machine ou la passait devant, mais là, on lui demandait d’approcher lui-même la carte de la machine. Il a fallu beaucoup de moyens pour réussir: un peu à droite, non plus à gauche, non plus vers le haut, jusqu’à ce qu’un autre client agrippe sans avertissement le poignet de Ron, qui en fut déconcerté et apeuré, pour le guider vers le terminal qui se contenta de faire bip sans accepter la carte! Ron et son sauveur improvisé essayèrent trois fois, en vain. Il allait falloir entrer le code, mais Ron pour une raison inconnue était habitué de se coller sur le terminal pour entrer le code, même s’il ne voyait rien! Il le fit, se cogna durement la tête contre le plexiglas séparant le terminal de lui. Il se doutait qu’il y en avait un, en avait entendu parler, mais ne l’ayant pas vu, le plexiglas n’était pas intégré dans son modèle mental. Il le fut, à la dure! Choqué par ce coup, eh bien notre pauvre Ron n’arriva jamais à entrer son code! Cela finit qu’il dut DIRE son code NIP au client qui a voulu l’aider! Pire encore, après ça, cette âme charitable se fit un devoir de le tenir par le bras jusqu’à la sortie de l’épicerie. Le gars fit ça sans prévenir, comme si ça allait de soit, mais Ron n’avait pas besoin de se faire tenir le bras comme ça, surtout pas en temps de pandémie.

Ainsi, c’est stressé à mort que Ron arriva chez lui, et ce fut pour constater qu’il lui manquait des oeufs et du fromage. Il était persuadé de les avoir achetés et laissés sur le comptoir! Il ne pouvait pas vérifier sur sa facture, car elle était imprimée et non disponible en version électronique. Une application pour téléphone intelligent aurait peut-être pu aider pour ça, mais comment veux-tu que Ron trouve ça dans l’état où il était là? Dans tous les cas, il allait devoir se retaper tout ça dans quelques jours!

Découragé, il explora la possibilité de commander son épicerie en ligne. Ce fut si difficile qu’il en poussa des CRIS de rage!!! Le site web était super mal fait, presque incompatible avec son logiciel de synthèse vocale. Ron eut un peu plus de chance avec sa plage tactile, mais ce fut de haute lutte. La synthèse vocale fait en sorte que l’ordinateur lit à haute voix ce qui est affiché à l’écran, mais il y a beaucoup de sites web mal conçus sur lesquels les logiciels de revue d’écran se cassent les dents. Il faut que l’accessibilité soit prise en compte à la conception d’un site web, pas par après, sinon on se retrouve avec ces problèmes-là. La plage tactile, pour sa part, affiche une partie, très infime mais au moins une partie, de l’écran, sur un lecteur braille. Aucune des deux technologies n’est parfaite, mais l’utilisation combinée des deux et beaucoup beaucoup de patience permettent parfois de venir à bout de certains sites récalcitrants. Mais tout ça fut vain, car peu importe le nombre d’essais que Ron effectuait, le site web indiquait toujours et toujours qu’aucune plage de livraison n’était disponible.

Il a tenté de contacter la personne-ressource habituelle pour obtenir des services de réadaptation, mais il se heurta à une boîte vocale. Ils étaient en service réduit à cause du confinement et ne pouvaient effectuer que des interventions téléphoniques. C’est là que Ron a perdu espoir et a appelé son frère Rémi à l’aide. Ils ont discuté un peu puis ont décidé d’un commun accord que ce serait mieux que Ron emménage chez son frère le temps du confinement. Cela sembla une bonne idée à tous deux à ce moment-là. C’est seulement après le déménagement que la personne-ressources rappela. Ron aurait pu obtenir les services d’un bénévole qui serait allé faire son épicerie pour lui, mais maintenant, le problème était réglé.

Quand ils ont déclaré le confinement à la mi-mars 2020, c’était initialement pour une durée de deux semaines. Personne ne se serait attendu, à ce moment-là, à ce que ça dure trois mois! Et c’est pourtant cela qui est arrivé! Le plan initial était que Ron passe ces deux semaines chez Rémi, sortant à peu près pas, mais le confinement se prolongea de sorte que Ron dut choisir entre retourner seul chez lui ou rester chez son frère. Non désireux de revivre le cauchemar de l’épicerie, il demeura chez Rémi. Il faut dire que Rémi mit Ron en garde: si tu restes seul, tu as plus de chance de finir en dépression.

Les premiers temps, il travaillait à domicile. Il avait un emploi dans un centre d’appel téléphonique vendant des systèmes d’alarme. Malheureusement, les ventes diminuèrent en raison de la COVID-19 de sorte que Ron fut mis à pied en avril 2020. Rendu là, le pauvre homme découragé passait ses journées à écouter de la musique et à lire des livres en braille. Il était bien frustré d’avoir perdu son emploi, car on prétendait que l’importance des centres d’appel s’était accrue avec la COVID-19. Peu avant sa mise à pied, Ron avait assisté (par téléphone) à une réunion de tous les employés pendant laquelle les dirigeants avaient tenté de se faire rassurants, expliquant qu’ils allaient favoriser les réaffectations plutôt qu’effectuer des mises à pied. Pourtant, le lendemain, bang! Ron passa des jours, et malheureusement des nuits, à effectuer d’aussi inutiles que superficiels examens de conscience, jugeant chaque petit écart potentiel de comportement qui aurait pu avoir fait pencher la balance contre lui. A-t-il été trop impatient avec ce client avec un accent difficile à comprendre? Qu’en est-il de la vieille dame qui ne se décidait pas et ne cessait de poser des questions? Peut-être n’était-il pas assez persuasif et son rendement insuffisant lui a valu la pire des démotions? Il y aurait eu moyen de dénouer tout ça, en se rappelant qu’en cas de performance insuffisante, il aurait eu droit à une rencontre avec son gestionnaire qui lui aurait expliqué la chose et donné la chance de s’améliorer. Ron n’avait pas eu ce genre de rencontre, aucun avertissement. Ron ne savait pas, ne savait plus. Tout s’emmêla en lui, laissant place à une peur viscérale: se pouvait-il qu’il ne trouve plus jamais d’emploi même après la pandémie?

Ron allait de temps en temps prendre des marches avec son frère Rémi, mais plus souvent qu’autre chose, il laissait sa canne à la maison et lui tenait le bras. Le duo se faisait souvent interpeller pour non-respect du deux mètres, ce qui mit Ron mal à l’aise. Il en vint à ne plus vouloir prendre de marches. Même s’ils y allaient tôt le matin, la menace d’une interpellation était là, toujours présente. Souvent même, Ron faisait le saut, pensant que quelqu’un les avaient surpris. Il avait l’impression de commettre un crime parce qu’il marchait avec son frère, mais il ne pouvait pas marcher seul non plus, de peur de percuter quelqu’un circulant à sens inverse! L’utilisation de l’ouïe combinée à des balayages réguliers avec la canne blanche, ajoutée au fait que la personne circulant à sens inverse désire respecter la distanciation sociale, auraient pu venir à bout de ce problème, mais pris par la peur, Ron ne parvint jamais à effectuer les raisonnements logiques nécessaires pour aboutir à cela. Ron aurait pu passer devant, laissant son frère marcher derrière et lui dire de tourner à gauche ou à droite, mais encore une fois, la peur l’empêchant de déployer les efforts pour adopter pareille technique, plutôt difficile à faire quand on ne l’a jamais pratiquée auparavant. Rémi, bien que connaissant Ron, n’avait que peu de chance d’aboutir à la solution. Un spécialiste en orientation et mobilité aurait pu, mais il était non disponible en raison du damné confinement. Ron était seul, prisonnier de ses difficultés. Paralysé, Ron ne put que demeurer chez son frère, à tourner en rond et à lire jusqu’à ce que la fatigue l’en empêche. Et la fatigue venait de plus en plus vite, le moral diminuant jour après jour.

Malgré tout, Ron vécut chez Rémi de bons moments quand Rémi en avait fini avec sa journée de travail et n’était pas trop fatigué par cette dernière. Ils écoutèrent plusieurs films ensemble et Ron aimait bien se faire décrire les scènes qu’il ne voyait pas. Ils jouèrent aux cartes grâce à un jeu en braille que Ron avait trouvé voilà un certain temps, burent de la bière et rirent beaucoup. Mais le lendemain, tandis que Rémi retournait au travail (à domicile), Ron retournait à sa lecture et son ennui.

Même en juin, aller faire des commissions n’était plus pareil qu’avant la pandémie. Il y avait toujours la distanciation sociale et, surtout, ces horribles pastilles et flèches que Ron ne voyaient même pas! Les plexiglas étaient toujours là, prêts à lui percuter la tête bien solide s’il ne faisait pas attention, et toute personne pouvait à tout moment lui saisir le poignet ou le bras, le mettant à risque de contaminer ou se faire contaminer par son guide. S’ajouta à cela le port du masque obligatoire qui n’était pas une grosse contrainte pour Ron, qui avait déjà décidé de porter le masque par précaution, depuis le début. Il le mettait même quand il marchait avec son frère dehors.

En juillet 2020, il fallut se rendre à l’évidence: Ron ne pourrait pas rester chez son frère jusqu’à ce que tout soit réglé. Il allait devoir s’adapter à cette nouvelle société en pandémie. Il tenta donc progressivement de sortir de chez Rémi, pour prendre de petites marches seul. Chaque fois qu’il tentait de le faire, il en revenait effrayé. Il se rendit vite compte que cela faisait si longtemps qu’il ne s’était pas servi de sa canne blanche qu’il était rouillé et désormais malhabile à l’utiliser. Il vint à bout de piler dessus, perdre l’équilibre et tomber face contre terre. Il faillit donner un coup à quelqu’un circulant à sens inverse. Puis enfin, il vint à bout de la casser complètement en la coinçant dans une plaque d’égoût. Par chance, Rémi le suivait derrière et put le ramener chez lui. Ron aurait pu mieux s’en tirer si, au minimum, il avait mentalement révisé les techniques régulièrement pendant le confinement. Il aurait aussi pu prendre la canne quand il allait marcher, mais la paresse l’emportait quand Rémi lui offrait de lui prendre le bras. La peur empêcha Ron de mettre en opposition le plaisir ressenti à tenir le bras de Rémi avec la joie plus grande éprouvée à marcher seul, une joie qu’il aurait pu reproduire sans dépendre de quelqu’un contrairement au plaisir initial. S’il avait pu établir ce contraste, peut-être par renforcement positif serait-il parvenu à se défaire de cette tentation de toujours prendre le bras de Rémi, mais la peur lui sifflant trop d’énergie, et Ron n’ayant jamais effectué de travail d’introspection auparavant, il n’eut aucune chance de surmonter cet obstacle intérieur.

Ron tenta de contacter sa personne-ressources pour du soutien. Il put certes obtenir une nouvelle canne pour remplacer celle qu’il avait cassée, mais les services d’orientation et mobilité étaient encore et toujours au ralenti et aucune consultation en personne n’était effectuée. S’il avait vu un peu, on aurait pu tenter un appel vidéo, mais là, il fallait attendre, espérer que dans un mois ou deux, ce serait réglé. Août arriva sans solution, sans progrès. Rémi essaya plusieurs fois de l’aider à réapprendre le maniement de la canne, cela faillit réussir, mais Ron finit par prendre une plonge dans les escaliers au métro. Pourquoi avoir commencé avec les escaliers plutôt qu’une ligne droite? Personne ne le sait. Il aurait fallu que Ron révise mentalement les techniques, y réfléchisse, pour remettre les morceaux en place. Pas nécessaire d’être sur le terrain pour « pratiquer » mentalement. Mais la peur occupant ses pensées, Ron ne put consacrer suffisamment de cycles mentaux à sa réadaptation.

Personne ne sut jamais ce qui s’était passé. On pensa que Ron avait perdu toute volonté de continuer. Il ne tenta pas plus d’obtenir de l’aide, non pas par manque de volonté mais par peur qu’encore et encore, ça ne fonctionne pas. Ron demeura chez Rémi pendant les années qui suivirent, jusqu’à ce que Rémi n’en puisse plus de voir son frère amorphe. Ils se disputaient de plus en plus souvent. Rémi reprochait à Ron de ne pas aider dans la maison. Ron reprochait à Rémi de toujours le rabaisser. Cela finit que Ron se retrouva en CHSLD. Il y resta deux semaines, après quoi il perdit toute volonté de vivre et se jeta du haut de la fenêtre de sa chambre.

Rémi était abasourdi quand il a appris la nouvelle. Il ne comprenait pas pourquoi Ron avait fait ça et lui en voulut beaucoup. Rémi était persuadé que Ron aurait pu réussir à s’en sortir s’il avait demandé de l’aide et c’est cela qu’il répéta inlassablement à tous ceux qu’il connaissait, sans doute plus pour s’en convaincre lui-même qu’autre chose. Pourtant, Ron a demandé de l’aide plusieurs fois, en vain. Mais Rémi a choisi de l’oublier afin de pouvoir rabaisser Ron, pour se sentir supérieur, mieux que lui. Il le fit sans le savoir, sans le vouloir, car c’était inscrit dans sa programmation génétique. C’est comme ça que l’être humain fonctionne, héritage de survie du cerveau reptilien.

Ce n’était pas à cause de la pandémie. Ce ne l’était plus. Ils avaient trouvé un vaccin efficace en début 2021 de sorte qu’au mois de mars, ils ont enfin pu abolir le port du masque et la distanciation sociale. Pourquoi Ron avait-il continué de vivre chez son frère? Avait-il peur de contracter la maladie malgré le vaccin? Selon Rémi, Ron aurait dû pouvoir reprendre une vie normale. Il ne l’avait pas fait parce qu’il ne voulait pas le faire.

Comme le désespoir, la peur peut devenir aussi virulente que la COVID-19 si on la laisse s’incruster et guider tous nos choix. Parce qu’elle n’est pas contagieuse, on ne s’en préoccupe pas. On se contente de dire qu’on est désolé, d’exhorter à garder courage et encore, encore et encore envoyer la victime ailleurs, se faire aider par un professionnel. Ses problèmes sont bénins, il devrait pouvoir les surmonter, les miens sont bien plus grands et importants, je ne comprends pas pourquoi il a peur comme ça! Il doit avoir besoin d’aide professionnelle, sans doute qu’il est malade. Oui, ça me rassure qu’il soit malade, c’est mieux pour moi. Parce qu’il n’y a pas de test de dépistage, on ne peut pas détecter la peur de façon fiable, mais elle est là telle un cancer qui pourrit tout. Et comme on ne peut élaborer un vaccin contre la peur, elle restera toujours là, tapie dans l’ombre, tuant des gens même après la pandémie.

Plutôt que chercher à l’extérieur, la victime de la peur ou du désespoir devrait se tourner vers l’intérieur, observer ce qui se passe en elle, avec calme, patience et absence de jugement. Seule cette observation permettra d’identifier l’origine du mal, s’en détacher et comprendre que nous ne sommes pas la peur, pas le désespoir, que ce sont des éléments passagers qui peuvent repartir, nous laissant libres de choisir notre avenir.

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Récit

Le désespoir de Donald

Découragé, Donald éteignit son téléviseur, exaspéré par ce nouveau bulletin de nouvelles. Encore 180 nouveaux cas de COVID-19 juste au Québec, la situation ne semblait pas près de s’arranger. Toujours dans la grande région de Montréal, possiblement en raison de rassemblements privés, mais certains restaurants étaient en cause aussi. Plusieurs établissements ne parvenaient pas à faire respecter la distanciation sociale et furent mis à l’amende. D’autres durent fermer temporairement, des cas de COVID-19 ayant été rapportés chez des clients ou des employés. On ferma des gyms temporairement, on ferma des bars, un salon de coiffure fut infecté, puis une clinique de physiothérapie.

Donald avait tout perdu à cause de cette pandémie. En raison du confinement de mars 2020, il a dû fermer le restaurant qu’il tenait depuis 25 ans au centre-ville de Montréal. La PCU lui vint certes en aide, mais son entreprise était trop petite pour bénéficier de la subvention gouvernementale. En fin avril, c’est avec une infinie tristesse que Donald dut abandonner son restaurant et déclarer faillite, comme bon nombre d’autres propriétaires.

Par chance, la faillite affectait uniquement l’entreprise de Donald. Ce dernier conservait quelques placements personnels qu’il comptait investir pour démarrer une nouvelle affaire lorsque ce serait possible. Mais tant que les cas augmentaient et qu’il y avait risque d’un nouveau confinement, Donald craignait devoir refaire faillite et là, il ne dispoerait plus d’aucun argent placé, aucun coussin financier, aucune échappatoire. Ses compétences étaient plutôt limitées si bien qu’il ne pourrait que se rabattre sur des emplois ennuyants et peu rémunérés. Ses connaissances informatiques étaient aussi limitées, rendant pour lui difficile de suivre des cours en ligne. Son seul espoir était donc un aplanissement de la courbe après quoi il pourrait tenter d’ouvrir un nouveau restaurant.

Malheureusement, les efforts collectifs demeuraient insuffisants. Chaque jour, de nouveaux cas étaient rapportés, autant sinon plus que la veille. Selon les actualités, la plupart des gens, excepté quelques récalcitrants isolés, portaient le masque dans les lieux publics intérieurs comme prescrit par la loi depuis le 18 juillet et respectaient la distanciation sociale. Malgré tout, on ne parvenait toujours pas à maîtriser la propagation de la maladie. Deux semaines après les vacances de la construction, le nombre de cas par jour a presque doublé, encore une fois dans la grande région de Montréal mais aussi dans plusieurs régions où des gens sont allés en vacances, notamment la Gaspésie, le Bas-Saint-Laurent, l’Estrie et même les Îles de la Madeleine qui ne disposaient pas d’une infrastructure médicale suffisante pour faire face à cette alarmante flambée.

En plus de l’incertitude constante par rapport à son avenir, Donald devait faire face à de multiples pannes chez lui. D’abord, son ordinateur qui lui a toujours causé des misères est devenu super lent. Donald pensait que sa machine avait été infectée par un virus, mais il ne parvenait pas à s’en débarrasser. Son lecteur blu-ray cessa de fonctionner complètement, du jour au lendemain. Son réfrigérateur fonctionnait moins bien qu’avant: on aurait dit qu’il n’arrêtait jamais et les articles étaient souvent tièdes, bien que le réglage de température soit au plus froid possible. Son grille-pain ne s’arrêtait plus automatiquement et souvent, les bagels restaient coincés dedans; ça n’arrivait pas avant. Un bon matin, c’est sa cafetière qui cessa subitement de fonctionner. Celle-là mit Donald dans une colère mémorable qui faillit bien lui valoir la visite de la police. Mais il tâcha de ne pas hurler, juste lancer le pot à bout de bras, cela cassa et il dut passer l’aspirateur, dont le boyau était soudain fendu!

Le 13 août 2020, ils en étaient à évoquer la possibilité d’un nouveau confinement comme en mars. Là, Donald éteignit le téléviseur, poussa un hurlement, fondit en larmes et décida que c’en était trop. À quoi bon continuer à espérer? Aussi bien arrêter et attendre que cette vie de merde finisse!

D’abord, il alluma son téléphone et en supprima l’application Facebook. C’était sa soeur qui l’avait tanné sans fin pour qu’il installe ça et lui avait enseigné les bases de son utilisation lors de sa dernière visite qui datait de si loin que Donald ne se souvenait pas quand. Là-dessus aussi, on parlait de reconfinement et plusieurs de ses contacts quittaient la ville, les uns après les autres. Ça avait commencé en juillet, mais c’était pire depuis le début août. Donald n’avait pas de voiture, détestait conduire pour mourir et savait que s’acheter un véhicule pour aller s’établir en région où il y aurait hypothétiquement moins de cas lui ferait mal financièrement. En plus, il habitait un condo qu’il devrait vendre et craignait que ce soit difficile, vu la situation et l’état de son unité. Il y avait eu un dégât d’eau en février et à cause de la pandémie, les réparations n’étaient même pas terminées! Il restait encore des murs à refermer. Ainsi, cesser de recevoir ces répétitifs messages sur Facebook ne pourrait qu’aider Donald à améliorer son humeur.

Ensuite, Donald éteignit son téléphone, puis alla se coucher, sans regarder quelle heure il était. Le lendemain matin, il s’installa sur un fauteuil, devant la porte patio et regarda le ciel, s’efforçant de ne plus rien espérer. Il resta ainsi jusqu’à ce que la faim le tenaille, mangea un peu, puis revint s’asseoir et attendre. Il mangea quelques fois, puis lorsque le ciel devint noir, il alla se coucher, tout simplement. Il réussit à dormir un peu, retourna voir la porte patio, encore noir, il retourna se coucher. Il resta couché, somnola un peu, jusqu’à ce qu’il fasse clair, mangea un peu puis retourna à son fauteuil.

Après quelques temps, Donald avait réussi à oublier ses soucis. Il se contentait de regarder dehors, sans espérer la moindre amélioration. Il dut allumer son ordinateur pour commander de la nourriture, puis éteignit ça aussitôt, avant que le virus dedans ne vienne le tourmenter. Donald eut maintes fois envie de rallumer la TV ou son téléphone, espérant qu’une amélioration ait eu lieu, mais il se résolut à ne pas le faire, sachant bien que cet espoir vain serait suivi d’une amère déception. Chaque jour, la déception s’accroissait, et elle finirait, se doutait Donald, par le mener au suicide. Il s’en sentait proche.

Les parents de Donald étaient morts voilà trois ans dans un stupide accident de voiture qui, il en était persuadé, aurait pu être évité. Depuis trois ans, sa soeur vivait aux États-Unis, le pays désormais le plus durement touché par la pandémie. Donald ne pouvait pas aller la rejoindre et elle ne pouvait pas venir non plus puisque la frontière était bloquée. Le peu d’amis qu’il avait était parti en région (encore, encore, encore et encore) ou ne lui donnaient plus de nouvelles du tout depuis le début de la pandémie. Plusieurs avaient des enfants et à cause de ça, ne pouvaient plus rien faire d’autre qu’en prendre soin, délaissant tout le reste. Donald était ainsi complètement isolé.

Alors Donald demeura assis sur son fauteuil, luttant non plus contre le désespoir mais contre le vain espoir! Il se répéta qu’il n’allait pas rallumer la TV avant de voir de la neige dehors! Et il parvint à tenir bon! Cette première petite neige fut tardive cette année, à la mi-novembre! Mais malgré tout, Donald réussit à tenir le coup, tant bien que mal. Lorsqu’il la vit, il pleura presque de joie. Son nouvel espoir fut vite tué dans l’oeuf. En effet, au bulletin de nouvelles, on parlait encore de la pandémie: 50 nouveaux cas, ce jour-là. Donald se souvenait que c’était ainsi en juin, ça allait remonter. Alors exaspéré, il éteignit la TV, pleura et se résolut à attendre qu’il n’y ait plus de neige! Le lendemain, la petite neige était partie. Non, trop tôt. Ok, il ne faut plus de neige pendant 14 jours consécutifs.

Alors Donald continua à faire du fauteuil, jour après jour. Il mangeait peu, ce qui lui évita de prendre trop de poids, mais il en prit un peu malgré tout. Il ne buvait plus d’alcool depuis cet isolement volontaire, afin d’économiser son argent. Son plan était simple: tenir aussi longtemps que possible avec ce qu’il avait, écoutant à chaque printemps et chaque automne (en utilisant le début et la fin de la neige comme signe) si on parlait encore de la pandémie. S’il épuisait tous ses placmenets, il rallumerait la TV une dernière fois et en cas de nouvelles au sujet de la pandémie qui se poursuivrait, il mettrait fin à ses jours. Donald était prêt, son plan était bien défini, il l’avait mentalement répété, il était sûr qu’il ne flancherait pas. Il avait commencé à écrire un message pour sa soeur. Il le révisait parfois, y corrigeant quelques fautes, y ajoutant quelques phrases.

Lorsque le printemps vint enfin, Donald n’avait même plus le coeur à allumer la TV. Il se sentait relativement bien ainsi. Sans l’espoir, il était libéré du désespoir et risquait moins de piquer une crise et finir par en arriver au suicide. Il se doutait que cette pandémie pouvait durer des générations; il pouvait bien ne pas en voir la fin de son vivant. Alors Donald resta là, assis sur son fauteuil attendant le soir, couché dans son lit attendant le matin, assis dans son fauteuil attendant le soir, attendant la première neige, attendant qu’il n’y ait plus de neige pour 14 jours, puis se rappelant qu’il le faisait en vain, parce que ça ne valait plus la peine de rallumer la TV.

Le site web de l’épicerie où il commandait ses aliments continua de fonctionner. La pandémie était devenue si ancrée en tous qu’on ne jugeait plus nécessaire de mentionner qu’en raison de la COVID-19, le service pouvait être ralenti. Donald avait cessé de consulter Facebook, cessé de regarder ses emails tanné de toujours voir ces agaçants messages à propos d’événements virtuels sans intérêt. Coupé de tous et de tout, résigné, il continua d’attendre quelque chose qui, même si ça venait, ne lui parviendrait pas!

Sa laveuse flancha: Donald dut laver ses vêtements à la main. Son lave-vaisselle lâcha: Donald dut laver sa vaisselle à la main. Ses vêtements trouèrent, il disposait de moins en moins de chandails et pantalons non troués. Il finit par devoir porter des vêtements troués pour ne pas avoir à laver tous les jours.

Le jour vint où il avait épuisé tout son argent placé. Sans se choquer, prêt, il se fit couler un bain, envoya le message d’adieu a sa soeur, prit le fil électrique du téléviseur sectionné depuis des mois, voire un an, le brancha et entra dans l’eau tout en tenant l’extrémité dénudée. Il fit cela en sifflotant, soulagé que cela prenne enfin fin. Ce ne fut pas très long…

Annie fut boulerversée lorsqu’elle reçut le message de son frère Donald. Ce dernier n’avait donné aucune nouvelle depuis près de trois ans, elle ne comprenait pas pourquoi. Elle pensait qu’il était occupé avec une nouvelle affaire de restaurant et elle, occupée par son travail, ses deux enfants et son nouveau bébé arrivé pendant la pandémie, ne prit pas le temps de s’arrêter, réfléchir, tenter de le contacter, etc. Le temps fila, les contacts humains furent délaissés au profit d’une vie effreinée sans le mondre sens. Avoir des enfants est devenu si compliqué qu’on ne peut plus rien faire d’autre quand on en a. Aux tâches parentales habituelles s’ajoutent de plus en plus d’allers-retours vers des activités parascolaires de plus en plus nombreuses et distancées. Les enfants ne cessent d’insister pour faire ci, faire ça, encore faire ci et ça, et les parents doivent se taper crises après crises ou abdiquer et faire le taxi sans cesse. C’est fou dingue! C’est seulement à la mort de Donald, on aurait dit, qu’Annie se rappela enfin qu’elle avait un frère.

Ce n’était pas à cause de la pandémie. Ce ne l’était plus. Ils avaient trouvé un vaccin efficace en début 2021 de sorte qu’au mois de mars, ils ont enfin pu abolir le port du masque et la distanciation sociale. Pourquoi Donald avait-il continué de s’isoler? Avait-il peur de contracter la maladie malgré le vaccin? Annie, plutôt que prendre le temps de lire le message de son frère, le survola vite vite et se fit sa propre idée. Donald était un lâche, il avait abandonné. Il aurait dû demander de l’aide plutôt que s’enlever la vie. Elle lui en voulut de ne pas avoir demandé d’aide et cela occulta tout le reste. Plutôt que tenter de comprendre la situation de son frère, elle ne put que le dénigrer, le rabaisser auprès de ses amis, inventant toutes sortes de choses qu’il aurait pu faire pour aller mieux, comme se trouver une amie ou déménager aux États-Unis.

Comme la peur, le désespoir peut devenir aussi virulent que la COVID-19 si on le laisse s’incruster et guider tous nos choix. Parce qu’il n’est pas contagieux, on ne s’en préoccupe pas. On se contente de dire qu’on est désolé, d’exhorter à garder courage et encore, encore et encore envoyer la victime ailleurs, se faire aider par un professionnel. Ses problèmes sont bénins, il devrait pouvoir les surmonter, les miens sont bien plus grands et importants, je ne comprends pourquoi il perd espoir comme ça! Il doit avoir besoin d’aide professionnelle, sans doute qu’il est malade. Oui, ça me rassure qu’il soit malade, c’est mieux pour moi. Parce qu’il n’y a pas de test de dépistage, on ne peut pas détecter le désespoir de façon fiable, mais il est là tel un cancer qui pourrit tout. Et comme on ne peut élaborer un vaccin contre le désespoir, il restera toujours là, tapi dans l’ombre, tuant des gens même après la pandémie.

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Une ampoule qui ne visse plus bien

Fin décembre 2019, j’ai constaté que l’une des lumières suspendues au-dessus de mon comptoir s’était éteinte. J’ai d’abord cru que c’était l’ampoule qui avait brûlé, j’ai vérifié que j’en avais d’autres, mais au moment où j’étais prêt à la remplacer, elle s’est rallumée. Je constatai plus tard qu’elle s’éteignait souvent et se rallumait si je brassais l’abat-jour. J’ai pu répéter ça plusieurs fois, mais l’ampoule s’éteignait de plus en plus souvent. Peut-être s’est-elle dévissée, pensai-je. J’essayai de la revisser, cela sembla aider, mais elle continua à s’éteindre.

Vendredi, 20 décembre 2019, j’essayai enfin de la dévisser complètement, mais ce fut pour constater que le culot aussi semblait tourner avec l’ampoule. Quelque chose bougeait, j’avais du mal à dévisser l’ampoule. Ah non, dis-moi pas que c’est toute la lumière qui va devoir être remplacée. Je n’étais pas certain d’en trouver une pareille que les deux autres.

J’ai fini par dévisser l’ampoule, je tentai de la remettre en place, mais j’eus encore du mal, et elle s’éteignait tout le temps. J’ai fini par la dévisser à nouveau pour essayer de trouver pourquoi elle bougeait, mais ce fut pour constater que quelque chose était resté coincé dans le culot.

Quelque chose de coincé dans le culot de la lampe suspendue

Coup donc, est-elle cassée cette ampoule-là? Ben oui!

L’ampoule cassée

Je crois qu’elle était sur le bord de casser et je l’ai achevée en jouant avec. Je me souviens avoir accroché cette lumière-là un moment donné, avec je ne sais plus quoi. Ça l’avait fait valser un peu sur son fil. Mais ne pas avoir tenté de l’arranger, l’ampoule aurait fini par tomber, casser et ça aurait fait des morceaux de verre partout.

En utilisant une pince (évidemment j’ai éteint l’interrupteur avant!), j’ai pu agripper le bout cassé dans le culot et le faire tourner.

Le culot libéré du morceau d’ampoule
Le bout pris dans le culot

Après avoir réussi à extraire ça, j’ai vissé une nouvelle ampoule et tenté d’allumer.

La lumière de comptoir réparée

La lampe fonctionna #1. Youhou!

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L’esprit en déconfiture

Vendredi après-midi, 12 juillet 2019, je suis parti pour les Jardineries. Il y avait là, à 17h30, un événement Complètement Cirque de quartier. Il devait y avoir un spectacle et peut-être des structures dans lesquelles on pouvait grimper. J’avais aussi espoir, un mince espoir, que le four à pizza soit ouvert. Eh bien, ce fut une des soirées les plus décevantes depuis que je suis à Montréal.

Quand je rentrai là, il y avait déjà pas mal de gens et de la musique jouait. Ne sachant trop que faire, je me suis dirigé vers le bar, premier endroit que je connais. Je constatai en premier lieu que le stand à bouffe était fermé: pas de pizza sur feu de bois pour ce soir. Je m’y attendais un peu; ça ira à l’ouverture officielle des Jardineries prévue le vendredi suivant.

Je me promenai un peu et trouvai une zone clôturée où des enfants s’amusaient autour d’un mât. Ils s’accrochaient à une corde et courait, parfois ils se faisaient soulever dans les airs par la force centrifuge. J’aperçus aussi ue bascule et une poutre pour marcher en équilibre. Ces jeux étaient apparemment réservés aux enfants; je ne vis pas d’adultes dedans.

Je suis allé au bar me prendre une biere. Quelqu’un m’a offert de m’asseoir à côté d’elle, apparemment une femme âgée d’après sa voix. Je suis resté là à regarder et constaté que tout ce que je pourrais faire, c’est attendre. Les seuls qui eurent vraiment du plaisir ce soir-là, ce furent les enfants, et leurs parents à les regarder. C’est vraiment plate. Il y eut des spectacles embulants qui duraient trente secondes; je n’avais pas le temps de localiser c’était où que c’était fini. Il y eut un spectacle de cerceau sur la scène centrale. Celui-là c’était bien. Le gars, Bob, se tenait dans le cerceau et y dansait, parfois en équilibre lié au sol juste par l’anneau. Mais ça dura cinq minutes, puis encore une demi-heure d’attente pour le spectacle principal des soeurs Kif-Kif, qui avait lieu à 19h.

Ce spectacle-là, Côté Confiture, a été tellement mauvais que j’étais démoli, après, vraiment tanné. Ils ont commencé par souffler des ballons qu’ils lançaient au loin. La madame à côté de moi m’a dit que c’étaient des ballons en forme de gants, mais ils m’apparurent ronds pour moi. Peut-être il y avait un gant dessiné dessus.. On les entendait constamment respirer dans le micro, comme si elles étaient essoufflées. Elles ont ensuite dit qu’elles devaient couper des patates, de la musique est partie et elles ont fait je ne sais pas quoi pendant cinq minutes, et de temps en temps les gens applaudissaient, sans que je ne parvienne à savoir pourquoi. Puis il fallait ramasser les frites, et des enfants se sont avancés sur la scène. Comment ces enfants-là savaient-ils quoi faire? Devine, ou bien ils étaient dans le coup, mais c’était niaiseux, absolument rien à voir, juste la petite musique plate qui repart, pendant cinq minutes encore.

Après ça, les gens se sont mis à taper des mains pour rien. Ça a fini que la moitié de la foule tapait des mains et l’autre moitié. Sans que’elles aient dit quoi que ce soit, tout le monde sauf moi comprenait quand il fallait taper des mains et quand pas. La deuxième fois, bien entendu, je le savais et l’ai fait, mais je trouvais ça ridicule.

Elles ont fait d’autres niaiseries, ou bien rien du tout, je ne sais vraiment pas, j’étais juste tanné d’être toujours à la traîne, toujours derrière les autres. Les gens tapaient des mains, pour rien. J’ai fini par arrêter de taper des mains, tanné. Ça me faisait quasiment penser quand on applaudissait chaque fois que ma nièce prenait une bouchée, quand elle était petite. Déjà c’était lassant après la cinquième bouchée, mais là, c’était pire, car il n’y avait rien à applaudir. Je me demande si elles ne faisaient juste pas signe aux gens d’applaudir, pour rien. Je ne comprends pas pourquoi les gens embarquaient.

Puis elles ont dit qu’il leur fallait de la musique. Ah non, repartez pas la musique plate des frites! Mais non, au lieu de ça, elles jouaient un bout de tune avec je ne sais pas quel instrument et la foule complétait en tapant des mains. Rendu là, je ne tapais plus de mains, tanné, trouvant que ça n’avait juste aucun sens.

Un moment donné, elles ont fini par la faire, la danse de l’alaitement à laquelle elles ont fait allusion quelques fois au début, une danse supposément dangereuse. Elles ont gonflé, avec une pompe, de gros ballons, assez gros qu’ils flottaient doucement quand on les lançait. Sur chaque ballon, un rond était peint, ce qui évoquait pour moi vaguement un sein avec le mamelon. Elles ont joué avec les ballons, chacune un. Elles les lancèrent dans la foule, des gens le rattrapèrent et les relancèrent. Un moment donné, on aurait dit qu’elles étaient dans la baloune, enveloppées de caouchouc, et elles gonflèrent les ballons encore plus, puis ressortirent de là. Et ce fut tout.

Après ça, des artiste déguisés en gars de la construction se promenèrent et firent je ne sais pas quoi. Cela dura un certain temps, puis ils répétèrent le numéro du cerceau. Enfin, ils firent tirer des billets pour des spectacles de la Tohue et il y eut une parade finale. Dans un manque profond de lucidité, j’eus la brillante idée de mettre mon nom pour le tirage. Je fus soulagé de ne pas gagner, car je ne savais pas du tout où était la Tohue et m’attendais à encore devoi dépendre de quelqu’un avec une voitture pour l’atteindre. Fiou, un problème bénin d’évité!

J’ai fini par manger là-bas, on pouvait acheter des wraps aux légumes grillés. C’était pas mauvais. Puis je suis reparti, fatigué.

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Un spectacle bien arrosé

Jeudi, 11 juillet 2019, 17h, il était temps pour moi de partir pour le show de ruelle de Mononcl’ Serge, sur la rue Gaboury près de Sainte-Catherine. À cause de l’annonce d’orages, les Jardineries ont reporté leur soirée d’ouverture, prévue ce même jour, au vendredi suivant. Ma première idée était d’aller aux Jardineries pour 17h, y manger tranquille une bonne pizza sur feu de bois, puis partir pour le show de Mononcl’ Serge à 18h30, et peut-être revenir chiller un peu aux Jardineries. Eh non! Mais la SDC Hochelaga maintint le show de ruelle malgré l’avertissement de gros orage. Et pour les approuver, le Soleil brilla de mille feux en milieu et fin d’après-midi. Il n’a mouillé qu’en avant-midi.

Je me dis que si je partais tôt, j’arriverais avant qu’il ne se forme une grande file d’attente pour la bouffe. Eh non, il n’en fut rien. Il n’y avait certes pas de file à mon arrivée, vers peut-être 17h30, mais il n’y avait aussi personne pour prendre les commandes et servir la bouffe. Je me suis pris une bière et je suis allé dans le parc, parce que personne n’était dans la ruelle en plus.

J’ai rencontré des gens assis à une table à pique nique qui m’ont offert de m’asseoir avec eux, ce que j’ai fait. Ils venaient de Rosemont. Il a fallu attendre près de 17h50 pour la bouffe à moins d’aller à la tente de la Taqueria je ne savais pas où (ils ont vu la tente). Mais un taco, ça va tout se défaire et revoler partout je n’avais pas envie de manger ça dehors avec comme support juste une napkin, probablement pas d’assiette pour récupérer tout le stock qui va tomber.

Eh bien cette fois, pour la bouffe, c’est allé tellement mal que j’envisage ne plus jamais retourner à ces shows de ruelle. Je n’y arrive pas s’il me faut manger chez moi avant de partir. Déjà en vacances, c’est difficile d’être prêt à partir, fini de souper, pour 18h, question d’arriver au show à 18h30. Quand j’aurai recommencé à travailler, ce sera pire.

D’abord, le gars en avant de moi a dû attendre plus de cinq minutes pour pouvoir payer. Celle qui prenait les commandes s’en allait, revenait, s’en allait encore, vérifiait de quoi sur son téléphone, s’en allait encore, puis elle a finalement passé le téléphone au gars pour qu’il y entre de quoi, ça s’est éteint, elle a dû faire de quoi. Ah dis-moi pas qu’ils essaient de payer avec une application iPhone ou Android au lieu de l’habituelle machine à débit Interac? Et comment ça fonctionne? On ne peut pas scanner la carte de débit ou de crédit avec ça! Ah, il doit falloir transcrire le numéro de la carte de crédit à la main, parce que ce n’est supposément pas si long que ça. Voyons, franchement! Après ça, j’ai pu donner ma commande et payer. Soulagé, j’avais de l’argent comptant; pas envie de me battre avec le téléphone et tout moi aussi! Probablement que les caractères sur l’écran auraient été super petits et le soleil, qui brillait encore à ce moment-là, m’aurait causé d’infinies misères! Ce qui me sauve avec le terminal Interac, c’est le clavier physique; ça fonctionne même au gros soleil quoique pour voir l’écran, pas idéal.

Après ça, il me fallut attendre plus de 15 minutes pour avoir mon truc. Ils ont fini par avoir mon hot dog mais pas la frite. 3 ou 4 minutes plus tard, ils donnaient le hot dog sans la frite à qulqu’un d’autre et continuaient à servir des hamburgers et des hot dogs/hamburgers. Là, tanné, je suis parti tenter de jeter ma cannette de bière vide que j’avais dans ma poche depuis tout ce temps. Je n’ai jamais pu trouver la poubelle cette fois; elle était là la dernière fois! Faut encore demander à quelqu’un qui va aller la jeter je ne sais pas où, sans me dire où, ou bien la mettre dans son sac à dos ou à main pour l’amener ailleurs, c’est juste con! J’ai fini par trouver une poubelle mais de l’autre côté de la clôture qui séparait la ruelle Gaboury du parc Morgan; j’ai dû glisser ma main entre les barreaux, pogner le couvercle et mettre la cannette là-dedans. Puis je me suis acheté une autre bière. Je n’ai pas ouvert tout de suite la cannette, décidé d’attendre d’avoir ma bouffe ou au moins d’être revenu dans le parc. Quelqu’un m’a dit que mon hot dog était prêt, ils l’avaient mis de côté. Mais le gars ne me vit pas, fallut qu’un autre lui dise « Excuse-moi » et tout. Bref, ça va super mal. Ce n’était pas compliqué de même l’année passée. Je pouvais obtenir mon snack sans que quelqu’un m’aide. Le spectacle précédent aussi, ça avait été très long pour la nourriture, mais ça s’était mieux passé. Et ce n’était que le début.

La pluie s’y mit, une petite pluie d’abord, mais je savais que ça pouvait empirer. Je m’en allai dans le parc Morgan, veillant à ne pas tout échapper mon stock par terre en chemin. J’ai pu retrouver ma table, m’y asseoir, manger et puis ouvrir ma cannette.

La pluie s’intensifia. Malgré tout, ils débutèrent le show. Mais il se pouvait qu’ils l’interrompent abruptement, ce qui se produisit effectivement après une tune et demi. La tune et demi était super, j’ai bien aimé. Sous la pluie, j’avais presque envie d’enlever mon chandail et danser torse nu, mais je n’osai pas. Il y avait plein de monde que je ne connais pas et des enfants, là-bas, valait mieux pas faire le zouinzouin pensai-je.

La pluie s’intensifia, plusieurs partirent dont mes compagnons qui m’offrirent de me ramener chez moi en auto. Plutôt que faire ainsi, je voulus rester pour aller voir le show acoustique que Serge voulait tenter de donner dans un gazebo pas loin. Et en plus j’avais ma cannette de bière à finir. J’ai suivi les gens qui s’y en allaient. La pluie devint plus forte encore et le vent s’y mit. Mon parapluie que j’avais emmené et sorti de ma poche faillit y passer. Mais j’arrivai au gazebo. Eh là là, quel chaos! Les gens s’y étaient massés, tentant d’entendre de quoi, mais on n’entendait que la pluie et les gens plus proches de l’artiste qui le huaient. Il me fallut quelques minutes pour me rendre à l’évidence qu’en restant là, tout ce que je pourrais faire, c’est me faire tremper encore plus et entendre les gens huer, pas de Mononcl’ Serge.

Ma canne, est où ma canne bon sang???? Un instant, je crus que je l’avais laissée sur la table de pique nique ou pire, échappée par terre en chemin! Dans le second cas, je ne réussirais probablement pas à la retrouver! Mais par chance, elle était encore là, bien sagement dans ma poche. Troublé par toute cette pluie, j’avais oublié de la sortir pour me rendre de la table à pique-nique au gazebo.

Soulagé de ne pas avoir perdu ma canne, je tentai de rejoindre la rue Sainte-Catherine. Eh bien, je n’y arrivais plus. Il y avait tellement de pluie que j’avais du mal à y voir et là, en plus, se profila un obstacle majeur: des marches. Ah mais pourquoi???? Je n’ai pas eu à monter de marches pour aboutir là! Tandis que je m’acharnais à descendre ça, quelqu’un m’offrit de m’aider. J’étais rendu en bas quand il arriva à ma hauteur. Nous avons marché ensemble jusqu’à la rue. Mon parapluie a encore failli y passer, à cause du vent. En chemin, je suis parvenu de justesse à trouver une poubelle où jeter ma cannette vide. On a fini par aboutir sous un toit devant un bar, à l’intersection de Sainte-Catherine et Letourneux, pour y attendre que la pluie cesse. Un couple présent au show vint se réfugier là aussi et entra dans le bar pour aller y souper. Le gars avec qui j’étais resta un peu avec moi puis remonta, il habitait en haut du bar. Rendu là, la pluie avait diminué d’intensité si bien que j’y allai. Je pilai dans bon nombre de flaques d’eau qui trempèrent mes sandales à fond.

Quand j’arrivai chez moi, c’est là que je constatai à quel poin
j’étais trempé. Je n’arrive pas à me souvenir quand j’ai été trempé de même, soit à mon retour du Ancient Future Festival (le soir où j’ai crochi mes lunettes en fonçant dans un ARBRE!) ou mon retour du Fort Chambly après un souper chez Fourquet Fourchette avec mes collègues du labo de recherche à l’Université de Montréal. Cette fois-là, mon chandail et mes culottes courtes étaient toutes mouillées. Mon mouchoir en tissu était trempé, imbibé, et mon porte-clés et mon portefeuilles aussi étaient mouillés. Ce fut avec soulagement que je constatai que mon téléphone avait survécu à tout ça. J’ai bien cru qu’il allait avoir son coup de mort! Puis après avoir retiré tout ça pour me changer au grand complet, je constatai que mes sous-vêtements aussi étaient mouillés. Quelle mémorable tempête!

J’étais plutôt déçu de cette sortie, non pas juste à cause du show interrompu et de cette pluie de dingue, mais aussi ces difficultés à obtenir mon repas. Mononcl’ Serge était le seul artiste que je voulais vraiment voir à ces shows de ruelle; les autres me laissaient froid et indifférent. Et voilà que son show tombait à l’eau, au sens propre du terme. Triste. Après ça, cela ne me surprendrait pas qu’il aille se produire à Alma, Val d’or, Saguenay, tous des endroits qui me sont inaccessibles, et qu’il ne revienne pas à Montréal avant un sacré bon bout de temps.

Pour me consoler un peu, j’avais toujours Minecraft. J’y retournai et progressai dans Evilcraft, jusqu’à ce que tout s’éteigne d’un coup sec. À 20h, panne de courant! Ah là j’étais en maudit. En plus de potentiellement corrompre ma map à cause de la fermeture abrupte du jeu et de l’ordinateur, la panne affecte mon NAS qui après ça veut effectuer un scan du sytème de fichiers qui rend ensuite l’accès par NFS impossible à moins de redémarrer le NAS, puis le HTPC.

J’étais tellement à bout que je songeai prendre ma douche et aller me coucher, sachant que le courant ne reviendrait pas avant plusieurs heures. Mais plutôt que faire ainsi, j’ai lu un peu, et le courant est revenu tandis que je lisais. J’ai attendu un peu, au cas où ça reparte tout de suite, et j’ai rallumé mon ordinateur et Minecraft; ma map était intacte. Fiou! Au moins ça!

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Le réfrigérateur qui a chaud

Vendredi matin, 5 juillet 2019, une surprise m’attendait. Lorsque je mangeai mes céréales du matin, eh bien le lait était tiède. Agacé, je me dis que mon réfrigérateur n’a pas suffi à la tâche vu la grosse chaleur qui régnait. J’ai certes fait fonctionner l’air climatisé durant la nuit, mais pas durant la journée pendant laquelle j’étais parti travailler. Alors j’augmentai la température du réfrigérateur en espérant que cela suffise. Mon jus aussi était tiède si bien que je me posai de plus en plus de questions. Je n’avais pas le temps d’investiguer plus, désireux de partir travailler, alors je laissai ça entre les mains du destin.

Avant de partir par contre, je vérifiai que mes glaçons étaient toujours là dans le congélateur. Oui, tout a l’air OK, ça n’a pas commencé à tout dégeler. Il y avait là, en plus des glaçons, de la viande, de la sauce à spaghetti, de la crème glacée et des frites congelées. Si tout ça dégèle, ça va être une catastrophe.

Plus de froid, rien n’y fait

Vendredi soir, je constatai avec inquiétude que les choses n’avaient pas évolué. Je me demandai même si ce n’était pas encore pire. La cannette de boisson gazeuse que je pris dans le réfrigérateur était tiède, mais avec un peu de glace, cela fit la job. Comme les choses ne s’amélioraient pas du tout, utilisant mes réflexes d’informations, je tentai un redémarrage de l’appareil. D’abord, je l’éteignis. Ce fut pour constater qu’il continuait à fonctionner, même en mode éteint.

Il y a au moins deux moteurs là-dedans. D’abord, il y a le compresseur qui génère du froid en comprimant un gaz réfrigérant et en le faisant ensuite circuler dans un serpentin. Ce moteur-là semblait bien s’arrêter. Il y a un deuxième moteur, alimentant probablement un ventilateur faisant circuler de l’air, possiblement entre le congélateur et le réfrigérateur. C’est ce moteur-là qui continuait à tourner, sans arrêt. Je laissai le réfrigérateur éteint tout le souper, sans jamais que le moteur ne s’arrête.

Après ça, j’y allai plus radical: couper le disjoncteur. Le réfrigérateur s’éteignit complètement. Je le laissai se reposer une dizaine de secondes puis remis le courant. Le ventilateur se remit en marche; il ne s’arrêterait donc jamais. Non désireux de poursuivre cette expérience hasardeuse jusqu’à ce que tout dégèle dans mon congélateur, je rallumai l’appareil. Ce redémarrage n’eut aucun effet. Le froid ne revenait pas dans le réfrigérateur, mais le congélateur continuait à fonctionner. Exaspéré, je ne savais juste plus quoi faire avec ça! Tout ce que je pouvais faire, c’est espérer que ça se replace, l’air climatisé aidant. On va le faire fonctionner non stop, pensai-je, jusqu’à la fin de la canicule, pour réduire au minimum l’humidité et surtout la condensation qui pourrait se créer autour des tuyaux du réfrigérateur et en perturber le fonctionnement. Mais je ne m’attendais pas à un miracle. L’été dernier, il a fait chaud et ce réfrigérateur n’a jamais déconné à ce point-là. Il a fonctionné non stop pendant 3 jours un moment donné puis ça s’est replacé. Mais jamais il n’a cessé de produire du froid. Là, c’était toute autre chose. Les deux bières que je pris en soirée me le montrèrent cruellement. Après avoir bu ça, je n’avais juste plus envie de boire de bière…

Le lendemain matin, c’était aussi l’horreur que la veille. Je n’osai pas me prendre du lait, qui était encore tiède. Je mangeai un bagel avec un verre de jus tiède. Ça va tout péter, pensai-je, il va bel et bien falloir tout jeter, ou bien tout transporter ça chez mes parents, à Chambly. La perspective de devoir tout trimballer mon stock gelé en autobus et en métro, jusqu’à Chambly, puis ensuite le ramener chez moi la crise terminée (parce qu’il va bien falloir trouver une solution un moment donné!), me plongea dans le désespoir le plus profond. Me résoudre à tout jeter, c’était pire. Où allais-je mettre ça en attendant la collecte pour le compost, le jeudi suivant? Je venais certes de tomber en vacances, mais à cause de ça, et d’autres petits problèmes, bénins à côté de ce nouveau-là, c’était comme si ça ne changeait rien!

Peut-être si je l’éteins plus longtemps, pensai-je. Je me doutais que ça avait peu de chance de faire la moindre différence, mais essayer quelque chose, aussi niaiseux soit-il, m’aidait à tenir, à ne pas devenir complètement fou. Alors je le fis: j’arrêtai le réfrigérateur une seconde fois et coupai le courant pendant que je déjeunais. Une petite voix intérieure me répéta maintes et maintes fois que je prenais un risque à faire ça: peut-être il ne repartirait plus du tout, après! Après avoir déjeuné, je remis le courant. Je fis un peu de méditation et quinze minutes plus tard, le ventilateur fonctionnait toujours; rien n’avait changé. Alors je laissai ça arrêté, avec le courant, et partis pour le gym. Je laissai l’air climatisé en marche. C’est la première fois, je crois, que je partais et laissais ça fonctionner. Au moins, moins de chaleur, ça réduirait les dégâts, pensai-je.

La danse des bouteilles d’eau

Avant de partir pour le gym, je songeai aussi mettre des ice packs (mes quatre étaient à présent gelés) aux endroits stratégiques: près du pot de lait, sous mes poches de lait, sur le contenant avec les œufs et à côté de mes blocs de fromage. Peut-être allais-je pouvoir sauver de quoi ainsi?

Mais je savais que ces ice packs auraient une efficacité limitée. Il allait m’en falloir d’autres, au moins quatre autres, sinon plus. Je songeai aller m’en chercher au retour du gym, peut-être pourrais-je trouver ça au Dollarama. Ça n’a pas besoin d’être de la haute qualité, du moment que ça tienne une couple de gels et de dégels. La perspective de devoir chercher ça dans le Dollarama, demander et me faire dire qu’ils n’en avaient pas, devoir marcher jusqu’au Rona sur Sainte-Catherine pour essayer là-bas, voire chez Canadian Tire, ne m’enchantait vraiment pas du tout. Mais là attends, j’en ai des ice packs! Toutes les bouteilles que j’ai, on remplit ça d’eau et on fait geler ça! Au moins, le congélateur fonctionne encore, sinon pensai-je il me faudra trouver une source de glace sèche pour essayer de faire tenir ça.

De retour du gym, je constatai avec désespoir que rien n’avait changé. Le réfrigérateur ne se taisait pas. Je le rallumai donc et espérai que là peut-être… Eh bien non, après plus d’une heure, il n’y avait toujours pas de froid. Les ice packs commençaient à dégeler, c’était parti pour être une horrible crise. Alors je me remplis des bouteilles et mis ça au congélateur.

J’ai aussi constaté la présence de givre dans le congélateur. Peut-être il y a tellement de stock là-dedans que l’air ne circule plus si bien que le système de dégivrage n’est plus efficace. C’est devenu un foutoir depuis que j’ai rajouté quelques plats de margarine avec des morceaux de poisson et une boîte de Drumstick. Possible qu’il faille que le haut soit dégagé. Alors j’essayai de redisposer les choses, pestai, ne réussis pas, pestai encore et finis par parvenir à libérer le haut.

En fin d’après-midi, quelques bouteilles étaient prêtes à servir de ice packs de fortune. Je mis une vieille bouteille de Sunlight entre mon pot de lait et mon pot de jus. Une autre bouteille, de whisky ou je ne sais plus, alla sur mes blocs de fromage, une autre proche des œufs. Il y avait une vieille bouteille de vodka qui était toujours au congélateur, l’eau n’ayant pas encore toute gelé dedans.

Il y eut des tentatives de shooter de l’air comprimé dans les trous de ventilation en arrière du réfrigérateur. J’ai fait ça après avoir enlevé mes bières de là-dedans. À quoi bon laisser ça là puisqu’il n’arrive plus à les garder froides? Autant consacrer le peu d’énergie qu’il reste là-dedans à sauver ce que je peux!

Trous dans lesquels je tentai de shooter de l’air comprimé, encore et toujours en vain.

Par chance, je finis par trouver mieux à faire que pester, espérer en vain, tourner en rond, faire les cent pas et tout. D’abord, je vérifiai si je ne pourrais pas réussir à atteindre un Brault et Martineau à Montréal. Il y en aurait un sur Saint-Lénoard, ça prendrait quelque chose comme 40 minutes en métro et en autobus, moins long qu’aller à Chambly puis aux Promenades. Je pourrais essayer d’y aller le lendemain si la crise persiste, pensai-je. Cette idée trouvée, je tentai enfin d’écrire sur le groupe Facebook des copropriétaires de mon projet de condo, voir si quelqu’un ne pourrait pas me conseiller un réparateur. J’en obtins un, et me dis que j’allais le contacter, mais faudrait encore attendre à lundi. Alors il me faudrait passer le reste de la fin de semaine à déplacer des bouteilles d’eau entre le congélateur et le réfrigérateur.

Le givre dans le congélateur

Samedi soir, j’allai au Village au Pied du Courant pour assister aux feux d’artifice. J’arrivai là à 20h45, et les feux étaient à 22h, alors j’eus le temps de cogiter un peu. Jusqu’à date, ai-je constaté, j’avais concentré mes efforts vains sur le réfrigérateur, mais je n’avais accordé que peu d’attention au congélateur. C’est là qu’il faudrait peut-être trouver des trous de ventilation et envoyer de l’air comprimé. Oui, on va essayer ça.

Logiquement, il doit y avoir un seul compresseur là-dedans, avec un seul serpentin. Le compresseur doit générer assez de froid pour le congélateur. C’est possible qu’un autre système transporte l’air froid du congélateur vers le réfrigérateur, de façon régulée sinon tout gèlerait dans le réfrigérateur. Ça pourrait arriver, ce problème inverse, ai-je pensé peu avant d’écrire cet article, et ça me plongerait dans la perplexité et l’impuissance la plus totale!

De retour du Village, je voulus tenter ma solution. D’abord, je mis les œufs et la margarine dans mon tiroir à viande. Ce serait plus facile de garder froid un petit compartiment que tout l’intérieur du réfrigérateur. Je mis le fromage dans un sac-glacière avec un ice pack. Ainsi, presque tout était dans un tiroir ou dans un sac, plus facile à garder froid.

Lorsque j’ouvris le congélateur pour vérifier la bouteille de vodka, je constatai avec surprise qu’elle était cassée. Je ne l’ai pourtant pas remplie à ras-bord, mais j’ai soit mis trop d’eau, soit le verre était trop mince pour résister au changement de température. Il y avait plusieurs morceaux dont un petit éclat qui me rentra dans le doigt. J’ai ramassé le plus gros et mis ça dans mon lavabo pour que ça dégèle, avant que je ne puisse tout jeter ça le lendemain. C’était vraiment l’horreur; on aurait dit qu’il restait tout le temps des morceaux de cette bouteille-là dans le congélateur!

Une belle bouteille de vodka gardée en souvenir, sacrifiée pour essayer de sauver quelques trucs dans un réfrigérateur apparemment mourant

Au moment d’essayer avec l’air comprimé, je constatai qu’il y avait une énorme quantité de givre sur la face arrière du congélateur. J’avais constaté la présence de givre depuis le début de la crise, mais là, c’était fou. J’essayai d’en enlever, en frottant avec un chiffon humide, mais c’était sans fin. J’eus un peu plus de succès avec une débarbouillette trempée dans l’eau chaude. C’était horrible à faire, car j’étais à bout de bras, ne sachant pas trop comment retirer le tiroir du congélateur pour pouvoir avoir plus de jeu.

Trous d’aération dans le congélateur, dans lesquels j’essayai de shooter de l’air comprimé en vain.
D’autres orifices, et un panneau arrière qui était plein de givre. Il en reste encore, mais c’est moins pire.

Il faudrait, pensai-je, éteindre tout ça et laisser le congélateur ouvert plusieurs heures pour que tout dégèle, mais je ne pouvais pas faire ainsi sans risquer de faire dégeler tout mon stock, à moins de trouver un autre congélateur où mettre ça temporairement. Alors je dus me contenter de ce que je pus enlever à la débarbouillette d’eau chaude.

La chose faite, en tout jusqu’à ce que je sois vraiment à bout, j’ai refermé le tiroir et rallumé le réfrigérateur, qui semblait faire exactement la même chose qu’avant. Mais le son, pensai-je, est un peu différent, moins suspect.

Ce matin, quand je me suis réveillé, j’ai constaté que le réfrigérateur s’était enfin arrêté! J’ai ouvert ça pour vérifier mes bouteilles. L’eau était froide mais pas gelée. Le lait et le jus aussi étaient plus froids. Tout semblait revenu à la normale! J’ai sorti la bouteille de Sunlight, mise au congélateur avant de me coucher et l’ai remise à côté du lait et du jus, au cas où.

J’ai vérifié avant de déjeuner que le lait était encore correct; ça avait l’air OK, pas de goût bizarre! Après avoir déjeuné, je me suis occupé de ma bouteille cassée. C’était tellement l’horreur que j’ai mis des gants pour en jeter les morceaux. Il restait dans le lavabo un long morceau de glace qui est sorti de la bouteille.

Morceau de glace qui vient de la bouteille cassée.

Une vieille gourde qui est restée avec une odeur permanente à l’intérieur a failli casser elle aussi. Je n’avais pas mis de l’eau à ras-bord et pourtant, la glace formait un rond imprimé par le bouchon de la bouteille. Un peu plus et ça fêlait de partout.

De la glace dans une vieille gourde qui a pris plus d’expansion que je pensais. Ça aurait pu tout craquer comme la bouteille en vitre.

J’étais soulagé, quasiment extatique. Oui, cette crise était passée! Mais je devais garder à l’esprit qu’il faudrait plusieurs jours pour m’assurer que la situation était à la normale. Il demeurait en effet possible que du givre se forme à nouveau et vienne bloquer les orifices. Mais au moins, je disposais d’un moyen de faire tenir tout ça jusqu’à ce que j’aie une solution plus permanente, à savoir une réparation ou un nouveau réfrigérateur.

Ça recommence toujours

Samedi, 13 juillet 2019, ça recommençait encore. Mon réfrigérateur fonctionnait tout le temps, n’arrêtant jamais. J’ai voulu vérifier s’il y avait à nouveau plein de givre comme la semaine passée, mais en essayant de m’étirer le bras pour toucher la paroi arrière, je me suis fait mal à l’épaule. Faudrait vraiment enlever le tiroir du congélateur pour vérifier et nettoyer ça, voire tout éteindre pendant des heures et transférer le stock ailleurs, pour pouvoir arranger ça mieux. Le problème, c’est que je ne connaissais personne près de chez moi où amener ça. Même si je voulais transporter ça chez mon frère, à Longueuil, l’endroit le plus proche de chez moi, il me faudrait me taper 45 minutes de métro et d’autobus pour aboutir là. Et faudrait le refaire pour ramener les choses, la crise terminée! J’ai au moins trouvé le panneau arrière dans l’état où je l’ai laissé le samedi précédent. Il ne s’est pas à nouveau accumulé du givre. Mais j’en ai trouvé un peu sur la face avant en haut de la porte.

En fin de journée, le réfrigérateur s’arrêta complètement de lui-même, me laissant croire que tout était normal, que je m’en étais fait pour rien cette fois. Il a fait chaud et humide ce jour-là, alors peut-être c’était juste ça.

Par contre, vendredi, 19 juillet 2019, cela recommença. J’avais l’impression jeudi soir qu’il n’arrêtait plus, mais j’eus la confirmation vendredi. Les choses étaient toujours froides dans le réfrigérateur, mais il y avait plein de givre dans le congélateur, cette fois surtout sur le panneau avant, mais un peu sur le panneau arrière.

Vendredi après-midi, de retour du gym, tanné d’entendre cette chose fonctionner non stop à vide, sur le point de crier de rage et donner des coups de pied dedans, j’éteignis le disjoncteur pour la énième fois. Tiens, ferme ta boîte! Je finis par ouvrir le tiroir du congélateur et tentai à nouveau de nettoyer le givre. Je laissai le tiroir ouvert pendant quasiment cinq minutes pour que le givre dégèle un peu. Il faut dire qu’il a fait chaud depuis la veille, mais j’avais démarré l’air climatisé depuis près de deux heures quand j’ai nettoyé le givre, alors l’air humide du congélateur s’est fait remplacer par de l’air plus sec.

Ne pouvant me résoudre à laisser ça ainsi et voir tout mon stock dégeler, je rallumai le disjoncteur, remettant en marche le congélateur. Je me remplis des bouteilles d’eau pour être prêt, mais j’étais plutôt peu enthousiaste à refaire une autre danse de bouteilles de glace.

Le réfrigérateur se remit à fonctionner correctement en fin de journée. C’est à mon retour de la soirée d’ouverture des Jardineries que je constatai qu’il s’était éteint. Peut-être cette fois encore, n’y avait-il rien à craindre, mais peut-être aussi, si je n’avais rien fait, il aurait recommencé à faire chaud dans le réfrigérateur.

Samedi matin, 20 juillet 2019, je me résolus à contacter Action Réparation. Peut-être connaissent-ils ce problème, après tout? Peut-être est-ce commun sur toute une gamme de Whirlpool incluant le mien et quelque chose peut être fait pour arranger ça.

La gangrène de la porte

Un technicien est venu chez moi mardi, 23 juillet 2019. Il a examiné mon réfrigérateur, ôté le tiroir du congélateur, démonté une plaque à l’intérieur et accédé aux composantes internes. L’élément de dégivrage fonctionnait encore correctement, de même que le thermostat. Alors la conclusion était que le joint d’étanchéité de la porte n’était plus aussi étanche qu’avant.

Parfois, le tiroir du haut ne se ferme pas complètement. Dans ce temps-là, la porte appuie dessus et il se crée un interstice dans le haut par lequel l’air de l’extérieur entre. Il suffit alors d’un peu d’humidité quand il fait chaud pour créer de la condensation. Le congélateur essaie de compenser en fonctionnant tout le temps, mais le givre s’accumule, car il n’arrive jamais à atteindre sa température cible. On dirait que c’est seulement à l’arrêt complète que l’élément de dégivrage s’enclenche. C’est logique: on ne veut pas faire circuler de l’air chaud produit par l’élément à l’intérieur de tout le congélateur. On veut seulement chauffer légèrement les parois pour enlever le givre.

Un autre problème, plus préoccupant, est une bande de plastique, au bas de la porte du réfrigérateur, qui a commencé à courber. Ce serait dû à l’expansion normale du polyuréthane. La courbure fait en sorte qu’il est plus difficile de fermer la porte de façon étanche. Il faut donc vérifier plus soigneusement. La bonne nouvelle, c’est qu’au moins il n’y a pas eu de pièces à changer.

Après le passage du technicien, le réfrigérateur continua à fonctionner, mais il ne s’arrêta pas avant que je parte pour Chambly; je devais revenir le lendemain seulement. Eh bien le lendemain, quand je suis arrivé chez moi, le réfrigérateur fonctionnait toujours; je n’étais pas certain qu’il se soit arrêté pendant mon absence. J’ai espéré que oui et continué ma journée.

Mais je n’entendis jamais, tout le temps que j’étais chez moi, le réfrigérateur s’éteindre une seule fois. Il fonctionnait correctement, continuant à produire du froid, mais je savais que s’il continuait à fonctionner sans arrêt et le congélateur, à accumuler du givre, ça allait bloquer à nouveau.

Vers minuit, avant de me coucher, n’y tenant plus, j’ouvris le congélateur pour constater qu’il y avait plein de givre dans la porte, encore. Tanné, je laissai le congélateur ouvert le temps de brosser les dents, pour que le givre fonde un peu. Puis je vérifiai la fermeture du tiroir du haut, refermai la porte encore, appuyai fermement pour que le joint se bien engagé, et espérai. J’eus du mal à dormir cette nuit-là, préoccupé par tout ça.

Je dormis un peu, me réveillai vers 4h du matin et entendais encore le réfrigérateur fonctionner. Parano, j’étais quasi certain qu’il n’avait pas arrêté depuis la visite du technicien. Je commençais à être inquiet que quelque chose se soit déréglé quand il a joué dedans.

À bout encore une fois, je me levai, ouvris le congélateur bien grand et fis les cent pas pendant cinq minutes le temps que le givre dégèle un peu. Ensuite, j’enlevai tout ce que je pus, refermai ça et retournai me coucher. Je ne pus trouver le sommeil que lorsque enfin, cette gangrène s’éteignit. Fiou!

Depuis ce temps, le réfrigérateur fonctionna normalement, s’arrêtant et repartant comme avant. Fiou! Je parvins à passer deux jours sans ouvrir le tiroir du congélateur; le réfrigérateur demeura stable. Je dus l’ouvrir vendredi, 26 juillet 2019, et pris soin de vérifier le joint quand je le refermai. Il y avait un peu de givre, encore, mais moins, beaucoup moins, que mercredi.

Il faudra des jours de surveillance avant de conclure que j’ai un véritable plan de traitement. Il demeurait possible que ça ne suffise pas, possible que la courbure de la bande de plastique change avec la dilatation thermique. Bien entendu, un nouveau problème pouvait s’ajouter, rendant la machine totalement inopérante.

Je me souviens avec appréhension du cas de ma hotte/micro-ondes. Au début, c’était la lumière qui ne s’éteignait plus. Une semaine plus tard, plus rien! La même chose pourrait-elle se passer avec mon réfrigérateur? Une voix intérieur diabolique me chuchote que oui.

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Sanctuaire au Pied-du-Courant

L’été passé, j’avais tenté d’atteindre le Village au Pied-du-Courant pour assister à un événement de nourriture asiatique et de musique. J’avais été bien déçu, car après plus d’une demi-heure de tentatives pour trouver un accès depuis la station de métro Papineau, eh bien je n’ai pas pu entrer: quatre heures d’attente pour pouvoir passer! Je n’y suis pas retourné depuis, mais je ne pouvais laisser cet ennemi non vaincu.

Dimanche, 1er juillet 2018, il n’y avait pas grand-chose dans mon coin pour fêter le Canada. J’aurais certes pu aller faire un tour dans le Vieux-Port, mais ça ne me disait pas. Il faisait bien chaud, ce jour-là, j’ai bien failli rester à l’intérieur à l’air climatisé, mais je trouvais ça sacrilège ne pas profiter du beau temps un tant soit peu.

Il y avait au Village un événement: Music is my Sanctuary. C’est le temps, me dis-je, de tenter une seconde fois d’y aller. Mais encore une fois, l’idée n’était pas de me rendre là à tout prix mais plutôt trouver un accès fiable depuis le métro, pour pouvoir y retourner quelques fois durant l’été, notamment pour y admirer les feux d’artifice. Mais j’étais pas mal certain que le chemin trouvé l’année passée était le bon, j’allais l’avoir cette fois.

Alors je suis parti sans bouteille d’eau. Je me suis rendu à la station Papineau, en métro, tout allait bien. Je suis descendu et je suis sorti là où c’était indiqué Sainte-Catherine. J’aperçus l’épicerie  Métro Plus, tout était beau. Longer le Métro Plus à droite, pour rester sur Sainte-Catherine, comme l’année passée, était la première étape. J’avais relu mon article de l’année passée avant de partir pour me rafraîchir la mémoire. J’étais bien content d’avoir écrit tout ça, pour ne pas tourner en rond autant.

Il y eut un trottoir bloqué à contourner, puis j’arrivai sous le pont, et enfin sur Delaurinier. J’ai marché longeant le pont, jusqu’à atteindre René-Lévesque. Ok, ça tient la route, maintenant je n’ai qu’à marcher sur René-Lévesque, dos au pont, et un moment donné je vais atteindre Fullum et puis tourner.

Eh bien, avant de pouvoir atteindre mon but, je me heurtai à un nouvel obstacle: un ruban jaune, ils avaient bloqué le trottoir, pour des travaux encore, pensai-je. Quelqu’un m’offrit de l’aide, me conseillant de passer par la piste cyclable, à côté, ce que je fis. J’aboutis de l’autre côté du ruban jaune, retournai sur le trottoir et constatai que j’avais dépassé mon point où je pouvais traverser René-Lévesque et Notre-Dame. Je marchai plus loin, mais je ne trouvai aucune autre intersection avec lignes de piétons. Agacé, je voyais le même scénario que l’année passée se reproduire.

Je tentai de consulter Google Maps, qui me ramena à mon point de départ, bloqué par les rubans jaunes. Je constatai que René-Lévesque et Notre-Dame se rejoignaient, pour ne devenir que Notre-Dame. Je suis resté coincé l’année passée à ce croisement, sans pouvoir traverser de l’autre côté. Alors, il existe peut-être un endroit où je pourrais traverser René-Lévesque puis Notre-Dame, et puis rendu l’autre côté, marcher dos au pont.

Heureux d’avoir trouvé une solution, mais conscient que c’était peut-être mon dernier espoir de me rendre là sans demander de l’aide à chaque fois, voire dépendre de quelqu’un qui a une voiture pour me mener directement en face, je retournai sur mes pas, emprunta la piste cyclable à nouveau et puis traversai René-Lévesques au niveau de Partenais tandis que je pouvais. Je commençais à envisager, si je ne trouvais pas, envoyer un message sur la page Facebook du Village, si jamais quelqu’un avait une idée de génie pour m’aider. Quand je suis repassé proche du ruban jaune, j’ai cru entendre qu’il y avait eu là un accident; c’est pour ça qu’ils ont bloqué la route. Je continuai ensuite à marcher vers le pont, finis par aboutir sur Delaurinier, au point où j’ai été bloqué l’année passée. Mais cette fois, plutôt qu’aller sur René-Lévesque, je continuai sur Delaurinier, passai devant un bâtiment, crus que ça n’aboutirait pas, puis arrivai à une nouvelle intersection.

Le feu de circulation demeura obstinément rouge, jusqu’à ce que je découvre qu’il y avait un bouton. J’appuyai dessus, attendis, finis par pouvoir passer, puis dus répétai le même manège pour travers la prochaine rue et enfin aboutir sur Notre-Dame, proche du bord de l’eau. Cool, pensai-je, je suis rendu plus loin.

À force de marcher dos au pont, j’aboutis à une zone clôturée. Il me fallut un temps fou pour trouver l’entrée, et je faillis ne pas y arriver. Mais je l’ai eu, c’était à l’autre bout de la zone clôturée.

Quand je suis arrivé là, j’avais tellement chaud, tellement soif, que je n’étais même pas content de mon coup. Je trouvais que tous ces efforts n’avaient pas vraiment valu la peine. Je tentai de trouver le bar pour me commander de quoi à boire, finis par localiser la Cantine, puis un endroit où c’était écrit Pétanque et Basketball. C’était là en fait le bar, mais ce n’était pas écrit, ou du moins je ne le trouvai pas. Mais il y avait un autre bar, pas loin du bord de l’eau. J’ai pris une bière là, me suis trouvé un endroit où m’asseoir et me suis reposé un peu.

Il y a là une petite passerelle de bois qui parcourt le village de long en large. D’un côté, il y a du sable avec des bancs où on peut s’asseoir et des tables à pique-nique. Il y a quelques petites cabanes où des groupes s’installent pour discuter. J’ai trouvé de l’autre côté de la passerelle de bois des zones asphaltées, d’autres tables, je crois avoir aperçu des hamacs aussi.

La musique, c’était bien mais un peu répétitif. Il y avait un espace où les gens peuvent danser, mais personne ne dansait, il faisait trop chaud. Il n’y avait pas beaucoup de monde en fait. C’est seulement en soirée que ça s’est peuplé un peu. Ça demeure malgré tout un bel espace pour relaxer.

En soirée, j’ai rencontré des gens qui m’ont invité à venir m’asseoir à leur table. Nous avons pris quelques bières ensemble et sommes restés jusqu’à 23h, fin de l’événement Music is my Sanctuary. Puis nous sommes ressortis. Eux allaient se prendre une autre bière dans un bar, tandis que je souhaitais rentrer chez moi pour être en forme le lendemain, pour la fête de ma nièce chez ma sœur.

Pour le retour, j’ai fait une partie du chemin avec mes compagnons d’aventure. Nous nous sommes laissés après que nous ayons traversé Notre-Dame et René-Lévesque, peut-être au niveau de Fullum. Pour retourner au métro, rendu là, il m’a suffi de marcher sur cette rue, jusqu’à atteindre Sainte-Catherine et tourner à gauche.

Alors, j’ai atteint mon objectif. Je me suis rendu là-bas, j’ai exploré un peu, et puis j’en suis revenu, et je crois que je pourrai le refaire quand viendra le temps d’y retourner pour un autre événement ou les feux d’artifice.

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Péripétie

La toilette qui lâche, morceau par morceau

Une réparation de pauvre

Vendredi, 1er juin 2018, de retour d’une belle soirée dansante organisée dans le cadre du Branle-bas d’Hochelaga, je suis allé aux toilettes pour constater qu’actionner la chasse n’avait plus aucun effet. La clenche bougeait librement, mais rien ne se passait. Ah non, pas encore une autre cochonnerie qui va me faire rager pendant des jours et des jours et des jours, comme le robinet dans ma cuisine! Eh oui! Comme il était passé 23h30, je ne tentai même pas de savoir pourquoi ça bloquait ainsi. Je laissai ça là et allai me coucher. Heureusement, c’était juste une petite envie, alors pas trop grave de ne pas pouvoir tirer la chasse.

Le lendemain matin, par contre, j’ai eu une grosse envie et la toilette ne s’est pas arrangée comme par magie. Pour me débarrasser du contenu de la cuve, je dus remplir un sceau d’eau et le verser dedans. C’est tout ce que je pouvais faire à ce moment-là. Je savais que si j’essayais d’arranger ça, je pourrais y passer l’avant-midi, comme avec mon robinet, à essayer de trouver comment démonter la pièce brisée, aller voir chez Rona, puis chez Desmarteaux, puis peut-être encore ailleurs, pour trouver une autre pièce, rager à la poser, etc. Je voulais aller au gym ce jour-là, alors j’y allai. Je voulus aussi explorer un peu la vente trottoir sur la rue Ontario, et puis il y avait un spectacle de cirque dans lequel quelqu’un que je connaissais un peu jouait.

Lorsque tout ça fut terminé, je revins chez moi et soulevai enfin le couvercle de la toilette. J’y trouvai un réservoir plein d’eau, comme sur la figure suivante.

Couvercle de la toilette ouvert

J’actionnai la clenche et observai ce qu’elle faisait bouger. Une tige de métal pivota. Au bout de cette tige, il y avait un fil de caoutchouc, un bout de fil. Je trouvai l’autre bout dans le fond du réservoir, attaché à un clapet. Soulever le bout de caoutchouc dans le réservoir ouvrit le clapet et fit couler de l’eau dans la cuve. Ok, c’est ça qui est cassé.

Pour éviter d’avoir tout le temps les mains dans l’eau et réduire les chance de perdre de quoi, j’ai éteint la valve d’entrée d’eau et tiré le fil de caoutchouc jusqu’à ce que le réservoir se vide. Ce n’était pas totalement indispensable, mais ça me donna l’occasion de tester la valve, quelque chose que je voulais faire depuis un bout. Après avoir eu à traiter avec des valves qui fuient, je suis devenu paranoïaque.

Je songeai à la possibilité de réparer le fil de caoutchouc en faisant un nœud dedans, mais cela l’aurait rétréci de sorte que le clapet aurait été levé en permanence. Ce n’est pas ça que je voulais! Puis je me dis que tout ce qu’il fallait là, c’est une corde, et le moins de bouts raccordés possibles. Alors je sortis une paire de ciseaux et coupai le fil de caoutchouc à l’extrémité entrant dans un anneau au niveau du clapet. Cela me permit d’enlever le bout complètement. J’enlevai aussi le bout de caoutchouc encore sur la tige de métal. Les images suivantes montrent les bouts de fil.

Bout de caoutchouc attaché à la soupape

Bout de caoutchouc attaché à la tige de métal

Puis, je passai le bout d’un vieux lacet de soulier encore intact dans l’anneau de caoutchouc, nouai ça solidement, puis tirai le lacet dans l’encoche de la tige de métal, jusqu’à ce que ce soit bien tendu mais pas trop. Je coupai le lacet trop long et nouai l’extrémité dans la tige le plus solidement que je pus.

La chose faite, un peu sceptique mais quand même aussi confiant que ça pouvait fonctionner, j’ai rouvert la valve, laissé le réservoir se remplir d’eau et puis j’ai actionné la chasse. Et voilà, la toilette était réparée!

Je savais par contre que ça pouvait ne pas durer. Le lacet va peut-être casser dans l’eau. Il faudra un jour le remplacer par une corde qui peut aller dans l’eau, ça existe, ils en ont besoin pour les bateaux non? Ou bien je pourrais y aller avec une chaîne, au pire fixée aux deux bouts par des anneaux de porte-clés. En plus, arranger ça prit environ quinze minutes, si bien que j’eus tout mon après-midi après pour profiter du beau temps.

La vraie chaîne, plus compliquée à installer

Mercredi, 6 juin 2018, quand je suis allé chez mes parents, j’ai su que mon père avait trouvé une vraie chaînette pour ma toilette. J’ai tenté de remplacer mon lacet par cela et ça s’est relativement bien passé. La chaînette se fixe à la tige par un crochet et au clapet par un anneau ouvert. Les extrémités de la tige courbée en portion de cercle sont droites, ce qui lui permet de tenir en place si la chaînette est suffisamment tendue. La chaînette était trop longue si bien que j’ai attaché l’extrémité au crochet qui la tenait après la tige de la toilette.

La vraie chaînette en place

Ça avait l’air de tenir, mais il fallait tenir la clenche plusieurs secondes pour que la toilette fonctionne. Dimanche, 10 juin 2018, j’ai tenté d’améliorer ça en tendant plus la chaîne. Je ne suis pas certain que ça ait vraiment aidé. En plus, juste avant que je ne parte pour la messe, quand j’ai tiré la chasse, la toilette n’arrêtait plus de couler. Ah non, ne me dis pas que cette fois, ça va être le flotteur qui est bloqué! Avant de pouvoir le savoir, j’ai fermé la valve et suis parti; je n’avais pas le temps de jouer après ça.

De retour chez moi, j’ai constaté que le réservoir s’était vidé, ce qui était vraiment, très franchement, une bonne chose. Si le réservoir était resté plein, ça aurait voulu dire que c’était le flotteur qui actionne la valve bloquant l’arrivée d’eau quand le réservoir est plein, et ça aurait coulé partout avant que je ne trouve par je ne sais pas encore quel miracle comment arranger ça! C’était heureusement plus simple que ça: le bout trop long de la chaînette s’est décroché, cette fois, et est allé obstruer le clapet, l’empêchant de fermer complètement. J’ai entré le bout dans le crochet à nouveau, cette fois-ci j’ai poussé jusqu’à l’y faire clencher complètement, et puis après ça avait l’air correct.

L’agonie de la vieille valve

Il reste encore un dernier souci. La toilette fait des bruits bizarres quand elle a fini de se remplir, comme si la valve qui bloque l’arrivée d’eau avait du mal à se fermer complètement; elle oscille un peu avant de fermer. Pour le moment, je ne pourrais pas dire si ça va empirer au point de le faire tout le temps (et couler partout), ni comment je vais m’y prendre pour arranger ça si ça en vient là! Les boutons qui suivent permettent d’entendre ces sons suspects.

6 juin 2018: c’est la séquence de sons la plus courante, durée variable, parfois jusqu’à trente secondes.

12 juillet 2018: parfois la toilette émet une vibration au lieu d’un son percussif, un genre de sifflement.

12 juillet 2018: parfois c’est une combinaison des deux! Le son percussif, qui on dirait se répercute dans les murs et est audible depuis ma chambre, se dispute le sifflement. À noter que le sifflement ou le bruit d’écoulement d’eau persistent pendant plusieurs secondes après le remplissage du réservoir. Peut-être je suis rendu fou, mais on dirait que c’est de plus en plus long.

13 juillet 2018: que se passe-t-il si on actionne à nouveau la chasse pendant que la valve peine à se refermer et semble que cette fois, va rester ouverte et laisser s’écouler de l’eau jusqu’à ce que je devienne fou? Eh bien parfois, ça se met à faire encore plus de bruit. On dirait que la toilette est en train de brasser de quoi ou quelque chose tape dans les murs, à se demander si les voisins entendent et se demandent « WTF! C’est QUOI ça? »

21 juillet 2018: C’est rendu que la valve oscille tout le long du cycle de remplissage, et parfois ça produit des sons semblables à ceux d’une pompe à bicycle! Jusqu’où cela va-t-il aller? Je ne sais qu’une chose: ça ne va pas exploser!

C’était intermittent avant le bris de la corde en caoutchouc d’origine. Ça le fait tout le temps depuis que j’ai mis le lacet, et ça me rend fou, surtout la nuit quand je vais aux toilettes. Mais ça n’a aucun lien logique avec ça. Je me demande régulièrement si les voisins d’en bas ou d’à côté entendent le bruit et se posent d’inquiétantes questions sur son origine.

Dimanche, 17 juin 2018, je me suis décidé à aller plus loin dans mes investigations. L’origine des bruits suspects est un dispositif sur lequel est écrit Anti-Siphon. C’est un truc en plastique fermé avec ce qui me semble des trous d’aération. Il sort de ça un petit tuyau qui sert à faire entrer l’eau dans le réservoir. Le dispositif est pourvu d’un tube qui s’enfonce dans le réservoir, apparemment jusqu’au bas de ce dernier. Le tuyau d’entrée d’eau doit se connecter à ça. J’ai tenté de trouver un moyen de l’ouvrir, peut-être y a-t-il un joint d’étanchéité que je pourrais nettoyer ou remplacer dedans, mais je n’ai pas réussi. Je sais trop bien que si j’essaie trop, je vais finir par casser de quoi et je serai en plus mauvaise posture encore, après.

Quelques recherches plus tard, je savais que c’était la valve de remplissage. Ça semble possible de la remplacer quand elle ne fonctionne plus bien. Il y en a spécifiques au modèle de toilette et des universelles. Il faudrait idéalement que je réussisse à démonter ça et l’amener au magasin de plomberie comme j’ai fait avec mon robinet.

J’ai parlé de la chose à mon père le soir même. Il m’a confirmé que cette valve peut se remplacer et affirmé que le réservoir ne peut pas déborder, car il y a un tuyau d’évacuation du trop-plein. Si la valve ne ferme plus complètement, la toilette va gaspiller de l’eau, mais le surplus va aller dans la cuve. Rendu là, il suffira de fermer la valve d’entrée le temps de trouver la pièce de rechange et… le courage de la poser!

Mais Dieu me donna plusieurs semaines pour penser à ça et m’y préparer mentalement. Rendu le 3 juillet 2018, la valve tenait toujours mais oscillait, et j’avais une relativement bonne idée de comment j’allais faire pour la remplacer, quand le moment viendrait.

Vaine tentative

Rendu en fin juillet, c’était plutôt agaçant, limite intolérable. La crainte que les voisins n’entendent les bruits de cette toilette défectueuse dans leur unité me hantait chaque fois que je tirais la chasse. Il devenait possible, jour après jour, que la toilette ne se remplisse plus du tout, ou qu’elle fonctionne sans arrêt jusqu’à la fermeture de la valve. Mais ma mauvaise expérience avec le remplacement de mon robinet de cuisine me dissuadait de tenter quoi que ce soit; ça risquait d’encore partir en baloune. Quand ma mère me rendit visite chez moi en fin juillet, elle se rendit bien compte que les choses avaient empiré et demanda à mon père de commencer à regarder pour trouver une nouvelle valve.

Mais dimanche, 22 juillet, toujours en possession de l’énergie rassemblée la veille lors d’un superbe événement aux Jardineries, je sentis que je pouvais tenter ma chance à nettoyer cette vieille valve. Pour ce faire, il m’a fallu couper l’arrivée d’eau et tirer la chasse jusqu’à ce que l’eau du réservoir ait fini de couler dans la cuve. Mais il restait encore de l’eau, qui allait tomber par terre (ou dans un seau) si j’enlevais la valve trop vite. Alors j’ai enlevé un peu d’eau avec un plat de margarine.

Quand je crus en avoir enlevé assez, j’ai ôté la vis qui unissait le tuyau flexible à la valve. Il s’écoula un peu d’eau. La valve protesta un peu lorsqu’elle se vida, telle une âme criant son agonie, et puis se tut. Lorsque l’eau cessa de couler de la valve, j’ai dévissé l’anneau la retenant en place. Là, beaucoup d’eau a commencé à couler, de quoi remplir mon plat de crème glacée mis en-dessous. Le seau que j’avais, il était trop gros pour entrer là-dessous. J’ai dû remettre la valve en place, vider le plat et puis refaire un essai, qui fut le bon; l’eau cessa de couler un moment donné. L’anneau de rétention dévissé et le réservoir suffisamment vide, je pus retirer la valve, et la séparer du tube de remplissage dans lequel l’eau s’écoule.

L’image suivante montre la valve retirée. L’eau entre par la colonne et ressort par la partie blanche, dans un petit tuyau qui l’achemine vers le tube de remplissage. C’est dans cette partie blanche que se trouve probablement le mécanisme de régulation qui cesse de laisser passer l’eau.

Pour tenter de nettoyer cette valve rebelle, j’ai essayé d’introduire du savon à vaisselle dans son orifice d’entrée que l’on voit sur l’image suivante.

Ensuite, j’ai tenté de faire passer de l’eau tiède en utilisant le pommeau de mon robinet de cuisine. Je dus mettre le débit plutôt faible, sinon ça revolait partout. Idéalement, il m’aurait fallu un adaptateur pour pouvoir établir un raccord étanche et faire circuler beaucoup d’eau. Ma première idée, que j’avais eue la veille au soir, en fait, était d’utiliser la pompe d’une vieille fontaine cassée pour faire circuler de l’eau savonneuse là-dedans en continu pendant un bout de temps, mais sans raccord étanche, ça n’avait aucune chance de faire autre chose que tout arroser mon comptoir et mes vêtements, sans compter me faire choquer et jurer pour rien! Mais avouons que ça aurait fait une belle vidéo de voir ce système en marche, entendre la valve protester puis un moment donné, oui un moment donné, retomber correcte. J’envisageais prononcer un exorcisme durant ma tentative, ça aurait été superbe comme vidéo. Mais non, pas réaliste du tout.

Après ça, j’ai essayé avec du CLR cuisine et salle de bain, j’ai fait circuler de l’eau là-dedans pour bien rincer ça, car je ne voulais pas me retrouver avec de la mousse dans mon réservoir et dans ma cuve.

La tentative terminée, j’ai réinséré la valve là où elle allait. L’image suivante montre le bout ressortant du réservoir.

Comme le montre l’image suivante, j’ai remis en place l’anneau de fixation et le tuyau d’entrée d’eau.

Puis j’ai rallumé l’eau, craintif que ça se mette à couler partout autour du raccord. Il n’en fut rien. C’est la bonne nouvelle; la mauvaise, c’est que ça n’a rien donné tout ça.

La nouvelle valve

En vain tout ça? Pas tout à fait! Rendu là, j’avais une bonne idée de comment remplacer la valve! Ça a fini que je me la suis procurée sur Amazon, pour avoir le même modèle. Comme ça, j’évitais des problèmes de branchements. Parfois, il faut un adaptateur différent pour raccorder la valve au tuyau existant, voire même remplacer le tuyau, peut-être pas souvent, peut-être jamais, mais de telles incompatibilités me semblent parfaitement possibles. Depuis que mon père a eu du mal à installer mon nouveau lave-vaisselle, obligé de revenir le lendemain avec un adaptateur pour effectuer le raccord d’entrée d’eau, je suis méfiant, paranoïaque.

Mes parents ont regardé dans des quincailleries pour la valve, en ont trouvé, de modèles différents, supposément universelles, mais mon père était méfiant. On préférant y aller avec cette même Korky 528. J’ai songé aller voir chez J.A. Desmarteaux, mais le magasin, cette fois, était fermé pour l’été! Pas de chance! J’anticipais trouver chez Rona la même chose que chez BMR où mes parents sont allés, alors allons-y pour Amazon, me résignai-je.

La nouvelle valve, que j’ai eue samedi le 28 juillet, m’a réservé quelques petites surprises. D’abord, il n’y avait aucun tuyau sortant de la partie blanche. Le tube était séparé; il fallait le raccorder sur la valve, et à l’autre bout, raccorder le support métallique permettant de le fixer au tube de remplissage. Il fallait forcer un peu pour faire entrer le tube dans le trou. Et le tube fourni avec la nouvelle valve était trop long. Pas de problème, ai-je fini par me rendre compte, je n’avais qu’à prendre l’ancien! Pas besoin de m’escrimer avec des ciseaux, des pinces, un couteau, aller me chercher un scie, me couper un doigt et tout, pour raccourcir le nouveau tube! Parfois, il vaut mieux faire simple que se casser le bicycle pour rien! L’image suivante montre le nouveau tube trop long.

Après ça, il m’a fallu ajuster la hauteur de la nouvelle valve. Pas de problème: la même hauteur que la vieille. La hauteur est verrouillée en faisant pivoter la valve dans le sens horaire. Mais quand j’ai fait couler l’eau là-dedans, la valve s’est décalée d’un cran si bien qu’elle était plus haute que la vieille. Préoccupé par ça, j’ai dû la retirer pour pouvoir la réajuster, et cette fois, je me suis assuré qu’il y avait le même nombre d’encoches visibles sur le tube ajustable, comme le montre l’image suivante.

Après ça, j’ai pu remettre la valve en place, la raccorder à l’eau et la tester, avec succès! Le raccordement avec le tube de remplissage avait l’air de tenir bon aussi. Ça fonctionnait beaucoup mieux qu’avec l’ancienne! Le seul bémol, c’est qu’à la fin du remplissage, la valve émet un petit bruit d’air, comme le montre l’échantillon suivant.

Je ne sais pas encore si c’est normal, ni s’il y a de quoi à faire pour y remédier si tel n’est pas le cas.  Mais au moins, c’est mieux qu’avant.

Et après?

J’ai lu qu’il était possible, parfois, qu’on ait à remplacer le clapet. J’espère que ça n’arrivera pas. Une amie de ma mère a eu un autre malheur: le réservoir de sa toilette a craqué. Alors, oui, c’est possible que cette toilette se brise, morceau après morceau, me forçant ultimement à la remplacer, comme c’est arrivé avec mon robinet de cuisine. Seul l’avenir dira si ça en arrivera là ou pas.