Un véritable cas lourd

Jacques, épuisé, se prit la tête entre les deux mains. Ce nouveau patient, Robert, ne cesserait décidément jamais de crier. Cela faisait trois heures qu’il hurlait à pleins poumons, sans arrêt, enfermé dans une chambre. On l’avait attaché à son lit trois jours plus tôt, car il se levait et, toujours sans cesser de crier, se tapait la tête sur les murs ou la porte, jusqu’à la commotion cérébrale et l’évanouissement! On lui avait déjà injecté beaucoup plus de sédatifs que le seuil de tolérance de son organisme si bien qu’il fallait à présent attendre au moins trois heures entre les injections. Jacques savait trop bien que trop augmenter la dose ou la fréquence risquait de causer des séquelles chez son patient, ce qui rendrait le traitement encore plus difficile. Mais là, ces cris, il fallait que cela cesse, c’était Jacques qui allait finir fou! Le psychiatre se résolut alors à retourner voir son patient, une fois de plus. Il décrocha le téléphone afin d’appeler une infirmière et un agent de sécurité. Robert pouvait à tout moment rompre ses liens et il y avait une possibilité qu’il saute à la gorge de Jacques. Il fallait prendre toutes les précautions raisonnables. Il aurait mieux valu l’enchaîner, voire le menotter, mais l’établissement dans lequel il travaillait n’employait que des courroies de cuir, Jacques ne savait trop pourquoi. C’était dû en partie à des coupures de budget, en partie pour un traitement plus humain des patients.

Lorsque ses deux collègues arrivèrent, Jacques se leva de son bureau, parcourut les quelques mètres qui le séparaient du couloir où il y avait les chambres (et les cris), présenta sa carte magnétique au lecteur à côté de la porte et la poussa. Les cris cessèrent immédiatement.

Robert tourna la tête vers Jacques, une lueur d’espoir dans le regard. On aurait pu croire qu’il allait se calmer, qu’il allait enfin coopérer, mais non, non, non, encore il redemanda ceci, pour la énième fois, Jacques avait cessé de compter.

  • Est-ce que vous allez me laisser partir?
  • Tu sais déjà la réponse, répéta Jacques.
  • D’abord est-ce que vous allez me tuer? répéta encore Robert.
  • Ben non, voyons! répéta encore Jacques.

Au début, Jacques avait été bien choqué de ce dialogue. Le tuer, voyons donc, pourquoi allait-il tuer un patient? Mais dans l’esprit de Robert, ça semblait limpide, il n’y avait que ces deux alternatives. La consternation avait vite laissé place à l’agacement, chez Jacques, étant donné que ce même manège se répétait depuis presque déjà cinq jours.

Agacé, Jacques dut se taper à nouveau le délire de Robert, qu’il répétait mot pour mot à chaque fois que Jacques entrait dans la salle.

  • Alors je vais continuer à crier pour vous faire chier pis vous écœurer, recommença Robert. Tant que je serai ici, je vais me considérer comme un prisonnier de guerre. Prisonnier sous la torture. Vous aurez aucune information susceptible de trahir mon pays! Je vais me battre sans relâche, jusqu’à la mort ou l’amnistie. Les policiers qui m’ont amené ici peuvent en témoigner.
  • Oui oui, on s’en souvient bien.

Jacques se rappelait trop bien de l’arrivée de Robert à l’hôpital. Escorté par huit policiers, dont deux qui saignaient du nez, un qui avait un œil au beurre noir et un qui semblait avoir du mal à respirer (on l’a transféré ailleurs et Jacques a su qu’il avait deux côtes cassées), Robert criait, jappait et gesticulait comme un démon. Ça a fini qu’un des policiers a dû lui abattre sa matraque sur le crâne pour le calmer, et ça a passé proche lui fendre le crâne.

Au début, Robert criait son délire à pleins poumons et finissait par s’étouffer à force de hurler. Il parlait à toute vitesse, finissait par s’emmêler dans ses mots et ça le choquait tant qu’il finissait par crier et japper comme un chien, puis cracher partout. Depuis deux jours, il répétait son délire calmement, d’un ton neutre, comme s’il avait perdu tout espoir. C’était devenu comme un robot. Suivant sa « programmation », il cracha au visage de Jacques, encore.

  • Tiens! C’est tout ce que vous allez avoir de moi! Asteur laissez-moi partir, tuez-moi ou laissez-moi continuer mon combat.
  • Tu vas te battre contre quoi? demanda Jacques, sachant déjà la réponse.
  • Je vais gosser pour me détacher, finir par réussir pis quand ce sera fait, je vais fesser dans la porte jusqu’à ce que ça pète ou que j’en meure.
  • Bon! Mais pour l’instant, Robert, décréta Jacques une fois de plus, tu vas pas te battre, tu vas dormir. Jeanne, la même dose que la dernière fois. Ah non, le double, se ravisa Jacques.
  • T’es sûr? demanda Jeanne, inquiète. Ça pourrait lui donner un méchant gros mal de tête.
  • Oui, ça va je sais. Ça va le faire réfléchir un peu peut-être.
  • Ça va confirmer ma perception des choses, déclara Robert d’une fois éteinte. La torture, vous êtes en train de me torturer.

Et Robert se remit à crier, crier, crier. Il fallut que l’agent de sécurité lui maintienne le bras immobile tandis que Jeanne le piquait, et il parvint à mordre l’infirmière au visage. Quelques secondes après, les yeux de Robert cessèrent de briller comme les feux de l’enfer. Son regard devint vide et éteint, et puis il sombra, une fois de plus, une fois de trop. Jeanne, inquiète, alla se faire tester pour la rage, mais ce fut négatif!

Suite à cette nouvelle et pénible intervention, Jacques repensa au conseil d’Aline, la sœur de Robert. La jeune femme lui avait suggéré, lors de la dernière visite faite à son frère éprouvé, d’amener un chat à Robert et lui laisser lui faire ce que bon lui semblerait. Jacques n’aimait pas beaucoup l’idée, s’attendant à ce que le pauvre animal se fasse carrément massacrer, voire tuer, par ce fou furieux, avec aucun autre résultat que des cris de mort additionnels accompagnés de miaulements désespérés.

Pourquoi un chat? Eh bien, Robert a commencé depuis quelques mois à produire des miaulements avec sa bouche, pour rien, genre de tic nerveux. Il a pris conscience de cette mauvaise habitude et d’après ses parents, essayait de la contrôler, mais c’est devenu incontrôlable malgré tout et il a fini par avoir un avis disciplinaire au travail après avoir miaulé devant des clients! Tout ceci peut sembler très drôle aux yeux de profanes, mais Jacques est habitué à ce genre de cas et n’en rit plus. Jacques a bien averti la famille de Robert que les tics nerveux de miaulements n’avaient peut-être rien à voir avec les chats. Parfois, les personnes atteintes du syndrome de la Tourette produisent des bruits de bouche récurrents qui n’ont aucun rapport avec quoi que ce soit.

Mais là, Jacques se dit que ça vaudrait la peine d’essayer le chat, parce que parti comme c’était, il allait finir par rendre Robert légume en le bourrant de sédatifs. Alors on alla chercher un chat, un beau petit noir avec des taches blanches. On l’amena dans la chambre de Robert, on le détacha et on le laissa le flatter. Au début, méfiant, Robert flatta le chat doucement. Pensant qu’il allait se calmer, Jacques, Jeanne et deux agents de sécurité décidèrent de le laisser avec le chat. Sitôt qu’ils eurent fermé la porte, Robert se mit à brasser l’animal, d’abord doucement, puis de plus en plus énergiquement. Il secoua le chat, lui frotta le entre, le pressa contre son visage, lui donna de petits coups de poing et coups de pied. Le résultat ne se fit pas attendre: MIAAAAUUUUUUUUUUU!!!!!! Et quand le chat miaulait trop, Robert l’étranglait, serrant très fort, jusqu’à ce que le chat se débatte! Un moment donné, Robert tenait le chat par le cou d’une main et lui balançait des petits coups de poing de l’autre. Tous ceux qui observèrent la scène grâce à la caméra dans la chambre furent persuadés qu’il allait le tuer, mais tel ne fut pas le cas! Robert éclata de rire, un rire sadique à faire peur, mais il riait au moins, c’était déjà ça. Le chat, lui, ne trippa pas du tout. Il a fini par réussir à se déprendre de la prise de Robert et aller se recroqueviller dans le coin de la pièce, en petite boule les oreilles basses et le dos rond. On avait sanglé Robert à la taille de sorte qu’il ne puisse pas se lever pour aller fesser dans la porte ou se taper la tête sur le mur. Mais il ne tenta pas de se libérer. Il resta là, couché sur le dos, grand sourire aux lèvres, se frottant les mains de satisfaction et éternuant comme un bon. Ses vêtements et son lit étaient plein de poils! Il y avait des touffes de poils par terre aussi. Il semblait revivre en lui la scène avec le chat, encore et encore, et en éprouver un plaisir sadique! Jacques trouvait ça vraiment dégueulasse, mais il se rendit compte qu’il valait mieux ça que les cris.

On alla récupérer le chat et Jeanne tenta de lui donner beaucoup beaucoup d’amour! Pauvre petit minou! Le « traitement » fit effet pendant six heures, toute une éternité pendant laquelle Robert oublia qu’il était prisonnier de guerre, ne se rappela plus qu’il devait se battre et crier. Mais cela refit surface et les cris reprirent, presque comme s’il ne s’était rien passé. Eh bien, on lui ramena le chat, il le tortura une deuxième fois et Jacques bénéficia d’une deuxième période de six heures de paix.

Ce jeu dura une semaine après quoi le chat tremblait et grognait tout le temps. Il fallut le faire euthanasier, il était devenu fou dangereux. Robert s’est fait mordre dans la face et a eu besoin de points de suture. Il n’a pas cessé de rire de toute l’intervention, c’était choquant, affreux! Aline, quand elle a su ça, a trouvé ça bien drôle, au grand désarroi de Jacques. Il a une vraie famille de fous, celui-là, faudrait tous qu’ils se fassent examiner! Aline a suggéré, en blague plus qu’autre chose, qu’on essaie de lui présenter deux chats en alternance; cela donnerait plus de temps à l’autre chat de se remettre de ses tourments.

Eh bien, c’est ça qu’on a fini par faire! Deux semaines plus tard, les deux nouveaux chats étaient rendus fous et il fallut les faire euthanasier. Jean-Marc, le frère de Robert, suggéra qu’on fasse empailler ces trois chats pour les donner à Robert qui jouerait avec comme des toutous, mais personne n’aimait l’idée.

Alors on a essayé avec trois chats: même résultat. Quatre chats? Ils devinrent tous fous, un finit même par faire une crise de cœur pendant la séance de tor…. de thérapie.  Il fallut un grand total de sept chats, sept pauvres minous adultes, qui devaient se faire maltraiter un à la suite des autres aux six heures. Ce fut la seule façon de stabiliser Robert pendant les trois mois qui furent nécessaires pour le ramener à la raison.

Rendu là, Robert accepta de se faire aider et devint plus coopératif. Il cessa enfin de se battre. On lui laissa garder un des sept chats qu’il cessa de maltraiter pour le flatter doucement, mais il s’amusait parfois à le faire chialer, quoique pas autant que pendant sa phase de délire. Les six autres chats furent confiés à des familles et s’en remirent, fort heureusement, oubliant tous ces tourments aussi ridicules qu’inutiles.

Les tourments de l’Alma Mater

Jeudi dernier, 27 octobre 2016, j’avais une soirée de diplômes à l’Université de Montréal. Pour le 50e anniversaire du Département d’Informatique et de Recherche Opérationnelle, il y avait là un buffet chaud, des visites des laboratoires, l’assemblée générale des diplômés et une conférence donnée par Samy Bengio sur les réseaux de neurones. Cela m’intéressait d’y aller, mais pas sûr que j’aurais dit oui si j’avais su…

Alors, je suis parti de chez moi après une journée de travail qui s’est sommes toutes bien passée. Il était un peu trop tard pour les visites de labos, mais il aurait fallu que je parte trop tôt pour ça et travaille des heures de plus la veille ou le lendemain. Première étape: me rendre à la station de métro Joliette. J’ai pensé que le plus efficace serait de prendre la 67 qui fait un arrêt devant la station Saint-Michel, de laquelle je pourrais ensuite partir pour atteindre la station Université de Montréal par la ligne bleue. Eh bien, ce soir-là, c’était la seule option valable, la ligne verte étant hors service jusqu’à 18h. J’étais dans l’autobus 67 quand je l’ai su, quel soulagement! Avoir choisi le métro, j’aurais été bon pour une autre bonne copieuse dose de frustration dont je n’avais nul besoin.

Alors rendu à la station Saint-Michel, j’ai eu de la misère à trouver les tourniquets. J’essayais de me rendre, mais il y avait tout le temps du monde qui passaient, passaient, passaient, ça m’a pris presque deux minutes pour enfin repérer des marches qu’il m’a fallu descendre pour enfin atteindre les tourniquets. Après, ça s’est bien passé jusqu’à la station Université de Montréal.

Là, surprise, pas moyen de trouver l’escalier qui menait à la porte permettant d’accéder par l’extérieur au bâtiment où se trouvait la rampe mobile. Peut-être, pensai-je, suis-je sorti par un autre côté? Non non, ai-je constaté, l’accès devrait être là, mais il était bloqué!

Il n’y avait tout simplement rien à faire, aucune bonne solution. Plusieurs personnes me demandèrent où j’allais, je leur répondais, elles ne comprenaient pas ou ne savaient pas c’était où. On m’a dit de tourner à gauche, mais ça m’éloignait de mon but. On m’a dit qu’il allait me falloir prendre une navette pour atteindre le pavillon, mais je savais que j’allais devoir passer 20 minutes à trouver l’arrêt, 20 minutes à l’attendre et ainsi de suite. Et jamais je n’ai eu à prendre un autobus entre le métro et l’université! J’y suis pourtant allé pendant plus de huit ans, la distance entre les deux points n’a pas changé depuis!

Je suis sorti par la porte encore utilisable, j’ai marché dans le but de contourner le bâtiment et peut-être arriver derrière, je trouverais un moyen d’atteindre mon but. Non, juste de l’obscurité et de la pluie, oui beaucoup de pluie. Je me suis fait tremper mes souliers bien comme il faut, assez que le lendemain soir, j’en ai par précaution frotté le cuir à l’huile de vison. J’avais par chance un parapluie avec moi, sinon je serais ressorti de cette mésaventure trempé comme un canard!

Découragé, je ne savais juste plus quoi faire. Il n’y avait personne que je pouvais appeler pour de l’aide, fallait que je trouve un moyen ou que je rebrousse chemin, rentrant chez moi au bout du rouleau, découragé. Outre appeler un taxi et espérer que je pourrais donner ma position avec assez de précision pour que le chauffeur me trouve, il me restait deux possibilités: le pavillon J-A Desèves, accessible depuis Édouard-Montpetit et le 3200 Jean-Brillant.

Je pourrais, pensai-je, rentrer du côté Édouard et ressortir de l’autre. Mais je n’étais pas sûr si ça allait encore fonctionner. Quel étage faut-il atteindre pour ressortir de J.A.-Desève du côté de l’université? Le troisième? Plus sûr.

L’autre possibilité: le 3200 Jean-Brillant. Il y avait là un tunnel permettant d’accéder au pavillon principal. Mais le tunnel est difficile à trouver. Il n’est accessible que depuis un couloir au deuxième étage. Mais j’ai utilisé le tunnel plusieurs fois, plus souvent que le passage par J.A.-Desève, quand j’avais un cours d’introduction à la linguistique au 3200.

C’est cela que je décidai de tenter. Alors je rentrai dans la station de métro, repartis pour la ligne bleue direction Snowdon et m’arrêtai à Cote-des-Neiges. Là, je descendis, trouvai la sortie et entrepris de localiser la rue Jean-Brillant. Je la trouvai, marchai mais me fis encore bloquer par un ruban: des travaux, le trottoir était encore barré. Quelqu’un m’offrit de l’aide, ne savait pas c’était où, me fit répéter, ne savait pas. Selon elle, j’étais dans la mauvaise direction, mais au moment où je rebroussais chemin, elle m’interpella et me dit que le pavillon était plus loin. Mais c’était le pavillon d’optométrie, pas le 3200! BON SANG! Je ne vais jamais pouvoir en finir avec ça, songeai-je, de plus en plus furieux et découragé.

J’ai fini par reprendre la route, direction opposée, après avoir vérifié sur Google Maps que c’était bien ça, j’ai pu me rendre proche, mais c’était encore bloqué, j’ai dû passer par l’autre côté de la rue, quelqu’un m’a aidé un peu et cette fois on a pu trouver. Rendu là, il a fallu monter au deuxième étage. La personne qui m’a aidé a fait un bout avec moi et ça a été une bonne chose.Je n’arrivais pas à retrouver l’escalier menant au deuxième. La personne a demandé à un employé qui ne savait même pas! Mais elle a pu trouver l’escalier, puis la cafétéria, les deux éléments nécessaires pour accéder à ce qui commence à ressembler à un passage secret, au point où on en est!

On a pu retrouver la cafétéria d’où partait le couloir menant dans le pavillon Lionel-Groulx, où il y avait l’escalier ramenant au premier, du côté Lionel-Groulx. C’est là qu’on peut accéder au tunnel qui mène au pavillon principal, appelé de nos jours Roger Gaudry!

De là, j’ai pu passer à travers le pavillon André-Aisenstadt par un chemin que je connaissais bien, pour ensuite atteindre Jean-Coutu, où avait lieu l’événement! Mais il était passé 19h quand j’arrivai enfin là. Il ne restait presque plus de nourriture. J’ai eu un peu de légumes, des cannelloni, du vin et une pointe de tarte au chocolat, c’est pas mal tout. Pas de viande. Je n’ai pas rencontré de gens que je connaissais, à part Guy Lapalme, mon ancien superviseur de stage en 2001. C’était pas mal décevant.

Par chance, la conférence de Samy Bengio en valut la peine. Je ne dirais pas que ça a valu tout le trouble que je me suis donné pour aller là, mais ça a compensé partiellement. J’ai revu un ancien collègue de travail et rencontré quelques personnes, aussi. La conférence portait sur les réseaux de neurones utilisés pour la génération de descriptions à partir d’images. Tandis que Samy présentait des exemples avec des photos statiques, j’imaginais avec délectation des extensions potentielles. Avec ça, on s’en va vers le bidule dont j’ai besoin, le localisateur d’articles, qui pourrait identifier des produits dans une allée d’épicerie, des portes ou des couloirs dans un bâtiment, des bâtiments dans une rue, etc. Si seulement j’avais eu ce genre d’idées voilà dix ans, ma thèse de doctorat aurait été toute autre…

Le retour chez moi me décourageait quelque peu. Seul, j’allais devoir refaire le trajet en sens inverse: le pavillon principal, le tunnel, le 3200, la marche vers Côte-des-Neiges, beurk! Par chance, mon ancien collègue et patron Nicolas et une ancienne connaissance Luc m’offrirent d’aller au métro avec eux. Nous sommes passés par un escalier que je ne connaissais pas qui permit d’aboutir du pavillon au métro. Ce fut un peu tortueux et difficile parce qu’il faisait noir, mais mieux que tout le labyrinthe que j’aurais eu à me taper seul. C’est ainsi que s’est terminée cette soirée.

Temps Libre ou perdu?

Vendredi, 14 octobre 2016, j’avais une soirée d’inauguration d’un nouveau concept, Temps Libre, cofondé par un ami de mon frère. C’était dans le Mile-End, sur la rue Gaspé. Mais je ne pouvais pas me rendre là directement du bureau, car je devais amener mon laptop chez moi pour le lundi suivant. Il fallait que je travaille chez moi ce lundi-là pour recevoir deux colis dont j’avais déjà reporté la date de livraison. En plus, retourner chez moi allait me permettre de troquer cette chemise et pantalon de travail pour quelque chose de plus décontracté et adapté à cette soirée.

Alors je suis retourné chez moi, déposé mon laptop, me suis changé, puis je suis reparti pour ce qui allait devenir une aventure pas de bon sens. Je devais d’abord me rendre à la station Rosemont, ce qui se passa bien. Ligne verte vers Angrigon pour Berri-UQÀM, ligne orange vers Montmorency pour atteindre Rosemont. Cool! Là, je devais atteindre Saint-Denis, marcher dessus jusqu’à pouvoir tourner à droite sur une rue transversale, n’importe laquelle, pourvu que ça me permette d’atteindre Gaspé où il y avait ma destination. Eh bien ça ne s’est pas du tout passé comme ça!

Déjà en sortant du métro, sur ce que je crois la rue Rosemont, je me suis fait bloquer par des clôtures; je ne pouvais pas atteindre Saint-Denis. J’ai dû marcher dans l’autre direction, traverser à l’intersection puis, après avoir vérifié sur Google Maps que tout était OK, revenir sur mes pas et puis là j’ai atteint Saint-Denis, au-delà des clôtures qui me bloquaient de l’autre côté.

Ce premier obstacle passé, j’ai traversé ce que je crois Rosemont, marché sur Saint-Denis, quelques mètres, puis le trottoir est disparu. J’ai essayé de marcher un peu, j’ai cru atteindre un autre trottoir, mais je me faisais bloquer par des clôtures et plus loin, il y avait un viaduc, pas certain que le trottoir continuait en-dessous. Il allait peut-être me falloir marcher un bout dans la rue, sous le viaduc, avec des autos circulant à toute vitesse! Ah non là!

Choqué de m’être encore fait fourvoyer par Google Maps, j’ai rebroussé chemin dans l’idée de traverser Saint-Denis au premier feu de circulation. Peut-être ça allait passer par l’autre côté. Non, une pépine allait me bloquer la route, je l’entendais d’où j’étais. Il restait un moyen: marcher sur Rosemont pour atteindre la prochaine rue parallèle à Saint-Denis, Henri-Julien, et passer par là. Ça allait me permettre de contourner l’obstacle sans me faire chier, blesser ou pire, tuer.

Alors on y va. J’ai retrouvé l’intersection, traversé Saint-Denis, puis marché. Je me suis retrouvé sur une route qui passait par-dessus un viaduc. Ah mon doux, est-ce que c’est dangereux d’être là? Il y a un trottoir alors je vais continuer. Selon Google Maps, c’était en train de me mener vers Henri-Julien. Mais ce que Google Maps ne me disait pas, c’est que j’étais au-dessus d’Henri-Julien, avec aucun moyen de l’atteindre. J’ai continué à marcher, suis arrivé au-dessus de Gaspé, pas moyen de descendre à moins d’essayer d’enjamber le garde-fou et sauter, au risque de me rompre les os. On va éviter de faire ça, surtout une semaine avant le fatidique lancement de l’album L’Agonie de KeBaTeK. Ce sera difficilement pardonnable si ça arrive, aussi bien pour moi-même que pour KeBaTeK, qui est un de mes meilleurs amis.

La rue, que j’ai su être le boulevard Kennedy je ne sais plus comment, semblait se poursuivre à l’infini. Bon, autant revenir sur Saint-Denis et essayer de voir si je ne pourrais pas descendre de là ou ne pas monter sur Kennedy. J’y allai, cherchai, ne trouvai pas. Ah non, ENCORE une rue sombre pas de trottoir. C’est rendu là mode, ça!

Bon, on va essayer sur Saint-Denis. Va probablement falloir marcher dans la rue pour contourner la pépine, mais ça va être plus éclairé au moins. Je dus traverser une rue pas de feu de circulation pour pouvoir continuer sur Saint-Denis, pour réaliser que je pouvais tourner à droite et m’engager parallèle à Kennedy, en bas cette fois, avec une chance d’atteindre Henri-Julien! Mais en essayant de m’engager sur la nouvelle rue, je me suis pété la tête sur un poteau. La prune que je me suis faite, je la sentais encore deux jours plus tard.

En beau maudit, j’ai quand même essayé de continuer et j’ai pu atteindre Henri-Julien. Selon Google Maps, marcher sur ce tronçon allait me mener à la rue des Chanvres qui allait ma ramener sur Saint-Denis, après l’obstacle à contourner. On y va. Un moment donné, une madame est sortie de sa voiture pour m’offrir de m’aider à traverser la rue, mais je ne savais pas si ça allait me servir ou pas. Elle m’a demandé où je m’en allais. Voyant venir l’instant où elle allait me faire peur en me disant que c’était super loin ou compliqué se rendre sur Gaspé et me faire monter dans sa voiture, j’ai décliné son offre et poursuivi mon chemin vers mon but
initial. Je ne dois vraiment pas être au bon endroit si des gens sortent de leurs voitures pour m’offrir de traverser la rue.

Cette frustrante escapade m’a ramené sur Saint-Denis, après la pépine mais avant le viaduc que je dus traverser. Mais au moins il y avait un trottoir sur mon côté. Rendu l’autre côté, j’ai trouvé une rue perpendiculaire, marché dessus et ça m’a fait aboutir à Henri-Julien, plus loin. J’aurais peut-être pu me rendre là sans repasser sur Saint-Denis. Mais là, je ne pouvais pas atteindre Gaspé. C’était bloqué de partout, pas de rue transversale.

Finalement, quelqu’un m’a aidé et il a fallu passer à travers un chemin de terre et de roche où il faisait sombre pour enfin atteindre Gaspé! Après, ma destination, Temps Libre, n’était pas loin. Quelle horreur!

Et ce n’était que le début! Là-dedans, c’était plein de monde, difficile à circuler. Pas moyen de mettre mon manteau sur un cintre, il a fallu que quelqu’un qui partait me donne le sien. Ouf, au moins j’ai pu avoir un cintre! Ensuite, j’ai essayé de trouver de quoi manger. Quelqu’un m’a aidé à me servir, mais le menu était plutôt limité et décevant. Du pain, sans couteau pour le beurrer, et des tacos. Je me suis retrouvé avec un taco plein de trucs hachés menu qui m’ont levé le cœur. Ça a été pénible manger ça.

La chose faite, j’ai essayé d’avoir une bière. La madame qui m’a aidé pour les tacos m’a mené au comptoir à bière, mais il fallait des coupons pour en acheter. Tandis qu’on essayait de trouver et se rendre au comptoir à coupons, un ami de mon frère m’a vu et m’a abordé. Il m’a amené à Vincent, un des fondateurs de Temps Libre, celui qui m’a invité à l’événement et que que je voulais voir un peu. J’ai pu parler avec lui, apprendre que
Temps Libre est un espace ouvert semblable à un parc mais intérieur. On peut y faire ce qui nous plaît: lire, écrire, chiller, manger son lunch, etc. Temps Libre est financé par un espace trois fois plus grand de coworking. On pouvait visiter ces deux espaces ce soir-là. Ils ont de  grandes tables où les gens peuvent prendre place pour travailler. C’est super utile pour de petites PME. Il y a  aussi une salle de réunion avec ce qui m’a semblé un large écran à cristaux liquides. Oui, c’est très beau et spacieux comme endroit.

Vincent et moi sommes allés pour les coupons, puis la bière. On a parlé un peu, puis il est allé voir d’autres gens. J’ai parlé avec un gars, Tibault, de Fooducoin., un nouvel organisme qui livre des repas à domicile, au travail ou dans des parcs, à vélo, et en encourageant les pratiques éco-responsables. J’ai pris deux autres
bières et passé un peu de bon temps. De temps en temps, je me posais la bouteille ou la cannette de bière sur ma poque pour soulager un peu ça, ça faisait mal un peu.

Mais un moment, Thibault était sur son départ et m’offrit de m’amener avec lui au métro Laurier, selon lui plus proche que le métro Rosemont. Ça me semblait le meilleur moyen de faire bien finir cette aventure. Seul, j’allais être obligé de repasser par tout le périple de l’aller, en sens inverse. Mais il me restait deux coupons pour la bière. Une amie de Thibault, Annie, partait un peu plus tard et m’offrit de me mener au métro, mais de la façon qu’elle parlait, elle était venue en auto. Ah non, pas encore ça, je ne veux pas me faire trimballer en auto par n’importe qui, là! Le mieux à faire était de me débarrasser de ces coupons. Je suis venu à bout de les vendre à Annie pour pouvoir repartir de là avec Thibault et un de ses amis, Clinton.

Le retour a été plus facile. On a marché en ligne droite sur Gaspé jusqu’à atteindre Laurier. Puis de là, on a tourné à gauche sur Laurier et marché vers Saint-Denis. Je suis en fait passé proche de chez Dantech où je suis allé quelques fois voilà quelques années. Le trajet était peut-être plus long en distance mais plus simple que ce
périple tortueux depuis la station Rosemont.

J’ai été un peu déçu de cette soirée-là. Ça a été du trouble me rendre là pour pas grand-chose. Je ne suis pas parvenu à trouver l’utilité réelle de ce nouvel espace. Si je veux chiller, je peux le faire chez moi ou au pire dans un café, un bar ou une micro-brasserie. L’avenir dira ce qui se passera dans cet endroit, mais c’est un peu loin de chez moi pour que j’y retourne souvent. Pour les petites PME, l’espace ouvert de coworking est bien utile et probablement plus abordable que louer des locaux privés. Alors bien que ça ne me soit pas utile directement, ça demeure un beau projet qui, je l’espère, va fonctionner.

Une frustrante excursion au métro Longueuil

Samedi, 27 août 2016, j’avais le shower de la femme de mon frère, qui attendait un bébé pour septembre. Cela avait lieu en face de chez eux, sur la rue Green. Le meilleur moyen de me rendre là-bas est sans nul doute, plusieurs essais fructueux à l’appui, d’utiliser l’autobus 170 depuis la station Papineau. La 170 fait un arrêt à deux rues de chez mon frère, c’est merveilleux, mais ça ne fonctionne que la semaine, avant 18h. Sinon, il faut me rendre à la station Longueuil et soit marcher de là, soit prendre l’autobus 16 qui passe aux heures. Depuis qu’ils ont fait des travaux autour de la station Longueuil, je n’ai jamais eu de succès à me rendre à pied de là jusqu’à chez mon frère, mais comme il faisait beau, je me suis dit que ça valait la peine ce jour-là de faire un nouvel essai. Eh bien, ça a duré près de 45 minutes et été terriblement frustrant!

Le gros problème est d’atteindre la rue La Fayette. Après ça, c’est juste de la longue ligne droite. Mais quand il fait beau, ça peut être le fun à faire. Eh bien, le problème initial fut de taille, plus important que prévu!

Alors suite à de l’analyse de plan Google Maps, j’ai décidé de tourner à droite après être sorti du terminus, du côté du stationnement en face du pont Jacques-Cartier. Déjà, ça bloquait, mais si je traversais la rue, là je pouvais continuer à droite. En passant par là, j’aboutissais à un trottoir me menant au pont. Mais dès que je suis passé sous le pont, les choses sont devenues plus difficiles, limite dangereuses. Je n’arrivais pas à trouver de moyen de passer sans me retrouver au beau milieu de la rue où des voitures pouvaient passer. Je me suis retrouvé entre des blocs de béton, sur du gazon,
proche d’un fossé, mais jamais au bon endroit, jamais moyen d’atteindre La Fayette comme ça, pas même un trottoir en vue.

Décidément, ça n’allait jamais fonctionner mon affaire. J’ai fini par rebrousser chemin pour voir si je ne pourrais pas trouver un moyen de m’approcher plus de La Fayette. D’après mes recherches, si je continuais tout droit assez longtemps sur la rue du Terminus, je pouvais atteindre La Fayette, l’emprunter pour passer sous le pont et puis ensuite la suivre jusqu’à mon but.

À deux ou trois reprises, quelqu’un m’offrit son aide, mais ne savait pas où était la rue. Il me conseillait de demander à des chauffeurs de taxi. Oui mais mon but n’était pas de me rendre là en taxi mais de réussir à trouver un moyen fiable d’atteindre ce boulevard-là, pour pouvoir aller chez mon frère à pied et en revenir si besoin.

Ok, pensai-je, peut-être si j’essaie de sortir par l’autre côté du terminus? Je fis ça, je dus traverser la rue pour atteindre un trottoir, marchai vers la gauche pour retourner vers mon but, dus traverser à quelques endroits, me retrouvai devant un trottoir bloqué, allai de l’autre côté. Je crois avoir réussi à atteindre La Fayette, mais il n’y avait pas de trottoir à ce point-là du boulevard. C’était exaspérant et super enrageant. J’étais tellement choqué que je songeai rentrer chez moi, mais je ne pus m’y résoudre. C’est dommage que je n’aie pas pensé, sur le coup, à prendre des photos. Ça aurait pu me servir pour illustrer ce récit.

J’ai fini par atteindre le pont à nouveau, par passer en-dessous, mais je me retrouvais encore dans le gazon et tout. J’ai dû longer un fossé, me suis retrouvé sur du gravier et là il y avait des gens qui circulaient. Je tentai d’aller dans leur direction opposée, car ils semblaient aller vers le terminus. J’aboutis de cette façon dans un
stationnement. Ah mon Dieu! Là, j’ai failli capoter. J’étais dans un autre cul-de-sac et ça se pouvait que j’aie à repasser par tout ce que j’avais traversé, en sens inverse, pour retourner au terminus!

J’ai fini par me diriger vers le terminus, sachant que mon seul espoir résidait là. Je ne réussis pas, finalement quelqu’un m’aida, ne savait pas où était mon objectif final mais put m’orienter vers le terminus. Je finis par aboutir sur le premier trottoir que j’avais emprunté. C’est ainsi que ce soir-là, je perdis près de 45 frustrantes minutes à carrément tourner en rond!!!

De retour au terminus, je suis allé voir pour la 16. Eh bien, il allait me falloir attendre à 19h10. Ah non, là ça va être super long et rendu là tout le monde aura fini de souper. Si ça n’avait pas répondu quand j’ai téléphoné sur le cellulaire de maman, je crois que j’aurais complètement perdu espoir et serais rentré chez moi, tout simplement, démoli, à bout. Mais là, ma sœur a répondu, je lui ai raconté mon histoire de fou et elle m’a envoyé papa pour me sortir de ce guêpier dans lequel j’avais eu la brillante idée de moi-même me fourrer. Au moins, j’ai réussi à ne pas me faire casser la gueule pendant mes recherches et suis retourné à un endroit où on pouvait me retrouver.

Le lendemain, j’ai effectué des recherches additionnelles, en utilisant Google Maps et Google Earth. J’ai fini par retrouver le point du terminus où je sors pour attendre papa et maman quand je vais là. J’ai trouvé l’endroit où j’ai circulé la veille et vérifié mon hypothèse selon laquelle si j’avais continué rendu au stationnement P5, j’aurais pu l’avoir. NON! Ça aboutissait à plein
d’espaces asphaltés et des rues pas de trottoir. Mais voyons! Se peut-il qu’il n’y ait aucun moyen de sortir de là sans voiture? Ça me semblait hallucinant et je trouvais ça très choquant!

J’ai trouvé la rue La Fayette et il manquait un trottoir sur un bon bout. C’est seulement au croisement de Saint-Charles qu’elle acquiert son trottoir. J’ai examiné ça et là, je crois avoir trouvé une solution au problème. Si je sors du métro et m’en vais entre les deux lignes jaunes où j’attends les gens habituellement, selon ce que j’ai vu, je pourrais partir par la gauche et marcher un bon bout sur un trottoir. Je vais passer devant des voitures stationnées et parallèle à la rue où des taxis, autobus et voitures arrivent. Un moment donné selon mes recherches et si je suis chanceux, je devrais aboutir à Saint-Charles et il y aurait une ligne de piétons, voire des feux de circulation, pour la traverser, selon ce que j’ai vu sur Google Earth. Ensuite, selon ce que j’ai vu encore une fois, je pourrais tourner à droite et marcher sur un trottoir, sur Saint-Charles, vers le pont, passer sous le pont, il y aurait une rue à traverser et un moment donné, La Fayette, sur le trottoir! Rendu là, si je suis assez chanceux pour me rendre là, il resterait juste à marcher en ligne droite et un jour, je vais atteindre Green. Mais je ne vais y croire qu’après l’avoir testé! Je ne sais pas quand je vais pouvoir tester ça, pas sûr que ce sera avant le party de Noël et rendu là, il fera probablement trop froid ou ce sera la grosse tempête si bien qu’il vaudra mieux y aller avec la 16. Alors, possible que j’aie tout fait ça pour rien!

D’une pierre trois coups

Dimanche, 7 août 2016, je suis retourné aux tams tams du Mont-Royal, cette fois avec une nouvelle amie, Christine Laplante, qui a une déficience visuelle semblable à la mienne. Nous nous demandions si nous allions prendre une bière ou manger une poutine à la Banquise si bien que je me suis dit que tant qu’à ça, on pourrait combiner les trois activités, proches les unes des autres. Les choses ne se sont pas passées comme prévu, mais ça a fini que nous avons réussi à atteindre nos objectifs.

Le premier obstacle a été de nous retrouver. Nous nous sommes donnés rendez-vous à la station de métro Mont-Royal, au bas des escaliers, en face des tourniquets. Malgré cela, il a fallu un peu de chance pour qu’on se trouve. Le fait de garder nos cannes blanches ouvertes en attendant nous a aidés un peu.

Après nous être trouvés, nous sommes sortis ensemble de la station de métro et nous avons marché sur Mont-Royal jusqu’à Saint-Laurent. Il existe de bien meilleures façons d’atteindre le parc du Mont-Royal qu’emprunter l’avenue du Mont-Royal, souvent bondée et obstruée par des terrasses. La première est d’utiliser l’autobus 80 depuis la station Place des Arts, mais la dernière fois que j’ai essayé ça, je ne suis jamais parvenu à me rendre de la sortie du métro à l’arrêt pour la 80: tous les trottoirs étaient bloqués, il aurait fallu que quelqu’un m’aide et me fasse passer encore par un nouvel endroit, ce qui ne me permet pas au final d’aboutir à un trajet que je peux refaire par la suite. La seconde stratégie que j’aime bien est de quitter l’avenue du Mont-Royal le plus vite possible en tournant à gauche sur Saint-Denis pour accéder à Marianne ou Rachel, qui sont moins achalandées. Mais la rue Saint-Denis à ce moment-là était bloquée par des travaux, ce qui rendait la circulation difficile. Alors nous avons marché sur Mont-Royal jusqu’à Saint-Laurent et là avons tourné à gauche pour atteindre la rue Marianne.

C’est là qu’il s’est mis à mouiller. Nous nous sommes abrités sous un toit et avons attendu, mais la pluie ne cessait pas. À quoi bon nous rendre dans le parc s’il pleuvait? Les joueurs de tams tams s’en iraient probablement tous, non désireux de se faire mouiller leurs instruments.

Un peu déçus, nous avons fini par rebrousser chemin et sommes retournés vers Saint-Denis dans le but d’aller prendre notre bière au Quai des Brumes. Eh bien on a eu du mal à progresser sur Mont-Royal, car il y avait trop de gens en sens inverse, puis on a eu du mal à trouver Saint-Denis, sommes passés tout droit, avons dû rebrousser chemin, et puis y sommes arrivés.

Rendus sur Saint-Denis, nous avons cherché le Quai des Brumes. Je me suis rendu compte que je n’avais pas de repaire visuel précis pour retrouver le bâtiment. Souvent, je réussis parce qu’il y a un show dedans ou des gens qui fument me l’indiquent. Mais là, personne, pas un chat. Nous avons cherché un peu, tenté de trouver le numéro de porte, en vain, jusqu’à ce que quelqu’un nous aide et qu’on apprenne que c’était fermé. Probablement que ça n’ouvrait qu’à 17h.

Bon, que faire, on ne va tout de même pas aller manger une poutine à 15h? Par chance, la pluie avait cessé alors ça semblait valoir la peine de faire un nouvel essai pour les tams tams. C’est ça que nous avons fait.

Il y avait là encore pas mal de monde alors on a pu profiter des tams tams et jaser un peu. Ça a été une belle fin d’après-midi. Il faisait beau et le soleil brillait à présent de mille feux.

Après au moins une heure et demi, sinon deux, nous sommes repartis et avons marché jusqu’à la Banquise. Cette fois, ça a bien été. Faut dire que Christine a essayé une nouvelle application, Autour, qui dit tout ce qui se trouve autour de soi. C’est vraiment super cool… mais juste pour iPhone. Paraît que c’est un projet pilote, qui va être étendu à Android. J’ai hâte de voir ça. Ça pourrait être pour moi aussi révolutionnaire que le passage du Trekker vers Google Maps!

J’ai mangé une poutine au poulet tandis qu’elle a essayé une avec des saucisses, mais je ne me rappelle plus laquelle. On a laissé tomber le Quai des Brumes quand on a découvert qu’ils avaient des bières artisanales là, à la Banquise. On s’est pris une bière là. On a aussi pris un dessert: un gâteau au chocolat, pas mauvais. Mais avoir su l’existence de la brasserie Pit-Caribou, en face de la Banquise, ça aurait pu être un meilleur choix, pour la bière. Je n’ai découvert cette brasserie que plus tard.  Christine et moi avons aimé notre sortie malgré les embûches et nous sommes revus par après pour aller prendre un bon repas au Juliette et Chocolat.

Îlesoniq: un bain de foule électrisant

Samedi, 6 août 2016, je suis allé pour la première fois au festival Îlesoniq, l’un des événements de musique électronique les plus importants à Montréal pendant l’été. Contrairement au Piknik Électronik, qui a lieu tous les dimanches durant l’été, Îlesoniq se produit uniquement deux jours par année. Il en résulte une foule monstre rendant la navigation difficile, voire dangereuse pour moi. Mais il me fallait en faire l’expérience, ça me titillait.

Entrée sur le site: déjà difficile

J’ai acheté mon billet sur Internet une semaine avant l’événement. Ce que j’ai obtenu en échange, ça a été un courriel de confirmation avec recommandation d’aller chercher mon billet au Centre Bell pendant la semaine, avant l’événement. Faire ainsi m’aurait obligé à partir du bureau durant la journée et chercher à plus finir pour trouver le centre Bell, puis la billetterie. Je me suis dit que ça allait poser autant de problèmes que récupérer mon billet sur le site. Ainsi, rien ne se passa avant le 6 août 2016. En fait, l’événement a commencé le 5 août, mais le vendredi, je travaille si bien que je ne suis pas allé au festival ce jour-là.

Arrivé à la station Berri-UQÀM, je constatai avec appréhension qu’il y avait déjà pas mal de monde dans le métro. Ça va être terrible, pensai-je, prépare-toi au pire. Le métro sur la ligne jaune était bondé. Mais j’ai pu me rendre à la station Jean-Drapeau, permettant d’accéder au parc où avait lieu l’événement. Rendu là, je suis descendu et j’ai tenté de retrouver la sortie que j’avais empruntée pour aller au Piknik Électronik et aux Week-ends du Monde. Selon mon analyse du plan du site de l’événement, c’était là qu’il me fallait sortir pour atteindre la tente Will Call où je pourrais récupérer mon billet. Mais il y avait tellement de gens que j’avais du mal à déterminer où aller. Je suis sorti où je pouvais, mais je ne reconnaissais pas les lieux. J’étais au mauvais endroit. J’ai dû marcher un peu, contourner la station de métro et j’ai fini par arriver à l’autre sortie, où il y avait l’entrée pour l’Îlesoniq.

Puis un moment donné, on m’a guidé jusqu’à la tente où j’ai pu avoir mon billet. C’est un agent de la sécurité qui m’a mené jusque-là et avoir le billet s’est bien passé. Après ça, on m’a mené à la file d’attente. Comme je possédais un téléphone Fido, je pouvais prendre la file branchée plutôt que celle régulière.

Tandis que j’attendais en file, je remarquai sur mon billet qu’il était écrit que les vidéos et caméras étaient interdits. Ah mon Dieu! J’avais amené ma GoPro, pensant me capter des films mémorables rivalisant avec ceux de l’Igloofest. Est-ce qu’ils vont me laisser la garder, me faisant confiance pour ne pas l’utiliser, ou vouloir me la confisquer au moment de la fouille? Ça m’aurait fait cher un peu, comme sortie, non? Vont-ils m’offrir de me la retourner par la poste, l’entreposer quelque part pour que je la récupère à la sortie du site ou je vais la perdre, tout simplement, comme mes ciseaux lors de mon premier passage à la sécurité à l’aéroport, quand je suis parti pour Orlando en 2005? Peut-être vaudrait-il mieux repartir là pour le métro, appeler mon frère et voir si je ne pourrais pas faire un détour par Longueuil question d’aller lui porter la caméra; il pourrait me la rendre plus tard. Ce serait moins long que retourner chez moi pour l’y laisser, mais long quand même.

Mais la file n’avançait pas du tout. C’était super long. Un moment donné, quelqu’un de l’événement m’a interpellé, m’a demandé si j’étais accompagné et comme je ne l’étais pas, m’a fait passer devant tout le monde. Ça a été un peu pénible de réussir à passer, mais on a fini par l’avoir.

J’ai abouti au point où il fallait montrer mon billet, qui a été scanné avec succès par une machine, ce qui m’a permis de passer à l’étape suivante. La fouille? On nous disait d’ouvrir nos sacs. Mais j’ai appris que j’étais passé par-dessus cette étape, car on m’avait fait passer devant tout le monde. Cool! Ma caméra était sauvée. Je la laissai dans mon sac, ainsi que mon enregistreur H2N, évitant tout risque de me les faire confisquer, voire être expulsé du site à cause de ça. En effet, s’ils interdisaient les vidéos, pas sûr qu’ils aimeraient que j’enregistre du son avec un micro comme celui du H2N, bien que l’enregistrement est trop bruité pour pouvoir faire quoi que ce soit de professionnel avec. Avec tous les bruits de gens qui parlent, le vent, etc., ça ne pas pas donner de quoi d’utilisable pour s’intégrer à de la musique électronique. Ça aurait juste été de beaux souvenirs.

La scène Budlight

L’allée centrale où j’aboutis après avoir franchi l’entrée du site était bondée. Il y avait là un accès à ce que je croyais être la scène principale. Mais avant d’aller là, me dis-je, je devais remplir ma bouteille d’eau. Je pouvais chercher longtemps pour trouver une fontaine d’eau, à moins d’utiliser mes connaissances passées du parc Jean-Drapeau. La seule fontaine d’eau que je connaissais se trouvait dans la zone où a habituellement lieu le Piknik Électronik. Elle faisait justement partie du périmètre clôturé alloué à Îlesoniq. Je traversai donc l’allée centrale pour y aller.

Là-bas, c’était relativement calme, pas de musique. Il y avait des camions que je n’arrivais pas à identifier. Soit je n’arrivais même pas à déchiffrer ce qui était écrit dessus, soit ça n’avait strictement aucun sens pour moi. Je passai mon chemin, me dirigeant vers mon objectif initial, et la trouvai, la fontaine d’eau. Je pus ainsi remplir ma bouteille.

De là, j’entendais de la musique provenant des bois. Il y avait une scène là, possiblement moins peuplée que la scène principale. Ce serait un bon endroit pour commencer mon périple musical. J’y allai donc. Ce que je trouvai là fut sidérant. Il y avait là une grande structure temporaire, une espèce de cabane avec un mur ouvert. Des haut-parleurs jouaient de la musique un peu trance et dans la cabane, il y avait un paquet de projecteurs et un gros écran affichant des images psychédéliques. Régulièrement, on voyait s’afficher Jason Ross sur l’écran, puis d’autres images, d’autres flashes à cause des projecteurs. C’était trippant.

Puis un moment donné, on s’est tous fait arroser. C’était moins cool, ça. J’ai bien cru que mon téléphone, dans ma poche, allait y passer, mais tel ne fut pas le cas. J’ai passé près d’une heure près de cette scène-là, nommée Budlight. Un moment donné, on nous a arrosés encore. Il y avait carrément quelqu’un avec un tuyau d’arrosage qui shootait de l’eau au-dessus de la foule! Je l’ai remarqué juste la seconde fois. C’était une tentative de nous rafraîchir parce qu’il faisait chaud, peut-être pour réduire les risques que des danseurs trop zélés, parce qu’on pouvait danser un peu, se claquent un coup de chaleur. Je ne fus pas trop à risque pour ça, car j’avais ma bouteille d’eau et ne pus pas danser tant que ça, trop de gens.

La scène Neon dans les bois

Pendant ma progression vers la scène Budlight, j’ai cru apercevoir des tentes où il y avait probablement de la bouffe et de la bière. En fait, rendu en avant de la scène, quelqu’un m’a offert de m’aider si je voulais aller me chercher de quoi, mais je n’avais pas besoin à ce moment-là. Après quelques temps, j’ai voulu aller voir si je ne pourrais pas me trouver une bière. J’ai trouvé un snack bar, un truc de mets asiatiques, puis oui, une tente à bière. Je m’en suis acheté un verre en fût.

Rendu là, j’entendais d’autre musique venant de plus loin, de plus profond dans les bois. J’y allai et trouvai une seconde scène. C’était la scène Neon. La structure ressemblait pas mal à celle de la scène Budlight, mais la musique qui en émanait était toute autre, plus chillout. J’ai bien aimé cette scène-là, car elle se trouvait dans la forêt. Mais j’aimais mieux la musique de la scène Budlight. Je suis resté un peu, mais il m’a fallu repartir pour aller aux toilettes.

La scène Fido Oasis, la plus grande des trois

Après être allé aux toilettes, je suis retourné vers la zone Piknik pour éventuellement revenir à l’allée centrale où je croyais avoir vu des tentes avec de quoi manger. Si je me fiais à la disposition des lieux aux Week-ends du Monde, ce serait là. En fait, ce n’est pas exact de nommer ce lieu la zone Piknik, car il n’y avait pas de Piknik Électronik ce jour-là. Mais toujours est-il que c’est là que je passai et voulus aller voir plus loin, là où se trouve la scène Vidéotron lors des Piknik Électronik; peut-être y aurait-il là une autre scène. Je n’en trouvai pas. Je pus marcher un bout dans le bois et arrivai à ce que je crus être une sortie secondaire. Je n’osai pas aller plus loin, de peur de franchir un sens unique et ne pas pouvoir rentrer.

Je rebroussai alors chemin et aperçus un panneau: scène Fido Oasis. Je marchai un peu et pus tourner à ma droite pour aboutir dans une vaste place de gravier. Il y avait une pente permettant d’atteindre une plate-forme où des gens dansaient.

Il y avait sur cette plateforme des jets d’eau servant à rafraîchir les gens. Il me fallut quelques secondes pour découvrir avec consternation que ces jets sortaient carrément du sol! Si je ne m’en étais pas rendu compte à temps, j’aurais marché sur un des trous de sortie d’eau ou me serais retrouvé avec un trou entre les jambes. Dans tous les cas, je me serais fait asperger copieusement. Soulagé d’avoir évité ce piège dans lequel peut-être moi seul pouvais tomber par manque de vision, je m’éloignai des jets et finis par découvrir une autre pente me ramenant sur le sol de gravier. Il y avait aussi là des champignons géants décoratifs.

Si je me souviens bien, c’est peu après que j’ai aperçu les tentes de l’allée centrale. Ah ok, j’étais sur la scène principale, là! Il y avait beaucoup d’espace mais aussi beaucoup de gens. Circuler était difficile, limite hasardeux. À tout bout de champ, je me faisais foncer dedans par des gens marchant dans d’autres directions. Je faillis me faire piler sur ma canne plusieurs fois. Il me semblait possible, voire probable, de me la faire casser. J’ai fini par trouver un endroit où m’asseoir dans l’herbe pour me reposer un peu, après avoir été debout depuis mon arrivée.

La musique n’était pas si bonne que ça, essentiellement du pop avec un peu d’effets dessus. Parfois, la musique s’arrêtait et l’animateur demandait aux gens de chanter, puis la musique repartait.

Après ça, je suis retourné à l’allée centrale pour manger. J’y ai trouvé une tente où ils vendaient des pointes de pizza. Tandis que je mangeais, quelqu’un m’a parlé un peu et appris qu’à l’endroit que j’appelais pour mes repères personnels la zone Piknik se trouvaient des camions de rue. L’avoir su avant, je serais allé voir et aurais examiné plus, il y aurait peut-être eu de quoi de bon à manger là-bas.

Frustrante et décourageante exploration

Après avoir soupé, j’ai voulu me racheter une bière, mais je ne pouvais pas retrouver la tente que j’avais vue sur la scène principale. J’ai fini par trouver une tente dans la zone des camions de rue, mais ça a été long, et j’ai eu du mal à revenir après parce que les gens bloquaient désormais le passage. Ça passait deux secondes avant! En plus, là ils ne vendaient que des cannettes et ne récupéraient pas les verres réutilisables consignés. Il allait falloir trouver une autre tente pour me débarrasser de mon verre, et cela, avant la fin de l’événement, car rendu là, il ne resterait peut-être plus d’endroit où le ramener. J’avais vécu cette expérience-là au Piknik Électronik trois mois plus tôt.

Tandis que je cherchais les tentes pour manger, j’ai trouvé un chemin qui semblait ramener dans les bois, peut-être vers d’autres scènes. Dommage que je n’aie pas pris le temps, après le souper, de réviser et compléter mon plan mental des lieux en utilisant mon téléphone pour accéder au site web de l’événement. J’aurais découvert que j’avais déjà visité les trois scènes qu’il y avait à voir et n’avais plus qu’à en choisir une et m’y rendre par le chemin que je connaissais déjà.

Sans ces informations, je décidai de tenter ma chance et l’explorer. Mais je me suis vite retrouvé pris dans une mare de gens. J’avais du mal à savoir où aller. Quelqu’un m’a offert de m’aider, mais ça ne donnait pas grand-chose. Je ne faisais pas un pas que quelqu’un me fonçait dedans. C’était rendu que la personne qui essayait de m’aider agitait le bras devant nous pour alerter les gens qu’on passait. C’est un peu découragé que je constatai que ce chemin-là ne put que me ramener là où j’étais déjà allé: la scène Budlight. Plus l’heure avançait, plus ça devenait difficile de circuler.

La personne qui m’a aidé m’a demandé si j’étais venu seul et pourquoi. Ça semblait quasiment anormal d’avoir fait ainsi! Mais personne que je connais n’avait envie d’aller à ce festival-là, pour diverses raisons: trop cher, trop de monde, travaille la fin de semaine, contraintes familiales, etc. Se peut-il que personne n’ait envie d’y aller avec moi, parce que je suis un boulet? Je me le suis demandé, ce soir-là.

Ma bière finie, je suis venu à bout de trouver un endroit où jeter ma cannette. La tente à bière du début, je l’ai retrouvée et j’ai pu rendre mon verre consigné, récupérant 1$. Le verre n’avait rien d’intéressant comme souvenir, en simple plastique.

C’est là que la fatigue m’a pris. Tanné de me faire bousculer, j’avais juste envie de partir de là, mais je n’avais plus la force de le faire; c’était juste trop. Je suis allé m’asseoir dans l’herbe, là où ça semblait moins achalandé, et suis resté là un certain temps, entre les scènes Neon et Budlight.

La sortie du puits

Que fait-on quand on est coincé au fond d’un puits? On peut toujours crier à l’aide dans l’espoir qu’un jour, quelqu’un entende et vienne. Mais quand on a une corde, on peut essayer de faire de quoi. Eh bien, la corde, je l’avais, ce soir-là. Ma connaissance des lieux acquise le jour même, pendant les Week-ends du Monde et au Piknik Électronik pouvait me sortir de ce mauvais pas et même me permettre, en chemin, d’avoir du plaisir.

D’abord, retrouver mon énergie me semblait une nécessité. Il y avait là deux scène qui diffusaient de la musique pas pire, capable de m’y aider, si je ne me faisais pas trop bousculer tandis que j’essayais de me remettre sur pied. La scène Neon, il y a moins de gens, là, on dirait. J’y allai donc.

Il y avait plus de spots et de lumières sur la scène, rendu là, peut-être parce que le jour baissait tranquillement. La musique était plus de style disco, à présent. J’ai dansé un peu et j’ai senti, progressivement, mes forces revenir. Oui, ça pouvait encore être cool, ce festival-là!

Quelques temps plus tard, j’ai commencé à avoir besoin de refaire le plein d’eau. Mon meilleur espoir me semblait de retourner à la fontaine d’eau, ce que j’ai pu faire en passant devant la scène Budlight. Oh, la musique a l’air plus trance ici, cool, je décidai de retourner là après mon retour de la fontaine. J’ai constaté que le chemin longeant le fleuve était pas mal moins fréquenté que celui par lequel j’étais arrivé. Ça allait me servir, me permettre de retourner à la scène principale quand je serais presque prêt à repartir de là.

De retour avec l’eau, sur la scène Budlight, j’ai dansé un peu sur la musique de Cosmic Gate et de Gouryella. Il y avait tellement de bouteilles vides par terre que c’en était drôle. Plusieurs personnes ignoraient l’existence de la fontaine d’eau et s’achetaient des bouteilles, les buvaient et les jetaient par terre! Voyons donc! Au moins, on peut remplir la bouteille vide à la fontaine au lieu d’en racheter une autre! Mais la fontaine était connue de certains, car il m’a fallu faire la file pour remplir ma bouteille. Je suis bien conscient qu’ils auraient pu être méchants et couper l’eau dans la fontaine pour qu’on soit tous obligés d’acheter des bouteilles d’eau!

Mais rendu vers 21h30, il me fallut envisager retourner vers la scène principale pour pouvoir ressortir plus facilement. C’est ça que j’ai fait. Le chemin que j’ai pensé prendre pour y aller était plutôt sombre, mais il y avait quelques lampes qui éclairaient la voie. J’ai pu atteindre la scène principale et même retrouver la tente à bière. Mon niveau de confiance quant à la capacité à retrouver la tente relativement haut, j’ai pu prendre un verre, un deuxième verre, et ramener le verre vide pour récupérer le 1$ rendu à la fin.

Vers 22h40, j’ai décidé de me diriger vers la sortie pour éviter un affreux trafic de gens qui allaient tous sortir en même temps, à 23h. Ce fut une sage décision, car déjà là, ce fut un peu difficile de sortir. Quelqu’un m’a aidé à atteindre le métro, mais rendu là, c’était bondé, difficile d’atteindre les tourniquets. Mais ça a pu se faire et j’ai pu me rendre au quai, à Berri-UQÀM puis sur la ligne verte.

Conclusion

Est-ce que ça valait la peine? Plus ou moins. Pas certain d’avoir envie de retourner là l’été prochain. En tout cas, si je le fais, je ne ferai pas les choses de la même façon. Si je dois y retourner seul, j’envisage acheter un billet VIP qui me donnerait accès à la terrasse où, probablement, il y aura moins de gens et quand même une vue sur la scène principale et accès à de la nourriture.

Le robinet qui fuit

La journée de jeudi, 11 août 2016, a été marquée d’une épreuve imprévue qui a failli m’empêcher de participer à une agréable sortie en famille. Ce jour-là, nous nous étions donnés rendez-vous à Chambly pour 16h afin de faire un tour de ponton sur le bassin, en famille. C’était la dernière semaine avant que mon frère ne confie ses petites à leur mère pour trois semaines, alors il fallait que je profite de cette occasion pour voir mes nièces une dernière fois. J’aurais pu m’en tirer en prenant une demi-journée de vacances, mais j’ai décidé de prendre toute la journée pour aller au gym le matin, relaxer un peu, puis partir tôt pour Chambly, en début d’après-midi. J’espérais ainsi m’éviter d’être hanté, là-bas, par un casse-tête ramené du travail. Eh bien, les choses ne se passèrent pas tout à fait comme ça. C’est un problème de plomberie que je traînai dans ma tête à Chambly, quoiqu’au moins il ne m’empêcha pas au final de profiter de mon séjour là-bas.

Désagréable surprise: ça coule partout!!!

De retour du gym, où ça s’est bien passé, j’eus la brillante idée de nettoyer mon bac à compost qui sentait mauvais depuis des semaines. Jusqu’à présent, je n’ai trouvé aucun moyen efficace d’enlever cette désagréable odeur. Je me suis essayé avec une nouvelle idée: utiliser la douchette de mon robinet de cuisine pour mettre plein d’eau dans le bac, ajouter un peu de Mr Net et nettoyer les parois avec un linge mouillé. En fin de compte, j’aurais été aussi bien mettre l’eau dans le lavabo plutôt que le bac; ça aurait donné le même résultat… sauf que je n’aurais peut-être pas découvert un épouvantable problème qui m’aurait causé encore plus de soucis.

En effet, quand j’ai tiré le tuyau du robinet vers mon bac et ouvert le robinet, ça s’est mis à couler un peu partout. Ok, ai-je juste mal orienté le robinet ou ça coule vraiment partout? Il ne me fallut pas longtemps pour constater que pour la troisième fois, j’avais du trouble avec ce foutu robinet. La douchette s’est cassée voilà quelques années, la deuxième douchette s’est mise à couler un an ou deux plus tard et là, ça semblait nécessaire d’encore changer la douchette. Non, non, c’est pire, là c’est le tuyau qui coule! Et ce n’était que le début!

J’ai ensuite découvert, au bord de la panique, que ça coulait sous le lavabo, dans mon armoire, et pas mal! On aurait dit que ça coulait de partout, que des tuyaux étaient percés à plusieurs endroits. Dès que j’ouvrais le robinet, il y avait un égouttement constant d’eau. Par chance, l’eau cessait de couler le robinet fermé. Il me fallut vider mon armoire, éponger avec un linge à vaisselle, prendre un deuxième linge pour remplacer le premier tout trempé. Je ne sais plus combien de linges j’ai dû passer là-dedans. Par chance, le caisson de mon armoire semblait intact, pas encore pourri par l’eau. Il est possible que j’aie découvert le problème assez rapidement pour éviter le pire, mais ça reste à voir. Mon hypothèse actuelle est que le tuyau, fragilisé, s’est percé quand je l’ai étiré au maximum pour atteindre mon bac. Mais ça peut avoir commencé à couler un peu depuis des jours.

Mais était-ce vraiment le tuyau reliant la sortie de mon robinet à la douchette? Ça pouvait aussi provenir des tuyaux flexibles acheminant l’eau froide et l’eau chaude à l’entrée du robinet ou, pire encore, la cartouche même du robinet, qui promettait d’être aussi difficile à trouver pour moi qu’à remplacer! En fait, s’il faut changer la cartouche, après la douchette et le tuyau, je me demande si ça ne vaudrait pas la peine de remplacer tout le robinet!

Cela me mit au désespoir, car c’était le second dégât d’eau en quelques semaines. Le premier a eu lieu à cause de l’air climatisé, dont le tuyau de condensation s’est bouché au niveau de la jonction avec le drain qui évacue l’eau vers les égouts. Ça a fait de l’eau plein la dernière tablette de mon garde-manger et même jusqu’à dehors près de la porte d’entrée! Il m’a fallu faire venir quelqu’un pour arranger l’air climatisé, ce qui a juste consisté à déboucher le tuyau, mais il reste possible que l’eau se soit infiltrée assez profond dans mes murs pour faire des dommages. Seule une inspection, qui aura lieu dans une semaine ou deux selon le gestionnaire, va jeter un juste éclairage sur tout ça.

Est-ce que les choses vont s’arranger ou tout va se mettre à couler (laveuse, lave-vaisselle, douche, lavabo de salle de bain) jusqu’à ce que je mette la clé dans la porte? Et s’il me faut vraiment déménager, comment vais-je être certain de ne pas ravoir la même affaire quelques années plus tard?

Par chance, j’ai fini par avoir une idée qui a fait progresser mes investigations: envelopper le tuyau suspect d’un linge à vaisselle (oui, encore un autre) et faire couler l’eau. Le linge a été tout trempé, mais de l’eau ne coulait pas d’ailleurs. De plus, il faut me souvenir que l’eau ne coulait pas le robinet fermé. Si les tuyaux d’entrée d’eau avaient été en cause, ça aurait coulé tout le temps, à moins de fermer les valves. Mais j’ai fermé les valves pour ne pas ouvrir le robinet par erreur avant que la situation ne soit corrigée. Par chance, il y avait des valves à l’entrée du robinet; pas besoin de couper l’eau dans toute mon unité. Et les valves fonctionnèrent. J’ai entendu dire parfois, ce genre de valves se bloque et se casse. Ça aurait été le bout du bout!

Première étape: retirer le tuyau

Alors il me fallait retirer ce tuyau-là et l’amener au magasin de plomberie proche de chez moi pour en trouver un nouveau. C’était mon dernier espoir de régler cette situation simplement et efficacement, sinon il m’aurait fallu faire appel à mon père ou à un plombier. Retirer l’extrémité extérieure du tuyau a été très facile: dévisser la douchette a suffi. L’embout était de type femelle, comme sur l’image suivante.

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Ensuite, me disant que l’autre extrémité du tuyau était femelle, j’ai agrippé le tuyau de sortie de mon robinet et tenté de faire pivoter l’écrou le reliant au tuyau percé que je devais enlever. J’ai d’abord essayé avec mes doigts, puis avec une clé réglable qui fut d’une incroyable inefficacité, parce que la clé ne pouvait pas être verrouillée. Sitôt ajustée, elle avait tendance à s’écarter de nouveau. J’ai essayé avec une pince, avec encore moins de succès. Je ne pouvais que faire pivoter le tuyau, ce qui l’emmêlait de plus en plus, sans le dégager. L’image suivante montre la jonction entre les deux tuyaux.

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Pour séparer les deux bouts de tuyau, il m’a fallu agripper le tuyau flexible à enlever et faire tourner la vis. La partie femelle, cette fois, sortait de mon robinet! Il m’aura fallu un temps fou pour m’en rendre compte. L’image suivante montre l’embout mâle du tuyau quand j’ai enfin pu le séparer du robinet!

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Il restait un dernier obstacle: le tuyau ne passait pas par le trou du robinet. L’embout femelle à l’extérieur était trop gros pour passer, aucune chance de réussir, à moins peut-être de démonter le robinet, chose que je n’avais pas du tout envie de faire. Je ne suis pas même certain de disposer des outils pour le faire. Le tuyau était bloqué en bas du lavabo par un gros amas de plastique et de tissu, que je croyais destiné à réduire la longueur du tuyau. J’ai dû investiguer davantage, pensant que j’allais pouvoir séparer le tuyau à ce niveau, mais non, en fait c’était un poids servant à favoriser le retour du tuyau sous le lavabo. L’image suivante montre ce poids, un coup le plastique et le tissu retirés autour.

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À force d’examiner la chose, j’ai découvert deux vis que j’ai retirées. Le poids s’est séparé en deux de sorte que j’ai pu le dégager du tuyau. Ensuite, j’ai tenté de faire passer l’embout mâle du tuyau par le trou du robinet. Ça a bloqué, j’ai été obligé de forcer un peu, mais ça a fini par sortir!

Le nouveau tuyau

Le tuyau enfin dégagé, je suis allé au magasin de plomberie avec ça et par chance, ils en avaient un, et un seul restant! J’ai été bien chanceux! Mais à cause de tout ça, j’ai bien failli manquer mon autobus pour Chambly et ne pas arriver à temps pour notre tour de ponton. J’aurais été bien déçu de manquer mon coup et devoir attendre une heure soit au terminus, soit à Chambly, le temps qu’ils reviennent de là-bas sans moi. Après au moins, je les aurais rejoints pour la baignade et le souper chez ma sœur, mais ça aurait été très triste.

Le soir venu, de retour chez moi avec le tuyau, j’ai dû retirer le joint d’étanchéité de l’embout femelle sous mon lavabo pour mettre le nouveau, question de mettre toutes les chances de mon côté. Mais le vieux joint m’a l’air en bon état, je l’ai gardé, qui sait. Il m’a fallu gosser un peu pour faire passer l’embout mâle du nouveau tuyau par le haut du robinet, pour le récupérer sous mon lavabo. Ensuite, j’ai placé le nouveau joint d’étanchéité dessus, vissé le tuyau, et puis fait de même avec le tuyau du haut, remettant en place ma douchette.

Ensuite, j’ai testé la chose en faisant couler l’eau, d’abord juste la froide, puis juste la chaude. Il n’y eut aucun dégât. J’avais bel et bien réussi! Même quelques jours plus tard, la réparation tient bon. J’ai eu des doutes et vérifié plusieurs fois sous mon lavabo, tout était beau.

Résolution

« Ah non! Non! NON! NOOONNN!! » grognai-je, hors de moi, m’efforçant de ne pas exploser et hurler de rage. Je venais de bousiller le costume, déchirant la doublure. Je travaillais là-dessus depuis plusieurs heures, à essayer de confectionner cet habit de gnome commandé pour une fête d’enfant. Le client devait faire son premier essayage le lendemain après-midi et le costume n’était toujours pas prêt. Ah merde! Merde! Pas moyen de trouver d’autre tissu de la même couleur et texture que la doublure. Pourquoi n’en avais-je pas davantage? Je ne comprenais pas! D’habitude, je m’assure toujours de posséder un surplus de tissu au cas où. Pourquoi, cette fois, il en manquait, et au dernier moment?

Tandis que mon cerveau tournait à toute vapeur, tentant de résoudre ce nouveau problème, à mon avis celui de trop, Irma, ma maudite chienne, se remit à japper, japper, japper, japper. Depuis que je l’ai, environ deux semaines, elle ne cesse d’aboyer, jour et nuit! J’ai essayé en vain de comprendre pourquoi, lui ai ordonné de cesser de japper, mais rien à faire, elle recommence toujours. Un jour, je lui ai criée dessus et j’ai eu la paix pour quarante-cinq minutes au lieu d’une demi-heure. Cela m’a valu une visite de la voisine Anna qui est venue me demander de faire moins de bruit. Elle a un chien, pourtant, je lui ai demandée si elle aurait une idée de quoi faire pour Irma, et elle m’a juste répondu de prendre patience ou l’envoyer dans un refuge pour animaux!

Je crois que la prochaine fois, ce sera la police qui viendra, et qui sait s’ils ne vont pas décider de m’emmener au poste. C’est arrivé à mon oncle. Il avait pété les plombs et en était venu à marteler une commode à coups de bâton de base-ball. Ils l’ont emmené et il n’est toujours pas ressorti, depuis trois mois. Ils l’ont transféré dans un asile de fous où il se fait bourrer de pilules.

C’est là, ce soir-là, que je me suis rappelé des paroles de mon grand-père Ramon: « Les chiens, là, ça écoute pas c’qu’on dit. La seule façon de leur faire comprendre de quoi, c’est avec une pelle! Tu jappes: un coup de pelle! Tu jappes encore: un autre coup de pelle. C’est bien important de lui donner des coups de pelle à chaque fois qu’il jappe. Un moment donné, tu vas voir, y va arrêter. » Là, j’étais hors de moi et je la sortis, la pelle. Une grosse pelle en métal pour le jardinage, bien solide! Ramon disait que les pelles en plastique, ça ne fonctionne pas: l’animal n’a pas assez peur. Il ne faut pas seulement que ça fasse mal; l’instant de terreur entre le moment où la pelle est soulevée dans les airs et s’abat sur toi, ça compte aussi. Quand une créature est soumise à la terreur, chaque instant devient plus présent, se grave dans sa mémoire. Une seconde de pure terreur peut représenter, en mémoire, plusieurs secondes d’état normal!

Je me dirigeai vers l’animal qui sembla sentir que quelque chose de vraiment mauvais s’en venait et fit quelques pas en arrière. « T’arrêtes de japper ma maudite! » lui ordonnai-je en esquissant un geste menaçant avec la pelle. Irma poussa un gémissement plaintif, comme pour me demander pardon, et alla se terrer entre le divan et le mur. Peut-être va-t-elle comprendre, me dis-je, abandonnant l’idée de lui faire mal avec la pelle. Mais je gardai ça proche, au cas où. « Tu jappes encore, une seule fois, avertis-je, et je vais t’en sacrer des bons! »

De retour à mon costume, j’essayai de rafistoler la déchirure avec du fil très mince presque de la même couleur que la doublure. Ma machine à coudre se grippa pour je ne sais pas quelle raison, me faisant pousser d’affreux jurons qui auraient fait beaucoup de peine à ma mère. L’aiguille se bloqua, le moteur força, et puis je finis par me blesser au doigt en essayant de réparer ça. « Salopperie! » pestai-je, les oreilles en feu, sur le point de tout casser.

Et puis Irma reprit son incessante complainte! WAF! WAF! WAF! WAF! WAF! WAWAF! WAF! Elle était devant la porte-moustiquaire, tentant peut-être d’attraper ou faire peur à une mouche! Et puis elle se mit à jouer des griffes dans la moustiquaire, y pratiquant plusieurs déchirures. Ah non, pas encore! C’était la troisième fois qu’elle me bousillait la moustiquaire!

À bout de nerfs, je me suis saisi de la pelle et l’ai abattue sur le corps d’Irma, une fois, deux, puis trois. À chaque fois, Irma poussait un jappement et puis reprenait sa crise au point où elle en était. « FERME-LA! » en vins-je à tonitruer, avant de marteler Irma avec la pelle à répétition. Rendu au septième coup, l’animal ne bougeait plus, se contentant de japper, japper, japper, japper. C’est là que quelque chose se brisa en moi. Fou furieux, j’ai fessé avec la pelle jusqu’à ce que Irma ne jappe plus. Mais après, elle ne bougeait plus et je ne sentais plus son cœur. Il ne fallut pas longtemps pour comprendre que j’avais commis une grosse gaffe, celle de ma vie. Je venais de tuer ma chienne. C’était moi qui avais fait ça, et rien ne me disait que je ne le referais pas, plus tard, sur un autre animal ou un être humain.

Maintenant que mon costume de gnome, ma machine à coudre et ma chienne étaient foutus, je ne voyais pas ce que je pouvais faire d’autre qu’aller me coucher. Mais je pus trouver le sommeil, hanté par les jappements d’Irma, ne pouvant cesser de voir, revoir et revoir la scène en moi. J’avais tué ma chienne. Je l’avais tuée à coups de pelle. À coups de pelle. Ma chienne était morte, tuée, à coups de pelle. J’avais tué ma chienne à coups de pelle!

Ok, ok, ok, faut que j’arrête de penser à cette chienne. Le costume, le costume de gnome, peut-on le réparer. Pourrais-je terminer la couture à la main? Oui, peut-être. Il me reste assez du fil pour réparer la doublure. Ça suffira pour l’essayage, après j’aurai une semaine pour trouver du tissu et refaire ça comme il faut. Il faudra redoubler d’effort pour avoir le temps de réparer ça et terminer la finition, peut-être passer une nuit ou deux dessus, mais ça peut encore se faire. Je ne vais pas perdre ce client, et tous les autres à qui il rapportera mon échec si je ne réussis pas.

Oui mais j’ai tué ma chienne. J’ai tué! Je l’ai tué, à coups de pelle. Pelle. Je mériterais qu’on m’en donne, des coups de pelle. J’ai tellement de fois craint que mon grand-père en vienne à ça. Chaque fois que je passais du temps chez lui, il était très strict et autoritaire avec moi. Si je lui désobéissais, il n’hésitait pas à m’empoigner violemment. Il m’a crié dessus et donné un nombre incalculable de fessées. Il me répétait aussi de ne pas parler de ce qu’il me faisait à ma mère, sinon il serait peut-être obligé de la tuer et de me tuer! Un jour, il m’a soulevé de terre et serré le cou, très fort, assez que j’avais du mal à parler. Je crois que si je l’avais suffisamment provoqué, la pelle, il me l’aurait balancée sur la tête à répétition. J’y ai pensé maintes et maintes fois, qu’il ferait ça, et je dois avouer que sa mort, l’année dernière, a été un soulagement pour moi. Je ne l’ai dit à personne, craignant qu’on me juge à cause de ça, mais c’est pourtant la stricte vérité. Tu l’aurais tué, un moment donné, me hurla une voix intérieure, inspirée de celle de Ramon. À coups de pelle! Non! m’objecta. Oui, tu l’aurais fait. Peut-être bien, me rendis-je compte, troublé, angoissé. Ce serait aussi facile de faire du mal à un être humain avec cette maudite pelle qu’à ma chienne.

En sueur, au bord de piquer une incontrôlable crise de panique, je dus retirer mes couvertures. Peut-être la chienne allait reprendre vie. C’était mon seul espoir. Je retournai dans le salon, la pris, la tâtai, la priai, implorai l’aide de Dieu. Peut-être son cœur s’était remis à battre. Non, rien, toujours aucun signe de vie. Je vais probablement faire de la prison, à cause de ça. J’avais entendu à la télé voilà quelques mois que tuer un animal pour rien était un acte criminel passible d’amendes et d’une peine d’emprisonnement. Je ne pouvais dire ce qui était le plus difficile entre savoir que j’avais tué et pouvais le refaire, être certain de devoir passer des mois, voire des années, derrière les barreaux ou savoir que tous ceux que je connais resteraient libres et pourraient à loisir parler dans mon dos. Ma mère dira à ses amies: « Ah si sa femme l’avait pas laissée, ça irait mieux pour lui, ça aurait pas fini comme ça. » Mon frère dira que j’aurais dû abandonner ce travail de tailleur qui me stressait trop pour reprendre les études et m’investir dans un autre domaine où il y avait plus de débouchés. En effet, peu de gens avaient les moyens et le besoin de se faire confectionner un habit ou un costume sur mesure de nos jours. Mais je rappelais avec rage ces années d’études, qui avaient été les plus pénibles de ma vie. Les travaux n’avaient aucun bon sens, les autres étudiants n’étaient d’aucune aide, peut-être parce que je n’ai jamais accepté de prendre une bière avec eux, trop préoccupé par mon nombril et mes études. Sais pas, et je ne veux plus savoir, j’en ai plus qu’assez que ça dépende et que ce ne soit jamais ça, jamais correct, toujours le contraire.

Laissant là Irma à son triste sort, je retournai à mon lit de torture et tentai de me concentrer sur un souvenir heureux. Il me fallut un moment pour en trouver un. On aurait dit que tous les bons moments vécus ces dernières années ne comptaient plus, à cause de ce que je venais de faire. Si je pensais à ma femme, la rupture refaisait immédiatement surface, le jour où elle m’a reproché de passer trop de temps sur mes costumes, m’a donné le choix entre mes clients et elle. « T’aurais pu régler ça à coups de pelle! » tonitrua la voix de Ramon qui avait décidé de s’acharner sur moi depuis que j’avais tué Irma. Si je pensais à mes parents, mon frère, mes sœurs, l’idée qu’ils ne veulent plus me reparler et me revoir à cause du meurtre d’Irma s’imposait à moi.

Non la seule chose qui me fit sourire un peu, c’est le souvenir de ma nièce agaçant son petit chat jusqu’à le rendre malin. Malheureusement pour elle, elle y est allée trop rude avec le félin et l’animal possédait encore ses griffes. Ma nièce s’est ainsi fait défigurer. Est-ce vraiment les miaulements du chat qui se débattait énergiquement ou le fait que ma nièce se soit fait bousiller la figure que je trouve si drôle? Les miaulements, répondis-je, c’était trop drôle voir ce chat crier si fort et se débattre si énergiquement tandis que Giny ne faisait que lui toucher le ventre à répétition. « Non! » hurla Ramon. « T’es content que Giny se soit fait défigurer, parce qu’elle est plus belle que toi et ça a remédié à la situation! J’devrais t’défigurer à coups d’pelle pour avoir pensé ça! » À l’idée que ça puisse être vrai, je fondis en larmes. Je suis un monstre, pensai-je, je souhaite le malheur et la mort à tous, je suis devenu meurtrier ce soir, et voilà pourquoi je suis puni et privé de bonheur.

Peut-être si je réussis à finir ce costume, ça va me sauver. Oui, le costume de gnome, si je peux le réparer, ça va aussi réparer mon esprit fêlé. Ça me semblait, à 3h du matin, le seul espoir qu’il me restait. Je me levai donc, retournai dans mon atelier, allumai le plafonnier et entrepris de coudre à la main le fil pour soutenir la doublure déchirée. Je finis par réussir, mais j’avais super chaud, même la porte-moustiquaire grande ouverte. Je réussis, après deux heures de travail, à préparer le costume pour le premier essayage, mais je me sentais toujours très mal. Le travail ne m’avait pas libéré l’esprit. Il me semblait entendre des jappements et je revoyais sans cesse la scène. J’ai tué ma chienne. Je l’ai tuée, à coups de pelle.

Il n’y aura aucune échappatoire pour moi. Un jour, ça se saura et la police viendra. La police viendra et m’emmènera. J’irai en prison et quand je sortirai de là, j’aurai perdu tous mes clients et ne pourrai plus travailler comme tailleur. Tous mes clients, tous, ils iront ailleurs. Je ne pourrai plus travailler. La police viendra, ils m’emmèneront, m’emmèneront en prison, pourrai plus travailler. Je ne pourrai plus travailler à cause de la sacrée police! Que vais-je faire, ensuite? Il m’a fallu deux ans et demi avant qu’un premier client me contacte. Il me faudra me taper à nouveau cette angoissante attente, à cause de cette maudite pelle, parce que j’ai tué ma chienne. Non, ce serait à cause de la police qui viendra me chercher!

Le désespoir se mua progressivement en fureur. Un moment donné, n’y tenant plus, je repris ma pelle et tapai avec sur mon lit! Puis je la jetai par terre avant de fondre en larmes. J’en étais rendu exactement au même point que mon oncle, fou furax à fesser sur des meubles. La prochaine étape à franchir, ce sera me mettre à crier à pleins poumons en martelant une commode ou une table avec un bâton ou la pelle. La police viendra pour ça et trouvera Irma. Tout sera fini pour moi.

Eh bien, je vais faire en sorte que ce soit fini pour moi avant qu’ils viennent. Pris dans un abîme de désespoir, les larmes aux yeux, à demi conscient de ce que je faisais, je me saisis d’un vieux cordon d’alimentation qui servait pour un ordinateur défunt depuis trois ans, je pris une pince et sectionnai le câble. Ensuite, j’entrepris de dénuder les fils électriques. Voilà, c’était fait, c’était prêt, il ne restait plus qu’à me mettre ça dans la bouche et brancher ça dans le 220V. Ce serait fini dans pas long.

Non, si je fais ça là, personne ne comprendra ce qui s’est passé. On se contentera de radoter que c’est parce que ma femme m’a laissé, parce que je n’ai pas choisi la bonne profession, parce que je suis mentalement instable, etc. Non, il faut faire comprendre à tous que la société est mal foutue. L’Espagne doit changer, ne plus faire de ses citoyens des esclaves du travail et les sucer jusqu’à la moelle. Il doit pouvoir y avoir moyen de mieux apprécier la vie, pas seulement l’endurer jusqu’à la folie. Probablement que plusieurs autres pays devront suivre le même chemin, sinon le monde sombrera dans le chaos le plus total. Tout le monde capotera et criera à pleins poumons et en viendra probablement à fesser partout. Avec des pelles. À cette idée, je ne peux m’empêcher de sourire. Décidément, seul le mal me fait rire. Il est temps d’en finir avec tout ça.

Il faudrait que j’explique tout ça, pensai-je, que j’enregistre une vidéo expliquant tout ça. Mais il faudrait idéalement que la vidéo présente l’instant fatidique où je me mets le satané câble électrique dans la bouche et branche le tout, pour que le message soit clair comme du cristal. Si ce n’est pas enregistré, s’il n’y a pas de témoin, ce sacrifice sera vain, ce ne sera qu’un stérile suicide de plus, ce ne sera dans un an qu’une statistique. Mes proches la pleureront probablement, cette mort inutile et vaine, mais ce sera en vain, toujours en vain. Ramon avait raison: il aurait mieux valu me tuer à coups de pelle! Me tuer à la naissance.

Non, je ne peux pas faire ça. Il faut que je laisse un message clair, et ce n’est pas la bonne façon. Je rangeai donc le câble, mais le gardai proche, prêt, si je change d’idée. Non, mon plan est très très simple. La police viendra un jour, bientôt. Je serai là, mais je ne vais jamais venir avec eux. Je me battrai jusqu’à mort et ils seront obligés de me tuer. Peut-être, oui peut-être, me laisseront-ils en paix plutôt que me tuer. C’est mon dernier, mon seul espoir.

Sinon, je pense que je pourrai réussir mon coup si je plonge ma main dans ma poche et n’ouvre plus le poing après l’en être sortie. Ils me demanderont à répétition de lâcher ce que j’ai dans la main, comme c’est arrivé dans quelques films que j’ai vus. « Non! » répondrai-je. « Tant que j’ai ça, vous approcherez pas! » Je pourrais aussi les menacer: « Obligez-moi pas à vous l’lancer en pleine face! » Un moment donné, ils devront tirer. Je garderai mon poing près de mon cœur. En imaginant la mine perplexe du policier qui trouvera une main vide quand mon poing s’ouvrira après ma mort, l’enquête interne qu’il devra subir, les remords auxquels il sera aux prises, la réaction de ses collègues, je souris enfin. Oui, ce sera ça ma vengeance. Lui aussi perdra son emploi, lui aussi verra ce que c’est ne pas pouvoir travailler et gagner sa vie, être obligé de se taper de nouvelles études en sachant que c’est pour rien!

Mais ça va prendre des jours avant que quelqu’un se rende compte que la chienne est morte et que la police vienne. Je ne vais pas tenir si longtemps, je vais devenir fou avant, ou perdrai le courage nécessaire pour accomplir ce qui doit être fait. J’ai songé les appeler, mais je n’y arrive pas, c’est trop dur. Alors, j’ai pris une corde, j’ai pris la chienne, je suis sorti sur mon balcon et j’ai suspendu l’animal à la corde à linge pour ensuite l’envoyer au centre de la cour. Tôt ou tard, quelqu’un verra, et il appellera la saloperie de police. En attendant, je vais me coucher sur le dos, prendre de profondes respirations et essayer de me reposer, reprendre des forces pour ne pas flancher et faire ce que j’ai prévu de faire. Je veux que ma résolution tienne, je veux que quelqu’un paie pour toute cette merde, mais la fatigue qui me tenaille et m’assaille risque de la faire flancher.


Ça y est! J’ai dormi un peu après avoir écrit. Je me sens un peu mieux que tantôt, presqu’en forme. Je devrais pouvoir le faire. Là ça sonne à la porte. Ils sont là, ils viennent pour moi. J’espère pouvoir tenir le coup et me rendre au bout, réaliser mon plan. Ma résolution est prise, en tout cas, et depuis que c’est fait, je me sens mieux. Mieux que jamais!

Spéculations sur les potions

Plusieurs récits fantastiques s’accordent tant sur la possibilité de concocter des breuvages produisant des effets surnaturels qu’il est tentant de croire que de telles potions pourraient potentiellement exister pour vrai, si les bons ingrédients et procédés étaient un jour réunis au même endroit et entre des mains suffisamment expertes.

Dans tous les cas, la création d’une potion consiste à combiner des ingrédients à l’aide d’un substrat permettant de les dissoudre pour en extraire leur potentiel effectif. Certains ingrédients possèdent des propriétés permettant d’exercer un effet particulier, naturel ou surnaturel. D’autres ingrédients permettent de réguler ou réduire l’action des éléments actifs de la potion, la rendant plus stable ou en éliminant des effets secondaires. D’autres ingrédients encore pourraient permettre de donner un meilleur goût au breuvage.

Les ingrédients

Les ingrédients les plus communs sont de nature végétale: plantes, herbes, voire écorces d’arbres. Plusieurs infusions et décoctions à base de plantes existent déjà; ce seraient des potions à effet réduit, ne nécessitant aucun procédé magique pour la préparation.

Il est aussi envisageable que des parties d’êtres organiques, incluant du sang, des fluides corporels, des poils, des écailles, des griffes, etc., puissent servir. Dans certains cas, l’ingrédient ne va pas se dissoudre dans la potion mais simplement infuser ses propriétés pendant le processus d’incorporation. Quoiqu’on peut imaginer un moyen inusité permettant d’incorporer à peu près n’importe quoi dans une solution, on verra plus loin.

Il est à envisager que des ingrédients minéraux puissent être utilisés aussi, mais leur préparation sera plus difficile. Par exemple, il faudra parfois pulvériser du fer, de l’or ou du diamant pour l’incorporer à une potion en cours de fabrication. Les ingrédients minéraux ont davantage de possibilités d’être toxiques pour l’être humain que les ingrédients végétaux, alors il faudra les réguler ou les contre-balancer avec autres choses pour en isoler l’effet désiré.

Certains ingrédients nécessaires pour certaines potions ne sont pas disponibles dans le plan terrestre ou ne le sont plus. Par exemple, on pourrait un jour retrouver une recette de potion nécessitant des défenses de mammouth ou des écailles de dragon. Il est possible qu’on découvre des procédés permettant de voyager vers d’autres univers parallèles où on pourrait aller chercher tout ça, ou bien il se peut qu’on puisse substituer ces ingrédients introuvables par des composés synthétiques.

Enfin, certains ingrédients pourraient être purement synthétiques. La chimie permet déjà de combiner des molécules pour en former de nouvelles. Mais si on admet l’existence de plus de trois dimensions, ne pourrait-on imaginer que les molécules telles que nous les connaissons sont simplement la manifestation sur trois dimensions de structures multi-dimensionnelles. On pourrait alors penser que, peut-être, des réactions pourraient éventuellement survenir dans d’autres potentielles dimensions que les trois qu’on connaît déjà, permettant d’obtenir des combinaisons que la chimie n’autorise pas. C’est cela que je ne peux résister à appeler des réactions alchimiques. La réaction chimique conventionnelle affecte les réactifs de façon directe tandis que la réaction alchimique affecte les trois dimensions habituelles de façon indirecte, parce que les réactifs sont juste des manifestations d’objets multi-dimensionnels qui réagissent entre eux dans d’autres dimensions qu’on ne connaît pas, qu’on ne peut pas observer avec nos sens.

La fabrication

La façon la plus simple et élémentaire de fabriquer une potion serait d’incorporer les ingrédients, un par un, dans un liquide, plus souvent de l’eau qu’autre chose, parce que c’est facile à trouver et ce n’est pas toxique pour l’être humain. Souvent, il sera nécessaire de chauffer l’eau pour augmenter la solubilité du liquide, ce qui permet d’incorporer davantage d’ingrédients. Mais d’autres liquides pourraient tout aussi bien servir, par exemple du lait, voire même du sang! AOUCH! Je ne dis pas que je voudrais préparer une décoction en faisant bouillir du sang d’animal, mais ça me semble parfaitement imaginable sur un plan purement théorique.

Outre l’incorporation par dissolution, l’infusion est une façon toute aussi valable d’extraire des propriétés d’ingrédients. Dans bien des cas, l’ingrédient subsistera dans la solution et devra en être extrait par filtration pour aboutir à un liquide uniforme qui pourra être bu. L’infusion existe déjà, à l’origine de plusieurs boissons dont le thé et le café.

Alors pourquoi n’existe-t-il pas de vraies potions, alors? Les ingrédients qui sont utilisés dans les solutions, infusions et décoctions ne sont pas les bons? Pourrait-on incorporer des ingrédients solides à la potion en les chauffant suffisamment pour les liquéfier? Pas certain, car la température parfois nécessaire suffirait à vaporiser l’eau servant de base à la potion. Mettre davantage d’eau pour qu’elle ne se vaporise pas va diluer l’ingrédient. Peut-être pourrait-on récupérer la vapeur par distillation et la forcer à se condenser. Mais tout me laisse croire que les propriétés intéressantes des ingrédients ainsi traités seront détruites par l’intense chaleur.

Alors, si on a tous ces ingrédients, tous ces procédés, que manquerait-il pour qu’on puisse créer des potions donnant des effets vraiment spectaculaires? Eh bien, je crois que ce qui s’est perdu avec le temps, c’est la capacité à induire des réactions alchimiques. Les magiciens qui pouvaient le faire ont été brûlés pendant l’inquisition ou se sont cachés quelque part où ne pourra jamais les trouver. La réaction alchimique permettrait d’incorporer des ingrédients qui ne peuvent l’être autrement, par exemple les poils, griffes ou écailles d’animaux.

Certaines réactions risquent de rendre le liquide instable, ce qui nécessiterait l’incorporation d’autres éléments pour réguler ou stabiliser. Une potion instable, dans le meilleur cas, va devenir inutilisable après quelques temps. Dans d’autres cas, cela pourrait libérer des vapeurs toxiques. Dans le pire cas, on peut imaginer que ça va exploser de façon aussi dangereuse que spectaculaire. Dans les cas les plus courants, celui qui fabriquera la potion aura assez de temps pour incorporer les agents stabilisants avant qu’il ne soit trop tard. Il est à envisager que chauffer le breuvage en cours d’élaboration va aider à réduire l’instabilité. Dans certains cas, un flot constant d’énergie magique, aussi appelé mana, serait nécessaire. Il peut être fourni par un artefact ou bien par un magicien habile qui va incanter pendant la fabrication de la potion. Dans le cas de breuvages très avancées, pourquoi ne serait-il pas nécessaire de demander de l’aide à une créature extra-planaire invoquée pour l’occasion? Par exemple, il sera peut-être nécessaire de chauffer la préparation à l’aide du feu magique produit par un élémental.

Et si on n’a plus de magiciens?

Alors est-ce possible ou non d’élaborer des vraies potions, pas juste des décoctions produisant des effets partiels et variables? Je dirais que c’est peu probable mais possible. Plusieurs récits s’accordent sur le fait que la magie perturbe la technologie. Plus probablement, un flot suffisamment important d’énergie magique affecterait les champs magnétiques et, par le fait même, l’électricité, à la base de toute notre technologie moderne. De la même façon que l’électricité et le magnétisme sont fortement liés, ne pourrait-il pas exister un lien bidirectionnel entre l’énergie magique et le magnétisme ou l’électricité? Dans ce cas, si la magie est capable d’influencer la technologie, l’inverse serait imaginable! Alors avec la bonne technologie, on pourrait produire un véritable champ d’énergie magique.

L’élaboration d’une théorie correcte régissant les réactions alchimiques sera ensuite nécessaire. Sans rien de physique à observer, ce sera difficile, voire impossible. Mais si on pouvait retrouver des potions qui ont existé autrefois ou, mieux encore, obtenir l’aide d’un magicien capable de créer des potions, alors peut-être pourrait-on établir des théories.

Il faudra aussi trouver pourquoi certaines personnes peuvent interagir avec l’énergie magique et d’autres pas. La raison la plus probable, c’est un marqueur génétique qui permet de servir de récepteur à l’énergie. Ce marqueur est enfoui quelque part dans notre patrimoine génétique, il faudrait simplement trouver comment l’activer. Mais les conséquences d’une telle activation seraient aussi imprévisibles que diverses et dangereuses.

Mais je suis triste de devoir terminer en écrivant qu’il existe une faille fondamentale à tout ça. Si on suppose que la magie existe, alors comment est né le premier magicien? Comment a-t-il procédé pour déterminer quelles incantations utiliser, quels ingrédients combiner, sans aucune connaissance scientifique? Peut-être a-t-il bénéficié de l’aide d’une entité extra-planaire ou extra-terrestre, mais alors pourquoi cette même entité ne nous a-t-elle pas apprise, à toute l’humanité, comment traiter des problèmes bien plus fondamentaux que savoir lancer des sorts ou créer des potions? Même si, sur le plan théorie, on peut imaginer l’existence du mana et des réactions alchimiques, il faudra des siècles et des siècles d’analyse et d’expérimentations avant de pouvoir établir des fondements théoriques assez solides pour faire quelque chose de fiable avec ça. Alors c’est pour cela que j’ai bien l’impression qu’on pourra continuer autant qu’on veut à rêver de magie, mais on ne pourra pas en voir, encore moins en faire, de nos vivants.

Spéculations métaphysiques

Que se passerait-il avec l’âme d’un être humain qui se ferait cloner? Je me suis posé cette question tout récemment et les réponses que j’ai trouvées en y réfléchissant sont toutes aussi diverses qu’intéressantes. Bien entendu, tout ce qui suit suppose que l’être humain possède une entité métaphysique immatérielle qu’on appelle communément une âme. Si cette hypothèse fondamentale est fausse, eh bien ce qui suit ne tient plus la route.

Alors on va supposer pour ancrer la réflexion que la structure moléculaire, atomique ou quantique du corps humain forme en quelque sorte une balise, une ancre à laquelle l’âme peut s’attacher. Si, par un processus que je ne connais pas, on pouvait reproduire cette structure, alors deux phénomènes pourraient survenir.

D’abord, si la reproduction est imparfaite, ce qui arrivera sans doute avec les premières expériences de clonage humain, alors l’âme sera incapable de s’ancrer sur la copie. Elle restera tout simplement attachée à l’original et la copie sera un être sans âme. Les conséquences de cet état de fait sont à déterminer: absence d’émotions, absence de capacités intellectuelles, capacités créatives diminuées, etc.? On ne sait pas. Dans le cas de la destruction de l’original, il se peut que l’âme se rattache au clone en guise d’ancre de secours ou, si la copie est de trop mauvaise qualité, se retrouve privée de lien matériel. Une âme détachée se retrouve soit errante et devient ce qu’on appelle communément un fantôme, ou bien se voit attirée vers un autre plan, fort probablement l’astral, ce qu’on appelle l’au-delà. Au moins, dans ce cas, la destruction du clone ne devrait en aucun cas impacter l’original.

Si, par contre, la copie est parfaite, alors l’âme se retrouve dans une situation ambigüe, avec plusieurs ancres matérielles possibles. Je ne pourrais dire, alors, ce qui va se passer. Une première possibilité est que l’âme reste attachée par défaut à l’original. Pourquoi migrer vers une autre attache matérielle si l’actuelle convient déjà? Bien entendu, la destruction de l’original forcera l’âme à migrer.

Une expérience très intéressante à tenter serait de détruire l’original pour faire migrer l’âme vers une copie, puis reconstruire l’Original pour voir si l’âme va rester dans la copie ou bien retourner dans l’original. Bien entendu, je ne suis pas volontaire pour la tenter sur moi!

Une seconde possibilité est que l’âme puisse se fragmenter. Alors, elle se répartira entre les différents clones disponibles. Les conséquences sur les capacités physiques, intellectuelles, émotionnelles, métaphysiques, etc., des clones affectés, est aussi inconnue qu’intéressante. Cela pourrait inclure le partage de pensées, d’émotions ou la répartition, entre les copies, des capacités liées à l’âme. L’effet de cette répartition devrait s’accentuer avec le nombre de copies. En effet, pourquoi se limiter à deux? Tant qu’à se faire cloner, autant imiter ce mythique Vol de Mort et se faire sept copies, ah puis non, 13, ce serait mieux!

Enfin, il se peut que l’âme, plongée dans un état de confusion métaphysique, se retrouve à alterner entre les différents clones. Les conséquences d’une telle oscillation seraient aussi imprévisibles qu’intéressantes à analyser.

Il est également à envisager que certains procédés puissent exercer une influence sur le plan métaphysique, permettant de mieux contrôler l’avenir de l’âme avant, pendant et après le processus de clonage. Le plan métaphysique est fortement lié à ce qu’on appelle la magie des arcanes qui puise son énergie dans le mana. Plusieurs récits fantastiques s’accordent pour stipuler que la magie perturbe l’énergie électrique ou magnétique. De la même façon que l’électricité influence le magnétisme, il est possible que l’électricité ou le magnétisme puissent influencer la magie et le plan métaphysique. Alors peut-être pourrait-on former un champ d’énergie électro-magnétique permettant de contrôler l’âme pendant le clonage pour qu’elle se comporte de la façon qu’on veut.